LES GUERRES JACOBITES

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En mars 1707, le Parlement Ecossais signe un accord de fusion avec le Parlement Anglais.

Il faut reconnaître que la signature du traité de fusion par le Parlement Ecossais est une véritable erreur, très impopulaire dans les Highlands, ce qui semble logique, mais aussi dans les Lowlands, pourtant à tendance modérée et à majorité protestante. Les Jacobites, de leur côté, refusent de reconnaître ce qu’ils considèrent comme un acte de félonie et revendiquent comme futur roi d’Ecosse le jeune Jacques Edouard, le fils de Jacques VII d’Ecosse, décédé en 1701.

Quand la reine Anne s’éteint en 1714, les whigs, qui dominent le Parlement, désignent comme successeur George, électeur de Hanovre et fils de l’électrice Sophie, morte en 1713. C’est à ce moment que Jacques-Edouard se lève pour faire valoir ses droits. La France étant en paix avec l’Angleterre (fait suffisamment rare pour être souligné), le prétendant se rend clandestinement en Ecosse et est accueilli par le comte de Mar, un fidèle ami de son père. Le comte, comme toute la noblesse écossaise, est très déçu par l’attitude froide et hautaine que manifeste le roi George 1er à leur égard, et il reçoit avec amabilité ce roi de par delà les eaux, comme l’on désigne Jacques-Edouard à l’époque.

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George II et Bonnie Prince Charlie

Le 6 septembre 1714, Jacques-Edouard se déclare roi d’Ecosse, sous le litre de Jacques VIII, devant une grande assemblée de clans fidèles aux Stuart, comme les MacLean, les MacDonald, les Gordon, les Cameron, les MacNeil, les MacLachlan, les MacGregor, une partie des Grant et des MacKenzie. De célèbres chefs de clan, comme Rob Roy MacGregor, John Cameron et Robert d’Appin prêtent allégeance au nouveau souverain. L’appel à l’insurrection est un succès total. L’armée Jacobite, forte de 15,000 hommes, prend ses quartiers à Perth et se prépare à attaquer les Anglais de John d’Argyll, retranché à Stirling. Un deuxième corps d’armée, commandé par MacKintosh de Borlum se présente devant Edimbourg et demande la reddition de la ville, mais tous les Jacobites de la cité ayant été prudemment arrêtés par les autorités d’Edimbourg, l’opération est annulée et la force de MacKintosh quitte les murs d’Edimbourg pour Kelso, afin de se mettre sous le commandement de Kenmure.

Hélas, Kenmure, maladroit, se fait piégé début novembre dans la cité de Preston. Assiégés par une forte armée anglaise dirigée par le général Wills, les Jacobites se résignent à déposer les armes et ouvrir les portes de la cité le 14 novembre. Plus dans le nord, les partisans whigs de Simon de Lovat battent les MacKenzie durant la première semaine de novembre et s’emparent de l’importante place forte de d’Inverness Castle, poussant le comte de Mar à agir. L’armée principale Jacobite quitte Perth le 8 novembre en direction du nord, sans véritable objectif, le comte de Mar se montrant un chef militaire pitoyable aux changements d’opinion incessants (1). Le 13 novembre, les Jacobites rencontrent l’armée whig du comte d’Argyll, à la bataille de Sheriffmuir.

duc cumberland et lord loudoun

Le duc de Cumberland et lord Loudoun

«Que Dieu bénisse MacLean et le roi Jacques. Messieurs, chargez!» (MacLean de Duart à la bataille de Sheriffmuir).
Sous l’impact de la charge des Highlanders des clansmen MacLean et MacDonald brandissant leurs claymore (2), l’infanterie hanovrienne se débande, laissant l’aile gauche d’Argyll complètement désertée. Mais, au centre, la cavalerie d’Argyll a très endommagé le centre jacobite et le comte de Mar ordonne alors un repli. Une manœuvre qui permet à Argyll de décrocher et de fuir le champ de bataille avec son armée. Le général en chef jacobite rate là une belle occasion de mettre à genou le parti whig en Ecosse (elle ne se reproduira plus) et rentre à Perth où il s’éternise, toujours aussi indécis. Dans le même temps, alors que, désœuvrés, les clansmen de Mar s’éparpillent dans la nature, les Hanovriens se réorganisent. Et l’arrivée du prétendant Jacques-Edouard à Perth, le 22 décembre, n’arrange pas les choses, car tout le monde le trouve malade et très déprimé.

En janvier 1716, Jacques-Edouard et le comte de Mar quittent honteusement l’Ecosse pour la France, abandonnant leur partisan à leur sort, sous le commandement d’Alexander Gordon d’ Auchintoul. Arrivés à Ruthven, les Jacobites commencent à démobiliser leurs hommes et entament les négociations de reddition. Même si quelques chefs de clan décident de quitter l’Ecosse, le pardon est prononcé en 1717 par le roi George, hormis pour Rob Roy MacGregor (3), mais des exactions et des vengeances personnelles ne peuvent être évitées, comme l’assassinat de Lachlan MacLachlan en 1720 par les Campbell.

