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Depuis 1987 et la sortie dans les salles du Dernier Empereur, petit bijou cinématographique de Bernardo Bertolucci, le grand public connait l’histoire tragique de Pu Yi, ultime souverain de la dynastie mandchoue des Qing. Avec ce monument du cinéma, le cinéaste nous avait invités à pénétrer la Cité Interdite, pour y découvrir la révolution chinoise vécue par le pouvoir en place, ainsi que le destin d’un empereur déchu. Il complétait ainsi toute une filmographie historique consacrée à ces périodes troubles, déjà bien connues par les fans du cinéma HK, nombre de ses œuvres passées ayant eu pour cadre la période des Seigneurs de la guerre.

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Il manquait toutefois une pierre à cet édifice de mémoire, dont l’importance aux yeux de l’audience occidentale est quelque peu occultée par le manque d’œuvres consacrées – beaucoup pensent d’ailleurs que la Chine est passée directement du féodalisme au communisme. En effet, à ma connaissance, il n’existait jusqu’en 2011, date de la sortie de Xin hai ge ming (1911 Révolution en vf), aucun film historique à gros budget, bénéficiant d’une distribution internationale, reconstituant les événements de 1911-1912 et construit à partir du point de vue révolutionnaire. En apportant un nouvel angle d’attaque dans l’étude de cette période trouble de l’histoire de la Chine, 1911 contribue à combler un vide dans l’espace cinématographique mondial.

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Réalisé par Li Zhang, estimé directeur de la photographie passé ici à mise en scène, et la superstar Jackie Chan, 1911 est un film historique qui retrace l’histoire de la Chine des premiers soulèvements de 1911 à l’abdication de Pu Yi. Son récit se concentre plus particulièrement sur les personnages, un brin idéalisés, de Sun Yat-sen et Huang Xing, qui deviendront respectivement les premiers (et éphémères) président et chef suprême des armées de la république de Chine. Le film nous entraine aussi régulièrement au cœur de la cité interdite, pour y découvrir une cour de pleurnichards et d’intrigants serviles et rampants, placés sous l’autorité d’une impératrice douairière bien fragile. On n’évolue pas dans le film de propagande, certes, mais force est d’admettre que le manichéisme est de rigueur.

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C’est un fait, 1911, pour un film historique, manque par trop d’impartialité. Si Sun Yat-sen apparaît bien comme l’homme politique idéaliste qu’il semble avoir été, et qu’il est parfaitement interprété par un Winston Chao charismatique, on ne peut en dire autant du révolutionnaire Huang Xing, incarné par un Jackie Chan pas toujours pertinent car cédant régulièrement au surjeu, à l’acte héroïque totalement improbable et à son péché mignon : le coup de tatane en extension. Ça fait bizarre pour un général. Quand au général Yuan Shikai (interprété par Chun Sun), l’on se demande comment les révolutionnaires et le gouvernement Qing ont pu lui faire confiance tant il respire la perfidie par tous les pores de sa peau. Quand on sait que ce futur dictateur (et empereur éclair) a accédé sans opposition à la présidence en 1612 – après la démission de Sun Yat-sen – il est logique de penser qu’il devait être un plus habile politicien.

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Malgré ces quelques choix discutables, 1911 est un film qui ne manque pas d’intérêt. S’appuyant sur un scénario très lisible, il présente des incontestables aspects pédagogiques qui peuvent en apprendre beaucoup sur la révolution chinoise. Un accent est mis sur les luttes d’influences que se livrent les Qing et les membres du Tongmenghui (dont beaucoup de responsables sont réfugiés à l’étranger) pour s’attribuer les grâces (comprenez l’argent) des puissances occidentales qui, à l’époque, étaient très influentes en Chine, et fortement présentes via leurs comptoirs. Le rôle joué par le Japon est toutefois un peu négligé. Et c’est regrettable. La mise en scène, très nerveuse et dense, restitue bien l’atmosphère de crise dans laquelle était plongé le pays. L’insurrection de Guangzhu, qui ouvre le film, impose un climat dramatique très réussi.

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Autres atouts : les reconstitutions de batailles. En ces occasions, évitant l’indigeste dissertation universitaire, les deux réalisateurs nous proposent un spectacle guerrier à la violence extrêmement bien chorégraphiée, tout en ne négligeant pas les arguments pédagogiques (stratégies, uniformes, mouvements tactiques, armement…). Ainsi, on apprend (ou l’on se souvient) que trois ans avant l’Europe, la Chine découvrait les ravages causés par l’emploi en masse de la mitrailleuse moderne, l’arme qui a définitivement changé la face de la guerre. Bénéficiant d’un confortable budget de 18 millions de dollars, Li Zhang et Jackie Chan nous offrent un spectacle guerrier luxueux, riche en figuration et en pyrotechnie, qui ne pèche que par quelques actes héroïques bien trop théâtraux pour être crédibles, mais aussi quelques scènes très dures et pleines d’émotion, comme celle de l’exécution des martyrs de Guangzhou.

Enfin, malgré quelques petites fautes de goûts, on ne peut s’empêcher d’apprécier la présence d’un casting de luxe, avec notamment les magnifiques Joan Chen (déjà présente dans Le dernier empereur, elle incarne ici l’impératrice douairière Longyu) et Bingbing Li (Xu Zonghan, l’épouse de Huang Xing).

Ma côte: 3/5

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1911 (Xin hai ge ming – Chine – 2011)
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Un film de Li Zhang et Jackie Chan
Scénario de Xingdong Wang et Baoguang Chen
Avec: Jackie Chan, Winston Chao, Bingbing Li, Chun Sun, Joan Chen, Wu Jiang, Kaycee Chan
Disponible en DVD chez France Télévisions Distribution (14 août 2012)

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