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Il y a peu, lors d’une discussion amicale à bâtons rompus, l’un de mes amis se moquait gentiment des qualités militaires des forces italiennes en argumentant notamment que ces incompétents (il évitait prudemment le qualificatif « lâches ») n’avaient même pas été capables de mettre au pas des bandes d’indigènes. Il parlait bien évidemment de la très difficile campagne d’Erythrée, au cours de laquelle les armées de la péninsule connurent de grandes difficultés. J’eu beau préciser que l’Italie ne fut pas la seule nation européenne à avoir subi des revers cinglants dans leurs entreprises coloniales, que Français, Allemands, Américains, Espagnols, Russes et Britanniques avaient connu, parfois plus d’une fois, pareilles mésaventures, que le soldat italien a plus d’une fois, par le passé, démontré sa bravoure et sa combativité, rien n’y fit. Deux siècles de préjugés et d’idées reçues ont la peau dure. Dommage pour les italiens.

C’est pour cela que j’ai pensé à lui offrir ce nouveau numéro de Guerres & Histoires, dont le dossier central est consacré aux défaites occidentales lors des guerres coloniales. Un numéro absolument passionnant, où la rédaction, au lieu de consacrer ses pages à des batailles bien connues du grand public (principalement grâce au cinéma) comme Isandhlwana et Little Big Horn, a choisi de nous présenter en détail quatre affrontements où les puissances occidentales sortirent vaincues. Les Espagnols écrasés à Anoual en 1921, la déroute britannique de Gandamak en Afghanistan en 1845, le revers russe de Dargo, en Tchétchénie, en 1842… Autant de défaites humiliantes qui démontrent que la moderne armée italienne n’a pas été la seule à succomber sous les coups de troupes autochtones. Jeni Mitchell, du King’s College de Londres, se penche également sur la bataille d’Adoua, perdue par les Italiens en 1896 face aux armées du Negus. Il le fait sans concession, ne se montre pas tendre envers l’état-major italien, mais met aussi en lumière que les troupes de l’armée éthiopienne était loin d’être, comme le grand public le pense encore aujourd’hui, une bande de sauvages indisciplinés et sanguinaires, mais une véritable armée bien organisée et habilement commandée. D’ailleurs, dans l’article d’introduction au dossier, l’historien Vincent Joly nous apprend – ou nous rappelle – que, de manière générale, les armées occidentales, si elles avaient un net avantage technologique et que la troupe bénéficiait d’une meilleure formation aux armes modernes, péchaient souvent par des effectifs réduits et des défaillances dans le commandement, qui étaient généralement des conséquences de l’arrogance. Un mépris de l’adversaire qu’ils payèrent souvent avec le sang de leurs hommes.

Si le dossier central a attiré toute mon attention, je n’ai pas pour autant été insensible aux autres sujets abordés. Un joli programme, avec, entre autres : deux excellents articles de démystification avec Cortès au Mexique et Les Immortels de l’armée perse ; une bataille navale un peu oubliée (Lissa en 1866, surprenante défaite de la flotte italienne face aux Autrichiens) ; la réhabilitation d’un char aux qualités injustement négligées (le Renault FT). Bref, comme d’habitude, la qualité et l’originalité sont au rendez-vous de ce numero 23, plus réussi, au final, que le précédent (du moins, à mon gout).

LE SOMMAIRE

EXCLUSITE
Dans un cône de feu, je pique à 90° sur le Yamato, un témoignage du lieutenant Ed Sieber
SUR LE FRONT
Caméra au poing : Guerre du Viêtnam : la vision romantique de ceux du nord.
Batailles oubliée : Lissa 1866 : les douloureux boulets de la marine italienne, par Roberto Barazutti
Chasse aux mythes : Cortès au Mexique, une conquête plus politique que militaire, par Thierry Noel
Troupes : les Immortels, un mythe de l’armée perse écrit en grec, par Eric Tréguier
Aux armes : Renault FT, le pionnier de la mécanisation militaire, par Michel Goya
Doctrine : Clausewitz, partie ¼, une vie entre pensée et action, par le professeur Bruno Colson
DOSSIER : LES DEFAITES DE L’HOMME BLANC
Les échecs coloniaux, entre arrogance et dé-modernisation, par Vincent Joly
La résistance est un phénomène mondial, par Laurent Henninger
Adoua, 1896 : le Négus brise le rêve impérial américain, par Jeni Mitchell
Anoual, 1921 : Abd el-Krim égorge l’armée espagnole, interview de Luis Miguel Francisco par Jean Lopez
Gandamak, 1845 : les Anglais sombrent en Afghanistan, pat Benoist Bihan
Dargo, 1842 : le jihad de Chamil face à la Russie, interview du professeur Hadji Murad Donogo par Yasha McLasha
…. Plus, bien entendu, toutes les rubriques habituelles.

Ma côte : 5/5

Guerres & Histoire n°23
Février 2015
5.95€

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