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Rob Roy MacGregor, le vrai visage et le mythe Hollywoodien (Rob Roy, 1995)

La haine qui sépare écossais et hanovriens est cependant trop forte et quand, en 1718, la guerre éclate entre l’Espagne et l’Angleterre, les Jacobites sautent sur l’occasion de se trouver un allié. Un plan est mis en place. Il prévoit un soulèvement des clans Highlanders (organisé par les chefs Jacobites exilés), effectué de concert avec le débarquement dans le nord d’un contingent de 5000 Espagnols commandés par le duc d’Ormonde. L’opération commence par la discrète arrivée sur le territoire des MacKenzie des chefs Jacobites (4)  en exil, accompagnés de 300 espagnols. Malheureusement, l’aide espagnole s’arrête là quand la flotte de 27 frégates transportant l’armée est dispersée et partiellement détruite par une forte tempête.

Le 10 juin 1719, une forte armée hanovrienne met en déroute au col de Glenshiel les Jacobites de Seaforth, lequel est grièvement blessé. De nombreux chefs sont capturés et incarcérés, comme le vaillant MacKintosh de Borlum qui, après 24 années de captivité, mourra en prononçant le nom du roi Jacques) mais, d’autres, comme Rob Roy MacGregor (5) et Marischal parviennent à fuir. Le petit contingent espagnol, considéré comme capture de guerre, est désarmé et renvoyé en Espagne. Le gouvernement anglais relance alors une campagne de soumission et de pacification. Il est interdit aux Highlanders de pratiquer et d’enseigner la langue gaélique et le port d’arme est prohibé. Sous le commandement dynamique du général Wade, on trace un réseau routier de 400 kilomètres, afin de relier de nombreuses forteresses aux fortes garnisons. Quand, en 1727, George II monte sur le trône, les Highlands sont sous le contrôle des anglo-hanovriens, et sous la surveillance de Duncan Forbes de Culloden et du duc d’Argyll.

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BONNIE PRINCE CHARLIE

Lorsque la guerre éclate entre l’Angleterre et la France, les Jacobites, sachant qu’ils peuvent compter sur l’appui de Louis XV, se lèvent de nouveau contre le pouvoir central et George II. L’héritier tout désigné de la couronne d’Ecosse est le fils de Jacques-Edouard, le prince Charles-Edouard. Officier énergique, personnage charismatique et populaire dans les Highlands et à Versailles, Bonnie Prince Charlie, de sa résidence romaine, organise la rébellion. Louis XV, cependant, est hésitant, même s’il réunit à Dunkerque un corps expéditionnaire de 10,000 hommes, mis sous les ordres du brillant maréchal de Saxe. Il n’est pas très sûr de la réussite de l’aventure. De plus, en mars 1744, une forte tempête ajourne l’expédition.

Ne pouvant plus attendre, après avoir rendu visite à son père à Paris, Bonnie Prince Charlie décide de tenter sa chance. Il fait armer deux navires (6) et prend la mer en direction de l’Ecosse. Après un combat, l’Elizabeth doit abandonner le Doutelle qui, le 2 aout 1745, débarque le prétendant dans les Hébrides. Mais l’arrivée de Charles-Edouard ne crée par l’engouement espéré. Accompagné de sept aides de camp, le prétendant parcoure alors les Highlands pour tenter de rallier les Jacobites à sa cause. La tache n’est pas facile. «Que le destin soit ce qu’il doit être. Je suis résolu à déployer mon étendard et à entrer en campagne avec ceux qui se joindront à moi. Lochiel, que mon père estimait être le meilleur ami de notre famille, peut rester chez lui et apprendre par les gazettes le sort de son prince.» (Bonnie Prince Charlie à Lochiel, qui essayait de le convaincre d’abandonner son projet).

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Fusilier anglais, fusilier du Royal Ecossais, Highlander jacobite, Highlander de la Black Watch (loyaliste)

Finalement, le charisme du prince et son enthousiasme communicatif fait plier les chefs Jacobites. Lochiel et 700 Cameron le rejoignent, comme 400 MacDonald de Clanranald, 120 de Glencoe, et encore 400 de Lochgarry. Au final, c’est plus de 3,000 highlanders de l’ouest qui se rangent sous la bannière du prétendant Stuart, et marchent vers l’est au son des cornemuses. Arrivé à Ivergary, l’armée Jacobite a encore enflé, avec la jonction des MacDonald de Sleat, des MacLeod, des MacKenzie, des Grant, des MacKintosh et même des Fraser (7). Au départ d’Invergary, 260 Stewart d’Appin se joignent à eux. Plus dans le nord, les farouches MacGregor, toujours privés de l’usage de leur nom, descendent des montagnes et s’emparent d’Inversnaid, capturant la garnison.

