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Popularisées dès les années 60 par le cinéma et deux excellents films qui restent encore aujourd’hui des références en matière de cinéma d’aventure (Zoulou et L’ultime attaque), les guerres zouloues composent un épisode majeur de l’histoire de l’empire britannique et, de manière plus générale, des guerres coloniales qui ont marqué le XIX° siècle. Pour la population britannique de l’époque, qui découvrit que non seulement son armée n’était pas aussi invincible qu’elle le pensait mais, qui plus est, pouvait être mise à mal par qui ce qui était considéré comme une bande de sauvages indisciplinés, ce conflit revêtit même certains aspects traumatisants. On peut d’ailleurs regretter que l’état-major britannique, empêtré dans son complexe de supériorité, n’ait pas pris acte de tous les enseignements pouvant être tirés de ces honteuses déconvenues ; cela aurait pu amener une reconsidération globale des politiques coloniales. En effet, contrairement aux guerres mahdistes ou indiennes, les Zoulous opposèrent aux tactiques européennes leurs propres méthodes martiales. Des méthodes performantes, qui se posaient comme une révision des traditions tribales, et qui étaient les fruits des réflexions d’un seul homme : le roi Chaka.

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Diffusé sur la télévision sud-africaine en 1986, puis rapidement exportée en Europe et aux Etats-Unis – où elle connut un franc-succès -, Shaka Zulu est une mini-série de 10 épisodes de 50 minutes qui retrace la vie de ce personnage marquant de l’Histoire africaine – et probablement le plus célèbre avec Mandela (autre sud-africain). Un parcours extraordinaire, qui fit d’un bâtard rejeté par sa tribu celui que les quotidiens de l’époque surnommèrent le « Napoléon Noir ». Réalisée par William C. Faure, tournée au cœur du Natal avec la collaboration de nombreux figurants zoulous, l’œuvre s’appuie principalement – mais pas uniquement – sur le journal d’Henry Francis Fynn, un médecin irlandais. En 1822, ce dernier accompagnait dans son aventure le lieutenant Francis Farewell, officier britannique qui se voyait investi d’une mission à la fois diplomatique, commerciale et… militaire – puisqu’il était également chargé d’évaluer les forces de l’armée zouloue. Ce plénipotentiaire, auquel s’étaient joints quelques commerçants du Cap et une escorte de militaires, vécut pendant de longues années auprès du roi. Le film mêle donc les éléments historiques issus d’un travail de mémoire (le roi Chaka aurait raconté à Fynn son enfance et son adolescence), le journal du biographe et des éléments légendaires teintés de fantastique (avec son lot de sorcellerie et de prophétie). Evidemment, en plus du fait que l’auteur n’ait pas été le témoin direct d’une grande partie des événements narrés dans cette œuvre, la couleur du récit se voit déformée par l’éducation et les préjugés de son auteur, même si sir Fynn se montrait, pour un citoyen Britannique, assez large d’esprit.

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La première moitié de la série est consacrée à nous conter l’ascension du jeune Chaka. Né en 1797, fils rejeté d’un chef de tribu zoulou et d’une princesse langeni, il est élevé par sa mère dans le mépris le plus total. Son enfance et son adolescence, toutes deux très difficiles, vont donc composer une lutte permanente qui fera de lui un homme volontaire, perspicace, réfléchi mais aussi dénué de pitié. Devenu adulte, engagé comme simple guerrier dans une tribu d’accueil (les Bathwetas du roi Dingiswayo), il va réussir, à force d’obstination et contre l’avis des anciens, à réformer l’armée, à la fois dans son armement, mais aussi dans sa manière de se battre. Sous son influence, de cérémonial rituel peu meurtrier, l’art de la guerre des peuples d’Afrique du Sud va se transformer en un affrontement sanglant visant, non plus l’intimidation de l’adversaire, mais sa soumission ou sa destruction. Terrifiés par cette nouvelle manière de combattre, toutes les tribus de la région se soumirent les unes après les autres au roi Dingiswayo. En 1816, en remerciement des services rendus, le roi Dingiswayo lui permet de monter, par la force, sur le trône zoulou pour succéder à son père. A la mort de son protecteur (assassiné par Zwide, le roi zoulou des Ndwandwe, au cours de la guerre civile de 1819), Chaka se voit acclamé par les troupes, à la façon de l’Empire Romain, et son ascension voit la fusion des peuples zoulous et bathwetas. Le royaume zoulou est alors à son apogée et c’est à ce moment que, venu par la mer et échoué sur les rivages orientales du Natal suite au naufrage de leur navire, l’homme blanc va rencontrer le roi Chaka.

