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apocalypse verdun

Les œuvres d’Isabelle Clarke et Daniel Costelle sont loin de faire l’unanimité auprès des spécialistes. Certains d’entre eux reprochent à la série de documentaires Apocalypse une dénaturation de la vérité au service du spectaculaire et de la surdramatisation. Avec Apocalypse Verdun, les historiens les plus sceptiques ne sont pas près de changer d’avis car à un retraitement d’image (colorisation, recadrage 16/9) et à l’introduction d’effets sonores, principes générateurs de critiques de la part des spectateurs les plus exigeants, Apocalypse Verdun ajoute le « bricolage » documentaire. En effet, il faut savoir que la couverture médiatique de la bataille fut sujette à une censure assez stricte. Les images d’archive certifiées authentiques sont donc assez rares et, par ailleurs, aucun assaut survenu durant la période ne fut filmé. Clarke et Costelle ont donc dû composer, en récupérant des archives traitant d’autres engagements (la bataille de la Somme, par exemple) et en recyclant des extraits de fictions comme Verdun, visions d’histoire, de Léon Poirier (pour la séquence de la reprise du fort de Douaumont). Autant dire que la précision historique telle que la conçoivent les historiens n’est guère au rendez-vous. Mais est-ce que la méthode est un élément plus important que l’objectif? Pour ce type de documentaire, je ne le pense pas.

Les historiens oublient trop souvent que l’Histoire n’appartient pas qu’aux historiens. Elle se doit aussi d’être comprise et assimilée par le grand public, qui compose la Nation, en sa qualité de devoir de mémoire. Trop longtemps, l’Education Nationale s’est faite le medium de cette logique élitiste, éloignant aussi de l’Histoire l’écolier, le candide ou le simple curieux. On voit le résultat aujourd’hui. Pitoyable. Clarke et Costelle proposent, eux, une alternative qui épouse les tendances actuelles, qui éduque le spectateur presque malgré lui, contournant ses réticences par ces astuces que les puristes traitent de méthodes malhonnêtes. Mais il faut comprendre qu’Apocalypse Verdun ne se revendique pas comme un documentaire exemplaire. Il se veut être un outil pédagogique jouant la carte de la vulgarisation et tant pis si, pour cela, il faut tricher un peu avec l’Histoire et sortir quelques atouts de sa manche.

Avec, une nouvelle fois, la voix de Mathieu Kassovitz comme guide, Apocalypse Verdun nous invite dans les tranchées, pour découvrir le quotidien des poilus, qui n’était guère différent dans les tranchées de la Somme, de Verdun, des Dardanelles ou du Frioul. A travers des lectures de lettres de soldats, quelques anecdotes dont l’intérêt historique est, certes, assez faible, mais qui contribuent à garder ce drame à échelle humaine, des aperçus de la vie des femmes à l’arrière du front (les séquences d’archivages dans les usines d’armement sont vraiment saisissantes), des images chocs témoignant de la monstruosité du conflit (les auteurs insistent sur les pilonnages d’artillerie lourde et les traumatismes subis par les vétérans), l’héroïsme et le sacrifice de Driant, le panache de Navarre, la rivalité Joffre-Pétain (très survolée, c’est vrai), quelques cartes animées expliquant les mouvements du front, Isabelle Clarke et Daniel Costelle font le boulot. Ils nous offrent un documentaire imparfait dans son objectivité, aux aspects stratégiques, tactiques et opérationnels peu détaillés, mais qui se révèle terriblement efficace quand il s’agit de rappeler aux nouvelles générations que la bataille de Verdun – et la guerre de 14-18 dans son ensemble – a entrainé l’humanité à vivre l’un des plus horribles moments de son histoire.

Je leur dis merci.

Apocalypse Verdun (France – 2016)
Un documentaire en deux parties (Le Carnage et L’illusion) d’Isabelle Clarke et Daniel Costelle.
Narrateur : Mathieu Kassovitz
110’

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