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guerres d'afrique

Dans Guerres d’Afrique, à travers ses 330 pages, Vincent Joly, professeur d’histoire contemporaine spécialisé dans la colonisation et la décolonisation en Afrique, retrace 130 années de guerre africaine. Par un admirable travail de synthèse documentaire et historiographique, il tente de nous éclairer sur les circonstances qui ont transformé, poussé par les lois du marché, l’idéologie coloniale, l’œuvre du missionnaire et la politique des comptoirs en un impérialisme aussi aveugle que maladroit. Pour se faire, il débute son analyse dans les années 1820 quand, au lendemain de Waterloo, la France se tourne vers l’Afrique pour redorer son blason.

Au fil d’une dissertation analytique précise et remarquablement exhaustive mais un brin hermétique – qui pèche aussi par quelques coquilles et l’absence totale de cartographie (mieux vaut avoir un atlas à côté de soi lors de la lecture) – Vincent Joly nous explique en détail les multiples tentatives occidentales pour canaliser, voire étouffer, les volontés d’émancipation indigènes. Si certaines méthodes, comme celles des Allemands dans le Sud-ouest Africain à la fin du 19ème siècle et des Portugais en Angola sont présentées par l’historien comme une sorte de répétition générale du génocide juif, certaines nations, comme la France, si elles ont utilisées des méthodes moins radicales, n’ont pas pour autant fait dans la clairvoyance. Ainsi, on découvre que la politique coloniale française en Afrique du Nord au début du vingtième siècle, par les actions de ses colonnes « infernales », ne manque pas de rappeler la « pacification » de la Vendée. Même constat à Madagascar, en AOF et en AEF, même si les moyens déployés étaient moindres et ne permettaient pas d’organiser des opérations de grande ampleur.

Selon Vincent Joly, la politique africaine menée par la France fut toujours tiraillée entre les notions de guerre et de pacification. Cela entraîna une politique coloniale balbutiante et mal définie, qui penchait vers un coté ou vers l’autre en fonction des orientations (voire des indifférences) métropolitaines et des enjeux économiques. Un manque de contrôle qui ne fut pas trop préjudiciable durant les abruptes phases de conquête du 19ème siècle et du début du 20ème siècle, qui obéirent à diverses philosophies (comme l’extension par tache d’huile de Lyautey, très bien analysée par l’auteur) mais qui dévoila ses faiblesses lors des périodes de pacification, que beaucoup, dans les états-majors, confondaient avec oppression et mépris des autochtones. Dés la fin de la première guerre mondiale, il se développa une empirique divergence de points de vue entre les métropolitains et les « africains », divergence qui tourna en une incompréhension sujette à conflits internes, notamment quand les colons et les forces du maintien de l’ordre réclamèrent plus de moyen pour mener une politique de terrain jugée en haut lieu comme trop ambitieuse.

Evidemment, Vincent Joly réserve une place privilégié à l’Algérie, et aborde les domaines de la guerre psychologique, du regroupement des populations et de la torture. Département français dés 1842, l’Algérie ne pouvait être que traitée différemment. Il nous explique que, nourri de son humiliant statut particulier, le « français musulman d’Algérie (ordonnance royale de 1834)», porté par le souffle mythique républicain d’Abd-El-kader, ne pouvait que se révolter. Après quelques tentatives avortées (et écrasée dans le sang), la faiblesse dans laquelle sort la France en 1945 et les opérations qu’elle a dû mener en Indochine offrent aux indépendantistes une opportunité. La Toussaint Rouge de 1954 lance un conflit sanglant de huit ans, analysé par l’Historien qui met en lumière les atermoiements violents d’un occident qui n’a pas su s’adapter aux aspirations de ses colonisés.

Une œuvre majeure

Ma côte : 4/5

Guerres d’Afrique
130 de guerres coloniales. L’expérience française
Un livre de Vincent Joly
Paru aux éditions Presses Universitaires de Rennes (2009)

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