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Plutarco Ellas Calles est bien connu pour être le premier dirigeant mexicain post-révolutionnaire. Bien que titulaire d’un seul mandat (1924 à 1928), ce politicien à l’orientation marxiste fortement marquée dirigea dans les faits le Mexique jusqu’à son exil en 1934, agissant par le biais de présidents pantins tout acquis à sa cause. Homme de réformes, Calles fit énormément pour son pays, et notamment pour les couches sociales les plus basses. Création d’écoles, de routes, de chemins de fer, d’industries, de bibliothèques… Sous sa tutelle, le Mexique connut des évolutions sociales et économiques remarquables, qui firent du pays une nation moderne, enfin considérée par la communauté internationale. Autant d’actions bénéfiques qui auraient pu faire de Calles, homme qui se réclamait héritier des valeurs de Zapata (assassiné en 1917), un véritable « père du peuple ». Mais cet ancien instituteur à l’enfance très difficile, élevé dans l’ombre de la révolution, cultivait également un « côté obscur », qui se matérialisait par son intolérance et sa haine de l’église catholique.

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Dés son élection en 1924, Calles reprend à son compte les actions anticatholiques initiées par Alvaro Obregon, son prédécesseur et ami. Dans un pays déjà fortement touché dans sa foi par des lois constitutionnelles jusqu’alors partiellement appliquées (la constitution de 1917 limite grandement les pouvoirs de l’Eglise Catholique), son radicalisme frappe l’opinion. Les paysans, fortement attachés à leurs paroisses, sont choqués de voir leurs curés interdits de délivrer la messe, privés de leur droit de vote et du port de l’habit clérical. Dans les états, les mouvements de contestations se multiplient, on appelle au boycott économique, aux manifestations populaires, à la grève. De nombreux prêtres, défiant l’autorité, sont incarcérés et leurs églises saccagées par les troupes fédérales. Au lieu de calmer les choses, la violence de la réaction du gouvernement Calles ne fait qu’amplifier la colère du peuple.

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De contestataire, le mouvement se transforme en 1926 en une véritable insurrection, baptisée la Cristiada, qui tourne en guerre civile. Sûr de sa victoire prochaine, rejetant les conseils des ambassadeurs étrangers et ignorant les propositions pacifiques du pape Pie XI, Calles multiplie la répression envers les catholiques (nombreux sont massacrés dans les églises où ils s’étaient réfugiés) et mobilise l’armée fédérale contre les troupes rebelles que, en raison de leur cri de ralliement, l’on surnomme désormais les criteros. Mais tout ne se passe pas comme prévu. Sous l’emblème du Christ Roi, dirigé par un tacticien de qualité, le général mercenaire Enrique Gorostieta Velarde, et doté d’un service de renseignement efficace (un corps de femmes agissant sous le patronage de Jeanne d’Arc), les Cristeros font mieux que résister et remportent une série de belles victoires. Ainsi, la guerre durera jusqu’en 1929 – et dépasse donc ainsi le mandat de Calles. Durant ces trois longues années qui feront au final plus de 80,000 victimes, le gouvernement ne faiblit pas mais subit de nombreux coups durs (comme l’assassinat d’Obregon en 1928) qu’il venge dans les massacres et les exécutions sommaires. Finalement, en 1929, les efforts diplomatiques américains arrivent à leurs fins, et le Congrès accepte de signer avec l’épiscopat un accord, los arreglos, qui met officiellement fin à la rébellion. Les cloches sonnent à nouveau dans les paroisses mexicaines, la liberté de culte est rétablie.

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Cristeros, film réalisé en 2012 par Dean Wright (un spécialiste des effets spéciaux qui réalise là son premier long-métrage) nous conte l’histoire de la Cristiada en prenant fait et cause pour les Cristeros. Le récit s’attarde principalement sur les leaders de la rébellion ; le distingué général Gorostieta, le père combattant José Reyes Vega, le fougueux « caballeros » Victoriano Ramirez (un profil de bandit qui évoque Pancho Villa) et l’adolescent martyr José Luis del Rio, torturé et assassiné par les Fédéraux en 1928 (il sera béatifié et canonisé, comme neuf autres martyrs Cristeros, en 2005 par Benoît XVI). Si Dean Wright ne nous livre pas les portraits de personnages infaillibles (il reconstitue d’ailleurs la sauvagerie de la vengeance du père Vega, qui en 1928, brûla vif de nombreux innocents), force est de dire que ces grandes figures de l’histoire du Mexique apparaissent comme bien plus sympathiques que le président Calles qui est présenté ici comme une horrible personne, dénuée de toute humanité et pleine d’arrogance.

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Captivante, bourrée d’action et d’actes héroïques, la dramatique histoire des Cristeros est ici excellemment bien servie par une réalisation efficace et réaliste (la violence n’est pas évitée), évoquant le western spaghetti à la Sergio Leone, et qui met un accent sur tous les éléments de la rébellion. Dean Wright bénéficie aussi de la présence d’un casting de luxe qui remplit superbement son rôle. Andy Garcia est vraiment très convaincant sous les traits du général Gorostieta (tué dans une embuscade à la fin 1928), tout comme Oscar Isaac dans le rôle de Victoriano Ramirez. Les amateurs de la série britannique Musketeers seront heureux de voir le séduisant Aramis, à savoir l’acteur vénézuélien Santiago Cabrera, incarner un très volontaire père Vega (tué lors de la prise de Tepatitlan par les Cristeros en 1928). Sous les traits d’Adriana, la belle colombienne Catalina Sandino Moreno symbolise de belle manière le mouvement des femmes. Dans les rôles secondaires, on peut noter les présences d’Eva Longoria (l’épouse de Gorostieta), Peter O’Toole (le père Cristobal Magallanes, fusillé en 1927), Nestor Carbonell (politicien et oncle du jeune José) et Bruce Greenwood (l’ambassadeur Dwight Morrow). Plutarco Ellas Calles est interprété par un comédien mexicain spécialisé dans la série B, Rubén Blades.

Au final, mis à part un portrait de Calles apparaissant comme un peu trop « orienté » au profil d’un mouvement insurrectionnel bien trop idéalisé (comme le démontre la reconstitution christique de l’exécution du martyr José), Cristeros est un excellent film d’action historique, qui permet d’en apprendre beaucoup sur cette guerre (assez proche des guerres vendéennes) qui est peu connue au-delà des frontières du Mexique.

Ma côte: 4/5

Cristeros (Mexique – 2012)
Titre original: For Greater Glory: The True Story of Cristiada
Un film de Dean Wright
Scénario de Michael Love
Musique de James Horner
Avec: Andy Garcia (général Gorostieta), Oscar Isaac (Victoriano Ramirez), Nestor Carbonell (maire Picazo), Santiago Cabrera (père Vega), Mauricio Kuri (José), Rubén Blades (président Calles), Peter O’Toole (père Cristobal), Eva Longoria (Tulita Gorostieta), Bruce Greenwood (ambassadeur Dwight Morrow), Bruce McGill (président Coolidge).
143 minutes.
Disponible en DVD et Bluray au éditions SAJE (17 novembre 2014).

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