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Jeune homme idéaliste, emprunt des idées des Lumières, puis conciliateur qui vit ses idées progressistes chahutées par les tumultes de la Révolution, Gilbert du Motier, marquis de La Fayette, fut sans nul doute l’une de ces grandes individualités qui auront marqué le 18ème siècle et influé sur le cours de l’Histoire de France. Grâce à l’écriture de ses mémoires, aussi précises que passionnées, ce fils de petite noblesse qui rêvait d’un monde meilleur, plus juste, dans le respect du Roi et du droit Humain, se fait également témoin de son temps. Par ses interrogations, ses doutes et ses espoirs, il symbolise aujourd’hui toute cette génération « éclairée » à l’esprit tiraillé entre le confort de ses privilèges et les idées humanistes dont ils portaient les valeurs. Bref, le marquis de La Fayette, qui dés 1789 ne signait plus ses courriers que par un simple Lafayette, fut un homme à la personnalité attachante et complexe, souvent incompris et critiqué, mais toujours respecté de ses ennemis, qu’ils fussent britanniques ou jacobins.

En 1961, afin de rendre hommage à ce grand personnage de l’Histoire, le cinéma français offrait à son public l’une des rares œuvres lui étant consacré. La Fayette fait en effet partie de ces sacrifiés, de ces composantes positives de l’ère pré-révolutionnaire victimes d’un obscurantisme républicain qui a perduré durant plusieurs générations. Et, encore aujourd’hui, le marquis de La Fayette est plus connu et respecté aux Etats-Unis d’Amérique (où il est considéré comme un fils de la Liberté) qu’en France. D’ailleurs, le film de Jean Dréville (cinéaste injustement oublié auquel on doit quelques bons films historiques comme La bataille de l’eau lourde ou La reine Margot, avec Jeanne Moreau) se concentre essentiellement sur la jeunesse de La Fayette et ses actions pour aider les « insurgents » américains.

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Luxueux et élégant film en costumes s’inscrivant totalement dans la période, La Fayette présente également quelques éléments critiques et historiques assez pertinents. De ce fait, il dépasse un peu l’aspect purement récréatif qui faisait le cinéma d’aventure populaire des années 50 et du début des années 60. Jean Dréville y dresse notamment un portrait de Versailles en usant d’un humour critique qui fait mouche, sans toutefois verser de trop dans la caricature. Ne voyez pas, toutefois, un quelconque aspect documentaire dans l’œuvre. Même si le récit respecte, dans les grandes lignes, les faits historiques, Jean Dréville propose ici une pure fiction à l’atmosphère légère, où le jeune marquis épouse le profil de tous les héros au grand cœur du genre, de Robin des Bois à d’Artagnan. Par contre, et on peut s’en féliciter, l’aspect romantique n’est pas trop envahissant, le jeune La Fayette et son épouse (Pascale Audret) n’ayant que peu de séquences à partager.

C’est Michel Le Royer qui interprète La Fayette. Un comédien qui fait office de madeleine de Proust pour tous ceux qui, comme moi, enfants, suivaient avec passion les épisodes de la série Corsaires et flibustiers. Ici, comme dit plus haut, il incarne un jeune homme de 19 ans dynamique, romantique, vif d’esprit et courageux. Figure idéalisée, certes, mais force est de dire que le comédien s’en sort très bien. L’acteur accumule au fil du récit un important capital sympathie (qui rend crédible le rapport père-fils qui se construit entre Washington et lui, bien que Michel Le Royer soit âgé de… presque trente ans !) et, en bon spécialiste du film de cape et d’épée, il se débrouille très bien dans les séquences d’action qui, bien entendu, ne manquent pas. Le reste du casting ne gâche rien, avec notamment la présence de l’excellent Jack Hawkins dans le rôle du général Cornwallis. Cerise sur le gâteau, c’est Orson Welles qui interprète Benjamin Franklin alors que le grand homme est à la cour du roi de France.

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Alors, je conclurais en disant que La Fayette est un film sympathique qui mérite d’être (re)découvert, tout comme le cinéma de Jean Dréville. On peut reprocher au film, à raison, d’être très superficiel et de privilégier la fiction à la réalité historique mais l’œuvre n’a aucune ambition de biopic et rien n’empêche le curieux d’aller plus avant dans l’étude de de cette extraordinaire figure du siècle des Lumières.

Ma côte : 3.5/5

La Fayette (France -1961)
Un film de Jean Dréville
Scénario de Jean Dréville, Jean Bernard-Luc, Suzy Prim, François Ponthier et Jacques Sigurd
Avec : Michel Le Royer (La Fayette), Jack Hawkins (Cornwallis), Wolfgang Preiss (baron Kalb), Edmund Purdom (Sileas Deane), Howard St.John (Washington), Vittorio de Sica (Bancroft), Orson Welles (Benjamin Franklin), Albert Remy (Louis XVI), Pascale Audret (Adrienne de La Fayette). Et Michel Galabru dans le petit rôle d’un aubergiste.

Ce film n’est hélas pas disponible en DVD/Blu-ray et est difficilement trouvable en VHS (aux Editions Montparnasse 1989).

Reste youtube…

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