Le 16 septembre 1745, l’impressionnante armée jacobite arrive devant Edimbourg et met en déroute deux régiments de dragons, qui se débandent et abandonnent la garnison, laquelle se réfugie dans la citadelle. Jacques-Edouard est couronné roi d’Ecosse le 17 septembre sous le titre de Jacques VIII, à Holyrood. Installé à Edimbourg, le roi, très ému, voit arrivé de nombreux clans venus de toute l’Ecosse. On l’avait plus vu cela depuis Robert le Bruce. Les Grant de Glenmoriston, les MacLachlan et les Nairne d’Atholl prêtent à leur tour allégeance. Mais il est évident que George II ne va pas rester sans réagir.

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Le premier affrontement s’effectue le 21 septembre 1745, contre les Anglais du général Cope, venu d’Aberdeen. La bataille de Prestonpans, non loin d’Edimbourg, est vite réglée. La charge furieuse des Highlanders explose littéralement les lignes de fantassins anglais qui cherchent le salut dans la fuite, entraînant dans leur déroute les unités de dragons, ainsi que le général Cope, qui doit abandonner tout son train de bagages. Après cette belle victoire, le roi voit son armée encore grossir avec l’arrivée des Olgilvy (600 hommes), les Gordon des trois clans (environ un millier d’hommes), 130 cavaliers de Forbes et la life guard montée de Lord Balmerino. Mais l’organisation d’une armée aussi importante est lourde et complexe et Jacques VIII attend toujours l’arrivée de renfort et d’encadrement venu de France. Hors, Louis XV s’obstine à ne lui envoyer que de l’argent. Des problèmes dont profitent les clans gouvernementaux des Highlands, comme les Campbell du duc d’Argyll (8) pour se rassembler, alors que George II rappelle des troupes de son armée déployée dans les Flandres.

Début novembre 1745, Bonnie Prince Charlie prend conscience qu’il faut agir. L’armée jacobite traverse la frontière et se dirige vers le sud. Comme le prince le redoutait, l’armée s’étiole en cours de route, les Highlanders n’étant pas réputé pour leur discipline. Mais c’est tout de même 5,000 jacobites qui se présentent devant Derby début décembre. En face, trois armées sont en route pour l’intercepter. Au nord-est, le général Wade manœuvre pour lui couper la retraite, le duc de Cumberland avance dans les Midlands et à Finchey s’installe un troisième corps chargé de défendre Londres. En tout, 30,000 soldats avec un gros parc d’artillerie. Derby n’est séparé de la capitale anglaise que de 200 kilomètres, aussi, à Londres, la panique gagne la population. Même George II s’installe sur un yacht, près à quitter l’Angleterre pour le Hanovre si la situation tourne mal. Mais, contre l’avis du roi qui désire aller de l’avant (9), l’état major jacobite décide de rebrousser chemin.

De retour en Ecosse, les jacobites peuvent enrichir leurs effectifs, qui atteignent 8,000 hommes. Ils reçoivent de France un maigre renfort, plus symbolique qu’autre chose : un bataillon (700 hommes) du Royal Ecossais et un peu d’artillerie. Le 17 janvier, ils écrasent la force gouvernementale du général Hawey dans la bataille de Falkirk Muir, au pied de la forteresse de Stirling, l’infanterie anglaise se montrant toujours incapable d’arrêter les charges de Highlanders. Là, le courageux Bonnie Prince Charlie commet une grosse erreur en n’essayant pas de s’emparer de la forteresse, point fortifié très important, alors que la garnison, abandonnée par l’armée qui fuit vers Inverness, est démoralisée.

La nuit du 16 février 1746 à Moy Hall, l’armée anglaise est ridiculisée quand, terrorisée par cinq hommes cachés dans l’obscurité et faisant un vacarme assourdissant, les 1700 soldats du général John Campbell, comte de Loudoun prennent la fuite (ce fait de guerre est resté célèbre sous le nom de « déroute de Moy Hall »). Ils pensaient avoir affaire aux clans MacDonald, Cameron et MacKintosh au complet. Complètement paniqué, lord Loudoun abandonne même Inverness, ajoutant à la confusion parmi les Anglais. L’officier malheureux tombe alors sur l’avant-garde jacobite commandée par le duc de Perth. Son armée est taillée en pièces. L’un de ses officiers, le capitaine Angus MacKintosh, est fait prisonnier et rendu à sa femme, lady Anne Farquharson-MacKintosh (10), devenue chef du clan depuis la trahison de son époux.

