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Lorsque Jacques VI meurt en 1625, il n’a fait au cours des 22 dernières années qu’un seul séjour en Ecosse mais il s’est toujours tenu informé des évolutions de la situation politique. Son fils Charles 1er, qui prend ses fonctions en 1633, né et élevé en Angleterre, a quand à lui le plus grand mal à appréhender les particularismes du peuple écossais et des réformes impopulaires amènent ses sujets du nord à le détester. Il commence par s’attaquer maladroitement à l’Eglise Presbytérienne écossaise pour la réformer sur le modèle de l’église anglicane. En 1637, il interdit la prière improvisée et impose le Livre de Prières (Book of Common Prayer). L’année suivante, les mécontents, nombreux et organisés sous la tutelle du comte de Montrose, James Graham, érigent un Convenant (confession de foi) qui est signé par des milliers de personnes. En novembre 1638, les évêques envoyés par Charles 1er à Glasgow sont expulsés et le Livre de Prières considéré comme nul. C’est l’évènement déclencheur de ce que l’on appelle aujourd’hui La guerre des évêques. Ne pouvant pas laisser l’affront impuni, le roi envoie en Ecosse une petite armée d’un millier d’hommes que les troupes d’Alexander Leslie n’ont aucun mal à arrêter à la frontière. Durant l’été 1639, renforcé par les forces de Montrose, Leslie entre en Angleterre et s’empare des villes de Durham et Newcastle. A Londres, c’est la panique. Charles 1er convoque le Parlement et se retrouve mis en minorité. L’on n’est au bord de la révolution.

Qui éclate en 1642.

L’ECOSSE DANS LA GUERRE CIVILE

Fort logiquement, les Covenanters écossais se rapprochent des Parlementaires et de leur chef, Oliver Cromwell. En 1643, les deux partis signent un traité d’alliance. Le 2 juillet 1644, Oliver Cromwell, nommé lieutenant-général des forces réunissant Covenanters et Parlementaires, bat les Royalistes du prince Rupert à la bataille de Marston Moor, mettant Charles 1er dans une très inconfortable position. Il va être (provisoirement) sauvé par Montrose, qui rejoint le camp Royaliste, plus pour nuire aux Campbell, qu’il déteste (en 1641, il avait été provisoirement emprisonné pour avoir comploté contre d’Argyll), que par conviction. Accompagné de 600 mercenaires irlandais, Montrose court les Highlands pour rassembler tous les clans hostiles aux Campbell et aux MacKenzie. Ils trouvent des oreilles attentives chez les Cameron, les MacDonald, les MacGregor, les Stewart d’Appin, les Gordon et les Lamont. Ces clans se mettent sous son autorité, mais sont plus sensibles aux motivations de son second, Alasdair MacColla MacDonald, qui voit lui non pas une occasion de sauver Charles 1er, mais de malmener les Campbell. Pour Montrose, qui accumule les brillantes victoires (il était un excellent général), l’année 1645 se passe bien. Il s’empare de nombreuses villes, dont Dundee et Glasgow, suite à la belle victoire de Kilsyth, le 15 aout 1645. Cependant, si les Royalistes sont maîtres du Nord, les Lowlands ne bougent pas et la situation en Angleterre, après la victoire de Cromwell et Fairfax à Naseby le 14 juin 1645, n’est guère brillante. Enfin, Montrose sait qu’il ne peut pas trop compter sur la fidélité de ses Highlanders, qui désertent dés que l’inaction les mine ou lorsqu’il ne reste rien à piller. Quand il perd l’appui d’Alasdair MacColla, tué au combat, il ne peut même plus faire confiance à sa précieuse infanterie irlandaise.

montrose et cromwell

Montrose et Cromwell

Le 12 septembre 1645, alors qu’il se rend en Angleterre pour porter secours à son roi, Montrose est surpris par les Ecossais de David Leslie à Selkirk, dans le sud de l’Ecosse. Il ne dispose plus alors que d’environ 600 partisans qui résistent comme des acharnés et qui finissent massacrés. Montrose fuit dans les Highlands (qu’il quitte en 1646, pour la Norvège). Le 31 mai 1646, désemparé, fuyant les Parlementaires, le roi cherche refuge auprès de troupes écossaises presbytériennes établies à Newark-on-Tent. Il est arrêté. C’est la fin de la Première Révolution. Avec la reddition des Royalistes, des jours sombres commencent pour les clans ayant participé aux expéditions de Montrose. Ils perdent de nombreuses possessions et doivent payer de lourds tributs. Le clan des Lamont est carrément exterminé par les Campbell, les chefs MacDonald sont arrêtés et exécutés.

