4-5 etoiles

kamikaze, le dernier assaut couv

Le jeune Kentarô apprend tardivement que son grand-père fut un kamikaze durant la seconde guerre mondiale mais, révélation qui le choque profondément, qu’il fut considéré comme un lâche. Ne pouvant accepter cette affirmation colportée par les ragots, le jeune décide d’enquêter sur le sujet en compagnie de sa sœur, Kiyoko. Le voilà lancé alors dans une quête de vérité, qui va l’amener à rencontrer tous les anciens compagnons de son aïeul…

Kamikaze, le dernier assaut. Derrière ce titre aussi racoleur que mal choisi se cache une magnifique dissertation sociétale ayant pour sujet l’actuelle société japonaise et ses rapports difficiles avec la Tradition et les moments les plus sombres de son Histoire. Dans ce film, le réalisateur Takashi Yamasaki (qui nous avait offert il y a quelques temps une superbe adaptation live de la série animée Battleship Yamato (Space Battleship – 2010) nous propose un petit panorama sur l’état d’esprit et les aspirations des jeunes japonais et met en évidence leur fracture avec l’ancienne génération. Une fracture causée en grande partie par son occidentalisation et un sentiment de responsabilité inconscient. Dans ce récit à la révélation finale surprenant qui se pose comme l’éveil de conscience de Kentarô, le cinéaste agit par petites touches (la jeunesse qui mange dans le restaurant, attablée à la façon occidentale, les répliques méprisantes sur les kamikaze, ou plutôt les tokkotaï, et les aveux d’ignorance de ses brillants étudiants sur l’histoire de leur propre pays), reste observateur sans se faire juge, et, dans les scènes intimistes, joue sans cesse sur les regards et les postures pour déclencher l’émotion. Sans esbroufe. Sans envolées de violons. Du beau et grand cinéma.

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Mais Kamikaze, le dernier assaut est également un film de guerre. En effet, une grande partie du métrage est consacrée à mettre en image les témoignages des différents vétérans visités par Kentarô et Kiyoko. Dans ces occasions, Takashi Yamasaki nous dévoile une nouvelle fois sa maîtrise dans le domaine du cinéma d’action. Les séquences de combats aéronavals sont aussi impressionnantes qu’excellemment lisibles et les effets spéciaux sont de très bonne facture. Il faut dire que le réalisateur est un grand spécialistes des FX et qu’il maîtrise parfaitement le sujet (même quand il ne bénéficie pas d’un budget très luxueux). Pour la mise en scène des scènes de guerre, le cinéaste puise plus dans le cinéma hollywoodien des années 60 que dans les recettes actuelles et il nous offre quelques passages qui ne sont pas sans rappeler La bataille de Midway ou Tora, tora, tora ! C’est à la fois spectaculaire et élégant. Et très efficace. Parallèlement, dans ces passages qui nous ramènent vers un tumultueux passé, Takashi Yamasaki, en faisant quelques escapades à l’arrière du front et dans les casernes, au cœur d’un univers traditionnel et archaïque, nous invite à prendre conscience de la mutation opérée par la société nippone, en à peine un peu plus d’un demi-siècle.

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Alors, certes, je conclurais ce petit billet enthousiaste en précisant que le pur amateur de film de guerre, trompé par son titre français vulgairement monosémique (la version originale s’intitule Eien no zero, traduisible en un plus évocateur Le dernier Zero) pourrait être un peu déçu par le visionnage de ce film. Le propos de Yamasaki était d’offrir au public, non pas un film de guerre, mais un film sur la guerre et sur l’héritage laissé à la nouvelle société japonaise par une génération sacrifiée. Et inviter la jeunesse de son pays à appréhender les évènements en les gardant dans leur contexte.

A noter que ce film est une adaptation d’un roman de Naoki Hyakuta (Eien no Zero) qui s’est vu également décliné en manga et en japanim (sortie en France sous le titre Zéro pour l’éternité). Je n’en ai lu, et vu, aucun.

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Ma côte : 4,5/5

Kamikaze, le dernier assaut (Japon -2013)
Titre original : Eien no zero
Réalisation : Takashi Yamasaki
Scénario : Takashi Yamasaki et Tamio Hayashi, d’après un roman de Naoki Hyakuta
Musique : Naoki Satô
Avec : Jun’Ichi Okada (Kyuzo Miyabe), Haruma Miura (Kentarô Saeki), Mao Inoue (Matsuno), Isao Natsuyagi (Kenichiro Oishi), Jun Fubuki (Kiyoko Saeki).
143 minutes
Disponible en DVD et BluRay chez Condor Entertainment (24 aout 2015).

 

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