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Au début de l’été 1876, le général Sheridan se voit confier par le président Grant la mission de pacifier les régions des Montagnes Noires et de la Yellowstone River. Les tribus indigènes, propriétaires légales de ces terres par les accords signés de 1868, les voyant envahies par les chercheurs d’or (avec la bénédiction du gouvernement, il est bon de préciser qu’il est responsable de la situation), se sont à nouveau levées sous l’influence de jeunes chefs énergiques: Sitting Bull et Crazy Horse, de la tribu des Sioux. Sheridan organise alors une opération de pacification, avec l’envoi de trois expéditions séparées sur un point de convergence commandées par les généraux Gibbon, Crook et Terry.

Le 17 mai 1876, le général Alfred H. Terry quitte Fort Lincoln, territoire du Dakota, avec une force de 925 hommes (le 7eme de cavalerie, deux compagnies du 17eme d’infanterie, une compagnie du 6eme d’infanterie et deux canons Gatling) en direction de l’ouest. Le 21 juin, à la confluence de la Yellowstone River et de la Rosebud River, il confie au lieutenant-colonel George S. Custer le célèbre 7eme de cavalerie avec pour mission de remonter le cours de la Rosebud River sur une centaine de kilomètres, avant de s’engager à gauche, vers la Little Bighorn. Bien que Custer soit tombé en disgrâce pour avoir déplu au président Grant et perdu le commandement du 7eme de cavalerie, Terry choisit de lui redonner la direction de son ancien régiment. Il faut dire que Custer, « héros » de la bataille de la Washita en 1866 (ce fut plutôt un massacre honteux de femmes et d’enfants qu’une véritable bataille), connait bien la région. Cela fait des années qu’il parcoure les zones montagneuses du Dakota et du Montana et il a mené plusieurs campagnes contre les Sioux, les Arapaho et les Cheyennes (la dernière remonte à 1874).

 custer plan 1                        custer plan 2

                     1. La situation à 16h00 (le plan de Custer)

        2. La situation à 17h30 (Reno est repoussé, contre-attaque Améridienne)

Custer remonte donc vers le nord, à un train très soutenu, sa troupe chevauchant même la nuit. Au matin du 25 juin, arrivé dans la vallée de la Little Bighorn, il ordonne une halte pour que ses troupes épuisées puissent un peu récupérer. Il envisage d’attendre l’arrivée de la colonne du général Gibbon, prévue pour le lendemain. Mais quand ses éclaireurs amérindiens lui annoncent la présence d’un très grand campement à une vingtaine de kilomètres de sa position, il change d’avis, d’autant plus qu’on lui laisse entendre que cette immense concentration (environ 7 à 8,000 personnes) seraient sur le départ. Négligeant l’avertissement de ses éclaireurs qui estiment les forces Sioux et Cheyennes à environ 1,500 guerriers, cet impétueux officier qui s’est construit une peu flatteuse réputation de boucher durant la Guerre Civile décide de passer à l’action.

Il divise sa force d’environ 500 hommes en trois bataillons. Son idée est de prendre en tenaille les Amérindiensen encerclant le village. Custer prend lui-même en charge cinq escadrons et entame un mouvement tournant pour se positionner au nord de la concentration de tipis, la plus importante que l’on ait jamais vue. Il confit trois escadrons au commandant Marcus Reno qui traverser la Little Bighorn et doit attaquer le village à partir du sud, et trois escadrons au capitaine Frederick Benteen qui doit rejoindre la Little Bighorn pour intercepter l’éventuel déplacement des Indiens. Enfin, le capitaine MacDougall reste en arrière avec un escadron et le train de munitions. Le plan de Custer est simple, Reno doit attirer les amérindiens en lançant une première attaque, et Custer leur tombera ensuite sur le dos. Mais, trop confiant, l’officier commet plusieurs erreurs. Tout d’abord, en raison de cette reconnaissance précipitée, il manque d’informations et celles qui possèdent sont erronées. Ce n’est pas 1,500 guerriers qu’il a en face de lui, mais près de 3,000! Ensuite, il n’était pas dans l’intention des Indiens de lever le camp, Custer se retrouve donc privé des escadrons de Benteen, pour rien. Enfin, il sous-estime trop ces autochtones qu’il méprise et il n’envisage même pas qu’il puisse avoir été repéré, ce qui est le cas. De plus, comme le premier mouvement de la force de Reno n’a pas été vu par les éclaireurs ennemis, les amérindiens sont restés sur leurs positions.

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         3.  La situation à 18h00 (Custer est encerclé)  

Des soldats de l’US Cavalry dans les années 1870 (avec la fameuse carabine Springfieg, 

qui restera en service jusqu’en 1890 et largement inférieure aux Winchester qui équipaient les Amérindiens.