Bien que maîtres de l’Ecosse, les Covenanters sont rapidement déçus par Oliver Cromwell qui ne tient pas les promesses faites lors de la signature de l’alliance. Ils décident donc de prendre contact avec le roi qui, de sa prison, n’a jamais cessé de militer pour sa cause. Un accord est trouvé (Charles 1er promet beaucoup, comme faire de la foi presbytérienne une religion d’état) et le Parlement Ecossais lève une armée qui marche sur l’Angleterre pour rétablir Charles 1er sur le trône. Mais cela tourne mal. Les Parlementaires sont battus à Preston, le 17 aout 1648, ce qui entraîne un changement de gouvernement à Edimbourg. Quand Oliver Cromwell entre dans la capitale écossaise le 4 octobre 1648, il est pratiquement accueilli en héros mais sa décision d’exécuter Charles 1er est très mal perçue par l’opinion (le roi est exécuté à Whitehall le 30 janvier 1649), les Ecossais n’acceptant pas qu’un Anglais puisse décider seul du sort d’un roi Ecossais. Si Montrose, de retour en Ecosse, est écrasé le 27 avril 1650 à la bataille de Carbisdale, dans le Ross-Shire (il est capturé et pendu peu de temps après), Cromwell ne peut empêcher le mouvement de contestation de s’amplifier, et il finit par perdre le soutien du Parlement Ecossais. Le 1er janvier 1651, à Scone, le Parlement écossais, avec à sa tête le comte d’Argyll, fait couronné le jeune Charles II roi d’Ecosse, et entre en guerre contre l’Angleterre. Mais les Parlementaires, toujours menés par ce grand général qu’est Oliver Cromwell sont les plus forts. Les Ecossais de Leslie sont battus à Dunbar le 3 septembre 1650 et ils doivent se replier sur Stirling. Une deuxième armée écossaise est écrasée par Lambert à Inverkeithing, l’infanterie highlander (1) ayant été abandonnée en pleine bataille par la cavalerie des Lowlands de Menstrie. Chassée d’Ecosse par Cromwell, qui prend Perth fin septembre, fuyant à travers l’Angleterre, l’armée de Leslie finit par déposer les armes le 3 septembre 1651 après la défaite de Worcester. Charles II doit fuir les îles britanniques.

Dés 1652, Cromwell confie au général Monck la mission de pacifier l’Ecosse et met à sa disposition une force considérable de 20,000 hommes. Cromwell gouverne en véritable dictateur et il s’en suit une période de calme, jusqu’à sa mort en 1658. La disparition du lord protecteur Cromwell entraîne le retour de la monarchie. Charles II, bénéficiant du soutien de George Monck, gouverneur d’Ecosse, et du comte d’Argyll, rentre à Londres et remonte sur le trône, à l’âge de 22 ans. En Ecosse, le prévisible mouvement de contestation Covenanter est étouffé dans l’œuf par les décisions d’un Parlement désormais pro-royaliste et les exactions des milices russes à la solde du roi et des mercenaires Highlanders. Pendant 25 ans, une paix relative règne dans des îles Britanniques qui s’éloignent un peu du puritanisme, même si les rapports entre Charles II et les parlements sont parfois un peu houleux.

charles 1 et Charles II

Charles 1er et Charles II

LA GLORIEUSE REVOLUTION

Charles II meurt en 1685 laissant le trône à son frère Jacques VII d’Ecosse (Jacques II d’Angleterre), qui est catholique depuis 1671 et très proche du roi de France Louis XIV. Avec l’avènement de Jacques VII, les clans catholiques des Highlands (comme les Gordon) retrouvent leurs terres confisquées. Ces clans ont également l’occasion de remettre au gout du jour les vieilles querelles et, dans l’Ouest, la guerre reprend. MacKintosh, MacDonald, Cameron et MacKenzie s’entretuent dans la plus totale incohérence et revendiquent des terres prétendues ancestrales. La personnalité la plus remarquable de cette période trouble est Ewen Cameron, dit Lochiel le Grand. Fils d’un Campbell, il s’est battu avec ses 300 clansmen héroïquement à Inverlochy. Ardent défenseur du roi, il devient chef du clan en 1647 et entame des opérations de guérilla contre l’occupation anglaise. En 1654, ses Cameron prennent le fort d’Inverlochy édifié par les Anglais(2). Rien ne l’impressionne, et lors de la signature d’un traité avec Monck, il se rend à Inverlochy, avec ses hommes armés jusqu’aux dents, parader dans la ville au son de la cornemuse. Aussi, lorsque Charles II monte sur le trône, il n’a aucun mal à entrer dans le cercle des favoris du roi.

Sous Jacques VII, la très forte opposition encouragée par son gendre Guillaume d’Orange met également à mal la Couronne d’Ecosse. Les partisans protestants de Guillaume sont nombreux et le monarque hollandais n’hésite pas à leur faire parvenir subsides et encouragements. Il pousse également à la rébellion les Highlanders mécontents. Lentement, la révolte s’organise et, en 1685, le comte d’Argyll, à la tête de 200 Hollandais et 2000 Highlanders du clan Campbell essayent de s’emparer des Lowlands mais il est vaincu par les Royalistes du comte d’Atholl, une armée composée des MacDonald et des MacLean. D’Argyll est capturé et exécuté le 30 juin 1685. Persécutés, de nombreux Campbell doivent quitter l’Ecosse pour les Amériques.