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La légende que les anciens se racontaient au coin du feu cède alors la place au récit biographique. Le lieutenant Farewell, Fynn et leurs compagnons découvrent alors un roi vénéré par son peuple comme un demi-dieu mais également très craint car cruel. Personnage dévoré par l’ambition, entretenant un douloureux rapport amour-haine avec sa mère Nandi, Chaka ambitionne de réunir sous sa bannière toutes les tribus du Natal. A chaque conquête, son armée s’agrandit et quand il bat son pire ennemi, le roi Zwide, à la bataille de la rivière Mhlatuze en 1819, il est alors le maître du plus grand royaume d’Afrique. En 1822, il entame une seconde campagne au cours de laquelle il intègre à son empire les populations vaincues en pratiquant un eugénisme radical. Tous les jeunes adultes sont épargnés, à la condition qu’ils adoptent le nom et les coutumes zoulous et qu’ils intègrent les impi (les régiments professionnels). Devancées par leur réputation, les colonnes infernales de Chaka sèment la panique et amplifient les exodes de population. Mouvements qui ne vont pas tarder à arriver aux oreilles des Britanniques de la colonie du Cap et des Boers du Transvaal.

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Cette mini-série est intéressante à plus d’un titre. Alors que l’Afrique du Sud est encore plongée dans l’apartheid, elle offre aux spectateurs une vision assez positive – et bienvenue – de la civilisation zouloue. Sous les caméras de Faure, le roi se construit une personnalité qui, bien qu’influencée par les superstitions et les croyances animistes propres à sa culture, frappe par sa vivacité d’esprit, sa complexité et son modernisme. Vue dans son ensemble et si l’on écarte l’aspect cosmétique, la société zouloue apparaît finalement comme assez proche des sociétés modernes européennes, et l’image qui nous est donnée se situe bien loin des clichés racistes. Amateur d’Histoire, j’ai préféré les six premiers épisodes aux suivants. En effet, même si le récit exploite de nombreux éléments légendaires (selon certaines sources, Chaka n’aurait pas eu une enfance aussi difficile que celle qui nous est décrite dans cette série), il s’attarde plus à nous décrire les us et coutumes de ce peuple du Natal qu’il ne le fera par la suite. La partie qui décrit la création de l’armée qui va conquérir une grande partie de l’Afrique du Sud ainsi que ses premiers faits d’armes, est vraiment très intéressante. A noter également une réalisation de qualité, avec de superbes paysages et de belles reconstitutions. Pour ce qui est de l’aspect réaliste, le spectacle ne pèche que par ses batailles, qui manquent de mordant et qui, par conséquent, ne sont guère spectaculaires.

Le roi Chaka, par James King (1824)
Le roi Chaka, par James King (1824)

Dans les quatre derniers épisodes, le téléaste se consacre plus à nous conter la nature des échanges (protocolaires et amicaux) entre le roi et les envoyés britanniques du Cap qui, par un caprice du destin (et un peu de quinine !), apparaissent aux yeux des Zoulous comme des hommes capables de miracles. A partir de ce moment, et c’est un peu regrettable, on évolue plus dans le domaine du drame intimiste et mélo que dans celui du film d’aventure historique, même si le récit continue à proposer quelques moments forts, notamment quand Chaka laisse exprimer la folie meurtrière qui le consume… et qui au final entraînera sa perte. Durant ces moments un peu moins enthousiasmants (au lieu d’être le témoin des états d’âme de Chaka, j’aurai préféré en découvrir plus sur l’application de sa politique impérialiste), l’efficacité du spectacle repose sur le comédien Henry Cele, qui incarne de belle manière le grand roi. D’ailleurs, on peut même leur trouver une certaine ressemblance physique, lorsqu’on compare l’acteur (et ancien footballeur) à la seule représentation connue de Chaka , fruit du travail du naturaliste James King, en 1824.

Carte de l'extension du royaume Zoulou (wikipédia)
Carte de l’extension du royaume Zoulou (wikipédia)

Assassiné en 1828, Chaka n’a jamais combattu les Anglais, ni aucune autre force européenne (pas même les Boers du Transvaal). Pourtant, dans l’imaginaire collectif, cet illustre personnage qui fit d’une modeste tribu un véritable royaume reste le responsable du désastre britannique d’Isandhlwana, qui eut lieu en 1879 (alors que le roi zoulou est à l’époque Cetshwayo, le neveu de Chaka) et il apparaît comme le symbole de la résistance des peuples africains à la colonisation. Comme quoi les légendes ont la peau dure…

Ma côte: 4/5

SHAKA ZULU (Afrique du Sud – 1986)

Série télévisée de 500 minutes réalisée par William C. Faure

Avec: Henry Cele (roi Chaka), Edward Fox (lt Farewell), Robert Powell (dr Henry Fynn), Christopher Lee (lord Bathurst), Trevor Howard (lord Somerset), Dudu Mkhise (Nandi)

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