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Reconstitution de la bataille de Prestonpans

 

LA LANDE DE CULLODEN

En avril 1746, le duc de Cumberland, un officier très compétent auréolé de grands faits d’arme, arrive avec son armée expérimentée dans les environs d’Inverness. Charles VIII, inquiet, parvient à réunir en urgence 5,000 Highlanders sur la plaine de Culloden, ainsi que le Royal Ecossais. C’est peu comparé aux 8,000 hommes de Cumberland, qui, le soir, se présentent devant eux, marchant fièrement aux sons des tambours et des fifres. Durant la nuit, les Jacobites tentent une attaque surprise, qui échoue et qui, surtout, privent les hommes de sommeil. Le lendemain, la bataille est brève et sanglante. Forcés de charger pour se soustraire d’un pilonnage d’artillerie sur un terrain plat et totalement inadapté à leur tactique, les Highlanders sont fauchés comme les blés par la mousqueterie ennemie. Les rares à arriver au contact s’empalent sur les baïonnettes des Anglais. C’est la déroute. En moins d’une heure, tout est réglé. Les Jacobites abandonnent sur le terrain près de 2,000 morts et blessés. Cumberland, lui, n’a perdu que 50 hommes.

Charles VIII doit fuir. Il se réfugie d’abord chez Frazer de Lovat, partisan hanovrien qui n’a pas le courage de refuser l’hospitalité à ce prince triste et abattu. La tête de Bonnie Prince Charlie est mise à prix pour 30,000 livres (somme colossale), et il erre durant près d’un an dans les Îles et les Highlands avant de parvenir à quitter l’Ecosse en septembre 1746 à bord de l’Heureux, une frégate française.

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Pendant ce temps, dans les Highlands, la répression est effroyable. Le duc de Cumberland, surnommé rapidement « le boucher », exécute les ordres de George II avec un zèle démesuré, et une grande cruauté. On pille et on incendie les maisons jacobites, des centaines de Highlanders sont fusillés, passés à la baïonnette ou brûlés vifs. Les chefs jacobites sont arrêtés en masse, même Lovat est pendu pour avoir reçu Charles. On interdit l’usage de la cornemuse, le port du kilt, du tarton et du plaid.

Réfugié en Italie, Charles VIII abandonne tout espoir et devient rapidement un courtisan mou et débauché marié à une princesse allemande pire que lui. Lorsqu’il meurt en 1788, son frère Henri met un terme aux espérances jacobites en entrant dans les ordres, même si les plus acharnés s’obstinent à le désigner sous le nom de Henri IX. Durant le siècle qui suit Culloden, on assiste à un dépopulation massive des Highlands, même les clans ayant pris le parti de George II sont mis à mal par les réformes. Les chefs, démoralisés, ne se sentent plus responsables de leurs hommes, qui quittent les leurs terres en nombre. Ce jour du 17 avril 1746, sur la triste lande de Culloden, les milliers de clansmen qui sont tombés ont emporté avec eux l’âme des Highlands et le cœur de Robert le Bruce.

(1) John Erskine de Mar est rapidement surnommé par ses hommes John le fantoche.

(2) Epée longue traditionnelle manièe  en général à deux mains et pouvant découper un homme en deux dans le sens de la hauteur

(3) Sous les ordres de Rob Roy, les MacGregor ont, de 1685 à 1717, une attitude complètement différente des autres clans. Ils ne participent pas à Sheriffmuir et préfèrent mener leur propre guerre, passant d’un côté à l’autre en fonction des opportunités et en pratiquant le racket.

(4) Le comte de Seaforth, le marquis de Tullibardine, le comte Marischal, George Murray.

(5) Rob Roy parvient, pendant trois ans, à déjouer tous les pièges tendus par les Hanovriens dans les montagnes. Il se rend aux autorités en 1722. Gracié, il se convertit par provocation au catholicisme. Il est devenu une légende dans les Highlands.

(6) La frégate de guerre, le Doutelle, et un vaisseau de ligne, l’Elizabeth.

(7)Désirant s’emparer de terres jacobites, les Fraser avaient combattu avec les Hanovriens en 1715.

(8) Archibald, duc d’Argyll était un homme de grande valeur estimé par tous, même par les Jacobites.« S’il est un homme en ce pays que j’aimerais avoir pour ami, c’est le duc d’Argyll qui jouit de beaucoup de crédit parmi eux en raison de ses aptitudes et qualités et a un nombreux entourage à cause de sa fortune. Mais on me dit que je puis difficilement me flatter d’un tel espoir. » (Charles VIII)

(9) « Je ne vois que ruine et destruction si nous battons en retraite » (Charles VIII)

(10) Surnommée « la colonelle Anne, elle organisa elle-même la résistance de son clan et la constitution de son régiment de 800 MacKintosh de Chattan.

 

 

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