cafre war

L’appellation cafre est une désignation à consonance fréquemment péjorative qui désigne les globalement les peuplades autochtones de l’Afrique Australe. Ce terme, d’origine afrikaaner, peut être raisonnablement assimilé à d’autres qualificatifs à connotations racistes, comme le terme nègre dans la France coloniale. En conséquence, les guerres cafres pourraient englober toutes les séries d’affrontements ayant eu lieu en Afrique Australe entre les peuples autochtones (Bochiman, Hottentot, Bantou, Xhosa et Zoulou, entre autres) et les européens qui initièrent la colonisation du sud du continent africain dès le milieu du XVIIème siècle, mais, dans les cahiers d’Histoire, elles désignent plus particulièrement les luttes entre les forces coloniales britanniques et différentes tribus appartenant au peuple Xhosa (celui de Mandela), établi dans le sud-est du continent africain…

Auxilliaire Mfengu
Auxilliaire Mfengu

LA REVOLTE DE 1877

Au milieu du 19ème siècle, on assiste à un net recul des possessions territoriales autochtones située autour de la colonie du Cap. Au lendemain de la 8ème guerre Cafre, en 1850, de nombreuses tribus ont été dépossédés de leurs terres, par les Anglais, mais aussi par les Boers, et placés dans des réserves (comme le Kaffirland) où ils manquent de tout. Mais toutes les tribus d’Afrique Australe ne sont pas encore soumises et de nombreux accrochages se produisent entre européens et autochtones. A la fin de l’année 1877, un chef Xhosa, Sarili kaHintsa, dit Kreli, de la tribu des Gcaleka (ou Galeka), se lève face aux colons britanniques. Avec ses hommes, il attaque et s’empare d’un poste de police de la Couronne, à Ibeka. Voulant éviter le même phénomène de contagion que celui qui avait entrainé la huitième guerre cafre (1850-1853), très couteuse en hommes et en moyens, le gouvernement du Cap réagit promptement et envoie une colonne de taille considérable (deux bataillons du 24ème régiment, deux bataillons du 88ème régiment, des détachements de la police frontalière, et une force alliée de 5000 Mfengu) s’emparer du kraal de Kreli. Malgré la rapidité de la riposte, et la destruction du kraal de Kreli, la rébellion n’est pas étouffée. Ayant mis femmes, enfants et bétail à l’abri, les Gcaleka tombent sur la colonne britannique à Umtsinzani, alors qu’elle est en ordre de marche. Mais cette situation tactique favorable ne leur suffira pas. Les charges successives de 3000 guerriers Gcaleka sont repoussées par un violent feu anglais. Quand Kreli donne l’ordre de décrocher, il a perdu près de 2000 hommes, alors que l’on ne compte aucun mort dans le camp adverse.
Mis en rogne par l’outrecuidance de ces «sauvages », sir Arthur Cunynghame, ancien officier de l’armée des Indes, gouverneur de la province du Cap et commandant en chef des armées de Sa Majesté en Afrique du Sud, décide de frapper un grand coup. Au début du mois de décembre 1877, il réunit une force de 5100 hommes (la quasi-totalité des forces britanniques basées en Afrique Australe), qui traverse le rivière Kei, frontière naturelle séparant les provinces britanniques du Kalekaland. Parallèlement, il offre pour la capture, mort ou vif, du chef Kreli une récompense de 500 têtes de bétail ou d’une somme de 100 livres.

Kreli en 1890
Kreli en 1890

LES OPERATIONS BRITANNIQUES DE 1878

En janvier 1878, les Gcalaka trouvent un allié dans les indociles Ngqika (ou Gaika) du turbulent chef Mgolombane Sandile (ce dernier faut d’ailleurs l’initiateur et le principal animateur des septième et huitième guerres cafres). L’armée Xhosa prend position en embuscade dans une position idéale, une vallée accidentée parcourue par des ravines fortement boisées. Là, près de la rivière Nyumaga, elles surprennent l’avant-garde de la colonne britannique, qui comprend les 24ème et 88ème régiments d’infanterie, ainsi qu’un train de munition qui transporte des roquettes. Après s’être rapidement déployés, les Britanniques résistent avant que les Xhosa, chargés par la police montée frontalière, les auxiliaires Mfingu (armé de carabines moderne Martini-Henry) de Veldrnan, et pilonnée par l’artillerie qui s’est mis en position à partir de l’arrière garde, ne replient en désordre, abandonnant de nombreux morts sur le terrain. La bataille n’aura duré qu’une heure.

