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La ligne claire a, depuis toujours, un attachement envers l’histoire de l’aviation militaire. Philippe Pinard et Olivier Dauger confirme cette tendance avec Ciel de guerre, une saga en quatre tomes dont les deux premiers, consacrés à la chute de la France, sont déjà disponibles.

Ciel de guerre conte l’histoire des Diables Rouges du capitaine Guieu, une escadre de chasse opérant sur Curtiss H-75, de bons avions qui péchaient toutefois par leur sous-motorisation – ils étaient moins rapides que les bf-109 mais, encore plus grave, que les bombardiers allemands. Le scénario, qui exploite des personnages fictifs et historiques, se penche plus particulièrement sur deux pilotes ; Etienne de Tournemire, dit Chatel, et Marceau, dit Marsoin, que tout oppose – caractère, origines sociales, opinions politiques. Evidemment, on devine que malgré leurs différences, les deux hommes vont en arriver à un attachement mutuel. C’est d’autant plus prévisible que la construction de la trame est extrêmement classique.

A cote de cela, Philippe Pinard, le scénariste, nous offre une intéressante vue d’ensemble sur la situation chaotique dans laquelle se trouvait l’armée française en 1940. A travers ces deux tomes, il met en avant le courage des soldats français autant que la confusion qui règne dans les états-majors. Non, nous rappelle-t-il, les soldats français n’ont pas fuit comme des lâches devant le feu ennemi ! Au contraire, nombreux se sont sacrifiés, croyant encore une victoire possible. Un combat vain. Sous-équipée, mal organisée, les armées de terre et de l’air françaises n’avaient aucune chance de contrer l’efficace rouleau compresseur ennemi qui, à la lenteur des opérations françaises, opposait mouvements de débordements et vagues d’assaut. En plus de cela, il fait un tour du côté de l’opinion publique, avec quelques planches mettant en scène la famille Tournemire, de riches propriétaires terriens spécialisés dans la production de champagne.

Ciel de guerre, naturellement, est riche en scènes de combat aérien. Tant mieux. Car c’est dans ce domaine où Olivier Dauger, pas très efficace dans ses travaux sur les personnages (des dessins vraiment peu réussis, voire bâclés), donne le meilleur de son art. Dogfights et interceptions de bombardiers sont tous deux très bien rendus, et ils concrétisent un bon travail d’écriture dont le principal atout est une indéniable richesse pédagogique, notamment par la présentation détaillée des parcs aériens français et allemands de la période (Morane, Boch, Dewoitine et, bien entendu, Curtiss pour les Français). A travers ces planches, Olivier Dauger rend hommage aux pilotes français qui, aux commandes d’appareils techniquement dépassés, ont parfois fait des miracles dans le ciel.

Le dénouement du tome 2 deux marque la fin d’un cycle. La France a capitulé. Les soldats français basés en Afrique du Nord se retrouvent alors devant un choix très difficile. Un énorme problème de conscience que l’opinion publique contemporaine ne réalise pas. Combattre sous le drapeau de Vichy, officiellement reconnu, et devoir lutter contre les Anglais, avec le sentiment de trahir ses convictions et ses aieux qui ont tant soufferts durant la première guerre mondiale ? Rejoindre ce trublion de De Gaulle, personnage fascinant mais jugé comme traître par le gouvernement français et l’ensemble de la presse, avec comme conséquence la possibilité de combattre ses anciens compagnons d’arme ? Les personnages de Ciel de Guerre, eux, ont choisi.

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Ma note : 3/5

CIEL DE GUERRE

Scénario de Philippe Pinard

Dessin et couleur d’Olivier Dauger

Paru aux éditions Paquet – collection Cockpit

Tome 1 : Les Diables Rouges (mai 2014), 48 pages plus, en fin d’album, un cahier graphique de 8 pages

Tome 2 : Cocardes en flamme (avril 2015), 48 pages

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