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TURN est une série créée par Craig Silverstein (Nikita, Bones, Terra Nova) pour le compte de la chaîne américaine AMC. Basée sur un livre d’Alexander Rose (Washington’s Spies), lui-même inspiré de faits historiques réels, elle raconte l’histoire d’Abraham Woodhull, un jeune fermier de la colonie de New-York, habitant le petit port de Setauket, qui se retrouve poussé à endosser un rôle d’espion pour le compte des Insurgents durant la Révolution Américaine. Ses activités illicites – et périlleuses! – vont alors se développer, jusqu’à amener la création d’un vrai réseau de renseignement, baptisé The Culper Ring.

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TURN, dont la première saison de 10 épisodes s’est récemment achevée, est donc un show qui mélange les genres: drame historique, série d’aventure, spectacle en costume et récit d’espionnage. Il est vrai que cette période des Lumières, riche en évènements et en actes glorieux, se pose comme un excellent décor pour le développement d’une intrigue aux multiples ramifications. On pouvait alors penser qu’AMC tenait là un superbe projet, d’autant plus qu’avec les moyens techniques actuels, il est possible de reconstituer des décors d’époque à un coût de production modéré. Restait à découvrir la voie empruntée par Craig Silverstein, un homme plein d’idée mais qui se prend parfois les pieds dans le tapis lorsque il s’agit de leurs donner vie.

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La première chose qui m’a plu dans TURN, dés le visionnage du pilote, est que la série illustre de belle manière le souci de la production à mettre en place un environnement crédible et riche en éléments historiques, avec notamment un grand souci du détail dans les costumes et les décors. Ainsi, l’amateur de cette période sera ravi de suivre les actes des Rogers’ Rangers avec un Robert Rogers (Angus MacFadyen) criant de vérité (étant donné qu’il est dans le camp des Anglais, il le rendent forcément un brin trop antipathique, mais bon), tout comme il appréciera, en bon connaisseur, l’accessibilité et l’efficacité du décryptage de cette complexe société que forment les colonies britanniques établies aux Amériques. Pour ce qui est des décors, la ville de New-York, comme la petite communauté de Setauket, sont plutôt convaincants (l’allure lacustre de la future mégalopole américaine ne va pas manquer d’étonner les non initiés), même si, pour ce qui est des images numériques, on voit aujourd’hui bien mieux du côté de la concurrence.

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L’univers de TURN tourne autour d’Abraham Woodhull (interprété par un Jamie Bell au jeu très juste), ce jeune fermier qui va se retrouver déchiré entre sa forte sympathie pour les Insurgents et son respect des valeurs familiales inculquées par son père, le juge Richard Woodhull (Kevin McNally), un loyaliste. Autour de lui satellisent floppée de personnages aux profils variés, intéressants, mais parfois un peu caricaturaux, comme le délicieusement haïssable lieutenant John Simcoe (Samuel Roukin) qui est un mélange explosif entre les personnalités de Cunningham (Tim Roth dans Rob Roy) et du colonel Tavington (Jason Isaacs dans The Patriot). Bref, le stéréotype de l’officier anglais au coeur de pierre (voire sadique), fourbe et ambitieux. Pour faire un bon spectacle, il faut un méchant d’envergure, Silverstein ne l’ignore pas. Il a même tendance à en abuser. Il est aussi interessant de constater, lorsque l’on se penche plus avant sur le casting (qui présente peu de noms prestigieux, mais aucune faute de gout n’est à signaler), que les femmes occupent dans l’intrigue des rôles de premier rang. En effet, interprétés par Heather Lind et Meegan Warner, Anna Strong et Mary Woodhull affichent des profils intéressants, sont parties prenantes dans l’histoire, et ne sont pas vulgairement reléguées aux rôles de faire-valoir. Un bon point pour AMC.

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Autre élément étonnant: la relative pudeur de la série à une époque où les shows TV américains jouent la carte de la surenchère dans le registre du gore et du sexe – parfois jusqu’à en être ridicule. Dans TURN, rien de tout ça. On se croirait revenu dans les années 80. Pas le moindre petit bout de nichon à se mettre sous les mirettes, aucune tête qui roule, les yeux exorbités. Tout est soigneusement policé. Dans le fond, on ne peut que féliciter la production pour avoir éviter de faire dans le putassier – même si le spectateur est aujourd’hui très demandeur – et s’être consacré à l’essentiel, qui est de raconter une histoire. D’ailleurs, au fil des épisodes, l’on prend conscience que TURN prend des orientations artistiques étonnantes – du moins peu en phase avec les tendances du moment -, avec même certains passages qui versent dans le contemplationnisme, et qui font de cette série un spectacle peu en rapport avec ce que l’on aurait pu attendre. Bon, c’est dit: TURN est donc à contre-courant, assez originale (voire étrange, comme son générique des plus étonnants), mais est-ce que c’est bien?

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En fait, force est de l’avouer, sans être inintéressante, la première saison de TURN est de qualité assez inégale. Si les personnages sont solides et crédibles, on s’étonne de voir se développer autour d’eux des intrigues secondaires hésitantes et peu passionnantes qui font que l’arc principal se met parfois à patiner dans la semoule, avec des épisodes qui, finalement, s’éloignent trop du cœur de l’histoire. Même le personnage principal se perd régulièrement en atermoiements, tant et si bien que l’on a parfois l’impression que Silverstein ne sait pas trop comment le faire évoluer. Cette impression est particulièrement sensible au milieu de la saison, où l’on a le sentiment que la production cherche à rallonger la sauce. Heureusement, le niveau d’interprétation, toujours bon, parfois excellent, sauve de l’ennui ces passages un peu vains, qui tendent même de temps en temps vers la digression malhonnête.

Par contre, quand l’histoire se recentre sur l’essentiel – c’est à dire une histoire mariant espionnage et aventure -, l’impression est tout autre. La série dévoile alors tout son potentiel dramatique, qui est loin d’être négligeable, et la réalisation, précise et élégante, nous entraîne dans ce fascinant univers qu’est la naissance d’un Nouveau Monde Libre, celui de l’auto-entreprise et de la liberté individuelle. Pour ce qui est du spectacle, les séquences de combat sont très bien chorégraphiés, avec des plans aptes à ravir les amateurs d’Histoire et une figuration des plus correctes. Quand à l’arc principal, il intrigue par les multiples pistes qu’il peut se voir emprunter. On oublie alors que TURN peine parfois à avancer, on pardonne ces errances qui sont peut-être les hésitations propres à une première saison et une série qui se cherche un peu, et l’on profite de ses meilleurs moments, qui sont nombreux. Personnellement, je suis très curieux de découvrir comment va évoluer le premier réseau d’espionnage américain dirigé par l’attachant Abraham Woodhull, le malicieux Caleb Brewster (Daniel Henshall) et l’énergique colonel Benjamin Talmadge (Seth Numrich).

En plus, j’adore l’odeur de la poudre noire au petit matin.

Ma côte: 3.5/5

TURN
Genre: historique
Une série créée par Craig Silverstein
d’après l’oeuvre d’Alexander Rose
Production de Barry Josephson
Musique de Marco Beltrami
Avec: Jamie Bell, Seth Numrich, Daniel Henshall, Heather Lind, Meegan Warner, Kevin McNally, Angus MacFadyen, Samuel Roukin, Burn Gorman.

Une première saison de 10 épisodes, diffusée sur AMC du 10 avril au 8 juin2014, diffusée en France sur OCS Max depuis le 20 avril 2014
En cours de production.

 

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