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Luxueuse fresque commandée par l’état français pour commémorer le bicentenaire de l’événement, La Révolution Française est une ambitieuse œuvre cinématographique (budget record de 300 millions de francs) composée de deux parties réalisées simultanément, mais dont chacune respire des atmosphères bien différentes de par les choix de réalisation des deux metteurs en scène; l’académique Robert Enrico et l’hollywoodien Richard T. Heffron.

La première partie, intitulée Les années lumières, narre la période qui débute avec les Etats Généraux de 1789 et qui s’achève par l’arrestation de Louis XVI, le 10 août 1792. Réalisé par le français Robert Enrico, d’une durée de 170 minutes, cet épisode retrace avec une très acceptable véracité historique et un bel aspect pédagogique les événements qui ont marqué ces années d’éveil à la démocratie (de la monarchie parlementaire prônée par La Fayette à la fin du système), tout en s’autorisant – une décision étonnante – une grosse entorse au principe, quand Robert Enrico « reconstitue » le rocambolesque épisode – totalement imaginaire – de la capture de Louis XVI à Varennes (Dominique Pinon interprétant le rôle de l’homme qui reconnait Louis XVI à partir d’une pièce de monnaie). Bien que péchant par une mise en scène des plus scolaires (voire désuète), souffrant d’un sévère manque de rythme et une absence totale de lyrisme, le film ne manque pas d’intérêt, propose quelques scènes très réussies (la prise de la Bastille), remet quelques éléments à leurs places (la violence aveugle des sans-culottes, l’arrivisme de certains députés, le manque de poigne de Louis XVI), met en scène un casting international bien choisi, et évite de plonger dans un manichéisme pro-républicain vulgaire en imposant un regard partagé sur les partis opposés. Côté interprétation, si Jean-François Balmer se hisse au-dessus du lot en nous offrant une superbe performance sous les traits de Louis XVI (il compose un personnage bonhomme dont le caractère mêle naïveté et malice), aucune faute de casting n’est à déplorer. Mis en avant dans cette première partie, l’aimable François Cluzet (l’idéaliste Camille Desmoulins), le passionné Andrzej Seweryn (un Robespierre où l’on devine déjà le futur « dictateur ») et le solide Klaus Maria Brandauer (un charismatique Danton), contribuent grandement à rendre le fil du récit accrocheur. Plus bizarre, à mes yeux, le choix de Sam Neill pour incarner le grand général de La Fayette, conciliateur fidèle à la monarchie mais à la sensibilité progressiste. Ce n’est pas que le célèbre comédien soit médiocre, mais j’ai eu du mal à l’identifier au marquis, un personnage qui m’a toujours passionné. A noter aussi la petite participation, mais oh combien croustillante, de Peter Ustinov en ce vieux coquin de Mirabeau. Réjouissant.

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C’est le très expérimenté téléaste américain Richard T. Heffron qui s’est chargé de la réalisation de la deuxième partie: Les années terribles, qui couvre les mois allant du septembre 1792 au coup d’état du 9 thermidor, en juin 1794, ponctué par l’exécution de Robespierre et la fin de la Terreur. Si la nature du récit, riche en drames humains, avec ses trahisons et ses bains de sang, contribue grandement à faire de ce deuxième volet un spectacle nettement plus poignant que le précédent, cette hausse de force dramatique doit aussi beaucoup à la mise en scène de Richard T. Heffron, qui donne plus de vigueur à ces illustres personnages qui ont construit la France républicaine. Les comédiens, mis en valeur par ce choix, donnent alors leur maximum et nous offrent de très belles séquences avec notamment d’efficaces joutes oratoires enflammées sur les bancs de l’Assemblée (avec notamment les performances remarquables de Christopher Thompson dans le glacial Saint-Just et Vittorio Mezzogiorno en Marat) et de belles scènes plus intimes, au cours desquelles Andrzej Seweryn tire son épingle du jeu.

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Comme pour le premier volet de ce diptyque, Les années terribles affiche une neutralité bienvenue dans le traitement de ce dramatique épisode de l’Histoire de France et évite le politiquement correct avec un film plutôt fourni en passages sanglants. Démystifiant la vieille propagande révolutionnaire et républicaine, Richard T. Heffron cite en (presque) innocente victime expiatoire la famille royale (ce qui n’est pas totalement faux), qui en devient sympathique (au grand dam de certains critiques lors de la découverte du film en 1989), et dresse des portraits réalistes mais peu flatteurs des principaux responsables de la Terreur – avec notamment un Robespierre borderline, totalement aveuglé par son fanatisme – tant et si bien que le spectateur peut ressentir de la compassion pour cet homme écorché vif. On peut toutefois noter que si le script n’hésite pas à égratigner le vernis de ces héros de la Révolution en rétablissant quelques vérités, la production ne pousse pas trop loin le bouchon quand il s’agit de traiter de la pensée révolutionnaire en général, en évitant sagement de trop en dire sur les massacres de Vendée et les colonnes infernales du général Louis Marie Turreau. Juste quelques petites répliques timidement glissées. Enfin, pour finir, histoire de creuser encore plus la brèche séparant les deux films, si Richard T. Heffron a su donner plus de souffle à son œuvre, il a aussi fait preuve de moins de véracité dans le traitement en prenant de nombreuses petites libertés pour insuffler plus de théâtralité (comme Charles-Henri Sanson, interprété par Christopher Lee, qui est ici le bourreau de Louis XVI et de Marie-Antoinette, alors que cette dernière a été exécutée par son fils). Un film donc plus plaisant que le premier mais aussi moins véridique.

La révolution française (France/Italie/RFA/Canada/GB)
Durée : 335’ (170’ / 165’)
Réalisation de Robert Enrico (Les années lumières) et Richard T. Heffron (Les années terribles)
Scénario de David Ambrose, Daniel Boulanger, Robert Enrico, Richard T. Heffron et Fred A. Wyler
Musique de Georges Delerue
Avec : Klaus Maria Brandauer (Danton), Jane Seymour (Marie-Antoinette), François Cluzet (Camille Desmoulins), Jean-François Balmer (Louis XVI), Andrzej Seweryn (Robespierre), Peter Ustinov (Mirabeau), Claudia Cardinale (la duchesse de Polignac), Sam Neill (La Fayette), Vittorio Mezzogiorno (Marat), Jean-François Stevenin (Legendre), Gabrielle Lazure (la princesse de Lamballe), Michel Galabru (abbé Maury), Philippine Leroy-Beaulieu (De Corday), Christopher Lee (Sanson), Christopher Thompson (Saint-Just), Jean Bouise (Maurice Duplay), Dominique Pinon (Drouet), Georges Corraface (Hébert), Steve Kalfa (Collot d’Herbois).
Sorti en salles françaises le 22 octobre 1989 (Les années lumières) et 22 novembre 1989 (les années terribles)
Disponible en DVD chez TF1 Vidéo (2 octobre 2013)

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