cafre carte

Le 7 février 1878, une force de 3000 guerriers Xhosa, composée de Gcalaka et de Rharhabe-Ngqika, tente de prendre d’assaut un camp de ravitaillement fortifié installé sur Centane Mountains, tenue par trois compagnies du 84ème régiment, deux canons, quelques escadrons de cavalerie frontalière (FMAP) et un escadron de cavalerie régulière. Le tout sous les ordres du capitaine Russell Upcher. A ces effectifs, il faut ajouter environ 400 auxiliaires Mfengu, installés à l’extérieur des fortifications, dirigés par le chef Smith Poswa . Soit, en tout, environ 900 hommes. Les premiers engagements se produisent quand les colonnes Xhosa, en approche de Centane Mountains, tombent sur une patrouille de reconnaissance comprenant la cavalerie et une compagnie d’infanterie. Pris en tenaille par un fort parti ennemi venant du nord et du sud-ouest, les Britanniques replient rapidement vers la colline fortifiée.

La bataille de Centane Mountains
La bataille de Centane Mountains

LA BATAILLE DE CENTANE MOUNTAINS

Les premières troupes Xhosa, la division Gcaleka arrive en vue de la position fortifiée, du sud-ouest. A la vue des retranchements (tranchées et barricades), elles hésitent et marquent l’arrêt. Afin de les attirer à portée de canon, Upcher envoie au-devant d’eux quelques détachements d’infanterie et la cavalerie régulière commandée par Carrington. Arrivés à quelques pas des lignes ennemies, les Britanniques tirent quelques salves et replient en vitesse vers les retranchements, entraînant derrière eux 3000 Xhosas enragés. Tout se passe alors comme l’espérait Upcher. L’ennemi subit de plein fouet le feu défensif britannique. Cependant, bien que rudement éprouvés par les tirs des soldats équipés de Martini-Henry et les canons qui créent des trous sanglants dans leurs lignes, les Xhosas, qui ne sont équipés que de vieux mousquets, insistent et enchaînent pendant une demi-heure une série de charges et de retraites. La situation des Xhosa est d’autant plus délicate qu’ils sont menacés sur leurs flancs par les redoutables auxiliaires Mfengu, eux-mêmes équipés d’armes modernes. Mais la bataille est jouée. Les Xhosa, laissant plus de 400 morts sur le terrain, déroutent. La cavalerie de Carrington et les FMAP lancent alors la poursuite mais, mal coordonnée, elle n’amènera guère de bénéfices. A 10 heures, la bataille de Centane Mountains est terminée.

Sandile (débout à gauche) et ses conseillers.
Sandile (débout à gauche) et ses conseillers.

LE BILAN

Les Gcaleka ont rudement souffert de cette bataille. La plupart des pertes se trouvent dans leurs rangs et si Kreli et si nombre de ses guerriers parviennent à s’enfuir dans leurs terres au-delà de la Qora River, le chef sait qu’il a définitivement perdu l’initiative. En mars 1878, cerné dans le bush de Pirie, il se rend aux troupes coloniales. Envoyé en exil, il mourra paisiblement en 1892 à Sholara, dans le Bomvanaland, à l’âge de 82 ans.

Quand aux Ngqika et à Sandile, ils ont réussi à retourner dans leurs terres sans trop de dommages supplémentaires. Une survie qui est principalement due à un excès de confiance des Britanniques qui, lancés dans la poursuite de manière désordonnée, sont tombés dans de nombreuses embuscades organisées par des détachements chargés de ralentir l’ennemi. Evitant désormais l’affrontement frontal avec les Britanniques et leurs alliés, les Ngqika mèneront une guérilla qui durera jusqu’au 29 mai 1878, jour où tombera Mgolombane Sandile, tué lors d’une escarmouche avec un parti Mfengu.

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