guillaume III et Bonnie Dundee

Guillaume III et Bonnie Dundee

Le problème majeur de Jacques II (Jacques VII pour les Ecossais, souvenez-vous) se trouve en fait en Angleterre, car les Highlands lui sont en général favorables, même les clans protestants le tolèrent en tant que représentant de la lignée Stuart. Mais les Anglais ne l’aiment pas et lorsque naît le petit James Edward en 1688, l’opposition (3) fait appel à Guillaume d’Orange. La Glorieuse Révolution est née. Jacques II, voulant éviter une nouvelle guerre civile, part pour la France, abandonnant les trônes d’Angleterre, d’Ecosse et d’Irlande à Guillaume d’Orange et sa femme Marie, qui sont couronnés en février 1689. Si l’arrivée de Guillaume est plutôt bien acceptée en Angleterre, c’est loin d’être le cas en Ecosse, et surtout dans les Highlands. Répondant à l’appel du vicomte de Dundee, Graham de Claverhouse, les clans des Highlands se lèvent en masse alors qu’en Irlande, les catholiques se regroupent sous la bannière de Jacques II.

Le 27 juillet 1689, les Jacobites (4), composés des clans Cameron, MacLean, Stewart d’Appin, MacLeod, MacNeil, MacGregor, Robertson et Farquharrson, menés par Bonnie Dundee (le surnom de Claverhouse), entourés de chefs prestigieux comme Ewen Cameron et John Glencoe, écrasent l’armée gouvernementale de Ian MacKay, lieutenant de Guillaume III, à la bataille de Killiecrankrie. Hélas pour les Jacobites, un mois plus tard, Bonnie Dundee est tué à Dunkeld et les clans se dispersent. En juillet 1690, Jacques II est battu en Irlande à la bataille de LaBoyne alors qu’une deuxième tentative d’insurrection Jacobite échoue lamentablement en Ecosse.

Sous Guillaume III et Marie II, le clan Campbell reprend de l’importance alors que les chefs des clans MacLean, MacKenzie et MacGregor suivent Jacques II dans son exil français. Les Gordon, après avoir subi un an de siège à Edimbourg, fuient vers la France mais aussi la Russie. Le 1er janvier 1692, Guillaume III ordonne au clan des Highlands de prêter allégeance à la Couronne. Malgré l’autorisation de Jacques II, qui veut éviter un massacre, deux clans, les MacDonell de Glengary et les MacDonald de Glencoe, refusent de se soumettre. Prétextant une visite pour convaincre les MacDonald de signer l’acte d’allégeance, d’Argyll envoie alors le capitaine Roger Campbell à Glencoe où il passe quelques journées agréables, les Highlanders se montrant assez amicaux. La nuit du 13 février 1692, alors que Campbell dîne chez le chef du clan, le vieux MacIan MacDonald, 400 soldats bloquent les portes de la ville. A cinq heures du matin, l’ordre est donner de brûler les maisons et de tuer tous les habitants. Véritable massacre, acte lâche, la tuerie de Glencoe fait un véritable scandale dans toutes les îles britanniques, mais Guillaume III est arrivé à ses fins en montrant qu’il ne reculera devant rien pour asseoir sa domination.

la boyne

La bataille de La Boyne

La mort de Guillaume III, en 1702, amène sur le trône Anne, sœur de la reine Marie II. Hors, Anne n’a pas d’héritiers et chez les whigs (radicaux antiroyalistes) de Londres, on craint le retour des Stuart et du papisme. Le parlement anglais rédige donc l’Act de Settlement (5) en 1701 qui, à la mort de la reine Anne, désigne comme successeur Sophie (petite-fille de Jacques 1er et mère de George, électeur de Hanovre). De son coté, en 1704, le parlement écossais rédige l’Act of Security, qui lui donne la possibilité de désigner un roi différent de celui d’Angleterre. Les whigs contre-attaquent avec l’Act of Aliens qui déclare que si les Ecossais ne reconnaissent pas la dynastie des Hanovriens avant décembre 1705, ils seront considérés comme des étrangers, perdant tous leurs droits politiques et commerciaux. Finalement, sous les yeux horrifiés des Jacobites impuissants, les parlements écossais et anglais signent en 1707 un accord annonçant leur fusion en un parlement unique reconnaissant comme souverains les Hanovriens… L’Angleterre et l’Ecosse ne sont plus qu’une seule et même nation.

La bataille de Naseby

(1) Au cours de la bataille, sur les 800 hommes du clan MacLean, 760 sont tués au combat en résistant héroïquement pour sauver la vie d’Hector, leur chef, qui finit par succomber.
(2) Lors de l’assaut, Ewen Cameron égorge à coups de dents un officier anglais, « Ce fut la plus délicieuse morsure de ma vie » déclare-t-il plus tard.
(3) Le parti Whig : parti politique soutenant les droits du Parlement et des sectes protestantes contre l’autoritarisme monarchique et l’hégémonie de l’Anglicanisme.
(4) de Jacobus : Jacques en latin. Partisans des Stuart pour les trônes d’Angleterre et d’Ecosse.
(5) L’Act of Settlement règle la succession au trône, limite les pouvoirs de la Couronne et renforce le droit des sujets.

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