Les deux bataillons prennent position au nord, sur les collines, et au sud, devant une rangée d’arbres. Quand Reno, qui a fait mettre pieds à terre, ouvre le feu vers les tentes (touchant sans distinction guerriers, femmes et enfants – l’épouse et le fils du chef Gall sont d’ailleurs tués), il reçoit un feu nourri en réponse, un très grand nombre de guerriers étant armés de carabines à répétition Winchester achetées en contrebande (à contrario, les soldats étaient équipés de carabines Springfield de 11mm, à culasse, et, de plus, ils n’avaient pas leurs sabres, afin de pouvoir se déplacer plus discrètement). Submergé par les tirs ennemis, traumatisé par la mort de son éclaireur indigène tué d’une balle dans la tête (le crâne du malheureux explose à côté de lui, lui envoyant sang et matière cérébrales sur le visage), Reno cède à la panique et ordonne à ses hommes de se réfugier dans un sous-bois… qui est rapidement incendié par les Amérindiens. Reno ordonne à ses hommes de se remettre en selle et de se réfugier sur une hauteur, de l’autre coté de la rivière Little Bighorn. Une retraite à découvert, complètement improvisée, qui se paie par la mort d’une trentaine d’hommes. Reno est à ce moment rejoint par Benteen qui, alerté par un message de Custer, a fait demi-tour et il décide de se replier en zone sécurisée et d’installer un périmètre défensif (beaucoup y verront un acte de lâcheté). Un peu plus tard arrive le train de munitions.

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Custer et ses éclaireurs                                                          Une des rares photos de Crazy Horse

De l’autre côté, ignorant la situation de Reno (et le croyant probablement encore engagé), Custer descend la colline avec ses 225 cavaliers, qu’il a divisés en plusieurs détachements devant se couvrir mutuellement. Il est alors surpris par une attaque frontale de Crazy Horse et Gall, accompagnés de 1,500 guerriers! Custer, qui voit sa troupe menacée d’être débordée sur ce terrain ouvert, ordonne alors un repli général vers la colline, espérant y trouver une position plus défensive. Les détachements du capitaine Keogh et du lieutenant Calhoun doivent couvrir le repli. Mais Crazy Horse a anticipé la réaction de Custer. Ayant constaté l’immobilisme de Reno, il a envoyé une force de 1,500 guerriers (commandé par Rain in the Face), qui a remonté la Little Bighorn sur la rive ouest, avant de la traverser et tomber sur l’arrière des tuniques bleues. Quand Custer arrive sur la hauteur, elle est déjà occupée par les Sioux. Pris en tenaille par une force supérieure en nombre, les hommes du 7eme de cavalerie se retrouvent rapidement dans une situation catastrophique. La position de Calhoun tombe la première, suivie de celle Kheog. Quelques survivants arrivent à rejoindre Custer, qui s’est établi en position défensive sur Deep Ravine. C’est à cet endroit que tombe le dernier carré des cavaliers de Custer. D’après des témoignages amérindiens, Custer sera l’un des derniers à succomber, après avoir usé toutes ses munitions. La bataille n’aura pas duré une heure. Reno, lui, n’a pas bougé (seul un officier, désobéissant à ses ordres, a tenté de rejoindre Custer avec sa compagnie, mais a renoncé devant la difficulté de la tache).

sitting bull gall Rain in the face

Sitting Bull, Gall et Two Moons

Après s’être débarrassé de Custer, les amérindiens se tournent vers Reno. Ils harcèlent les restes du 7eme de cavalerie jusqu’au lendemain. Quand ils apprennent l’approche des colonnes Gibbon et Crook, les chefs ordonnent de lever le camp et de se diriger vers les monts Bighorn. Ils ne sont pas poursuivis.

Dans cette bataille, le 7eme de cavalerie perd 268 hommes, l’intégralité du régiment de Custer plus quelques hommes de Reno. Sur la colline, il n’y a qu’un seul survivant : Comanche, le cheval du capitaine Keogh. La famille de Custer paie cher son imprudence. Près du corps de George reposent ceux de ses frères ; Tom, officier de cavalerie, et Boston, un civil. Un peu plus loin gît le corps d’Auttie Reed, son neveu, et de l’autre côté de la colline, celui de son beau-frère, le lieutenant Calhoun.

La confédération amérindienne, dirigée par la chef shaman Sitting Bull (qui n’a pas participé au combat, il est resté au village pour appeler les esprits) et Crazy Horse comprenait de nombreuses tribus Sioux et Cheyennes. Parmi les plus importantes : les Cheyennes, les Pieds-Noirs Dakota, les Oglala (la tribu de Crazy Horse), les Minnicojou, les Brule, les Yankton, les Santee, les Yotanka Tatanka, les Hunkpapa (la tribu de Sitting Bull), les No-Bows. Leurs chefs, hormis les deux précités étaient Two Moons (qui a coordonné l’assaut frontal avec Crazy Horse), Gall, Rain in the Face, Lame White Man (il est mort au combat), Crow King.

Une version poétique de la bataille de Little Bighorn, La charge fantastique (They Died with Their Boots On), de Raoul Walsh, avec Erroll Flynn et Olivia de Havilland, un chef d’oeuvre de l’age d’or d’Hollywood (1941)

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