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merovingiens

Le dernier roi mérovingien passait ainsi de l’obscurité au néant (…) A la légende noire de l’usurpateur, Charles le Bâtard, allait se substituer celle des rois fainéant. L’image lumineuse de l’ancêtre Arnoul, évêque de Metz et ascète charismatique devait soutenir celle d’un Charles Martel, écrasant de son bras les infidèles…

Des siècles ont passé, et ces mythes sont encore bien vivaces. Tout comme le bon roi Dagobert, qui n’est connu du grand public que pour avoir mis sa culotte à l’envers… Dagobert 1er, roi de Neustrie, d’Austrasie et de Bourgogne, réunificateur du royaume franc de Clovis… Misère. Tout ça par la faute de chroniqueurs tardifs, auteurs de panégyriques hagiographiques flattant leurs contemporains carolingiens ou capétiens, au détriment de l’ancienne dynastie renversée par Pépin.

Heureusement, aujourd’hui, de nombreux chercheurs consacrent leur vie à faire connaitre la véritable histoire des mérovingiens. Jean Heuclin, professeur d’histoire médiévale et doyen honoraire de l’université catholique de Lille, est de ceux-là. A travers un remarquable ouvrage, Les Mérovingiens, paru aux éditions Ellipses, l’auteur s’attache, plus qu’à tenter de réhabiliter la dynastie mérovingienne, à faire la lumière sur quatre siècles d’histoire européenne, de la fusion des royaumes francs et de la Gaule romaine à l’avènement des Pippinides, cette ambitieuse maisonnée austrasienne qui réussit à se frayer une route, pas toujours de la plus belle des manières, vers le pouvoir.

Avec une grande force précision descriptive, s’appuyant sur les dernières découvertes archéologiques mais aussi sur de nombreux supports documentaires (dont de nombreux et longs extraits figurent dans le livre), Jean Heuclin retrace l’histoire de ces « rois chevelus » dénigré par l’Histoire. Au final, plus de 500 pages composant un superbe outil de connaissance mais qui, par son approche, se pose également comme une brillante œuvre de démystification. Ce qui le rend la lecture encore plus captivante.

Jean Heuclin nous fait également prendre conscience que cette période d’âges sombres, comme elle est parfois définie, brille au contraire de mille feux. A un empire romain d’occident aux lueurs vacillantes succède un brouhaha de passions enflammées. L’époque mérovingienne est non pas une ère de chaos et d’obscurantisme, un déni de civilisation, mais une ère d’évolution, de mutation, qui voit la création d’une aristocratie fortement liée à l’Eglise et d’une structure administrative s’appuyant sur la consolidation d’une Loi héritée de Rome, qui privilégie l’utile au philosophique, et qui perdurera durant des siècles. Régression ? Que nenni ! Le milieu du V° siècle voit la naissance d’un nouveau monde. Un accouchement certes difficile. Mais le bébé deviendra fort et vigoureux.

L’histoire des rois mérovingiens, comme Childéric 1er, Clovis, Clotaire II, Dagobert 1er ou Sigebert 1er, pour ne citer que les plus illustres, c’est aussi les récits des missions évangéliques d’’illustres saints comme Colomban et Boniface, de la transformation du paysage religieux franc sous l’influence des moines irlandais, du rapprochement des rois de ce qui s’appelait encore la Gaule avec Rome, du glissement du monde gallo-romain vers celui de la féodalité (la naissance du rôle de vassal ou le transfert démographique de la ville vers le rural), d’extraordinaires destinées de femmes influentes, voire vêtus de pouvoir régaliens (Radegonde, Brunehaut, Frédégonde, Bathilde…).

Alors, certes, tout n’était pas que lumière. L’histoire mérovingienne est également marquée par la simonie et l’achat des offices, les conspirations familiales et les sanglants conflits dynastiques – qui vont se prolonger d’ailleurs durant la période carolingienne. Cependant, contrairement aux idées reçues, ils ne mettaient pas en scène des brutes hirsutes et incultes mais des dirigeants souvent instruits, parlant parfois le latin, aimant la compagnie des lettrés et des artistes (Grégoire de Tours, Venance Fortunat, Frédégaire), détenant souvent une habileté politique et/ou militaire. On est loin de l’image d’Epinal véhiculée par les croyances populaires.

Pour conclure, les mérovingiens est une œuvre dense, de lecture assez difficile car rédigée par une plume préférant la précision au style et qui, de plus, au regard des nombreuses fautes de ponctuation et diverses coquilles, aurait mérité une relecture plus précise. Mais l’obstacle mérite d’être affronté, car passé cette barrière, j’ai découvert un véritable trésor, qui m’a ramené plus de 15 siècles dans le passé, pour y découvrir les origines du monde moderne.

Les mérovingiens (ellipses / 2014
Dans la collection Biographies & Mythes historiques
Un livre de Jean Heuclin
452 pages

A toute fin utile, des fois que vous seriez en quête de documentation, je vous livre le contenu du dossier documentaire:

Villas et domaine – Ausone, Idylles, n°III
Romains et barbares, une cohabitation ruineuse – Paulin de Pella, Euchariston
Les effets d’une lourde fiscalité – Salvien, Du Gouvernement de Dieu- Sulpice Sévère, Vie de Saint Martin
Appel à la conversion du pape Léon 1er – Sermon LXXXIV, Patrologie latine
410 : la mise à sac de Rome par les Wisigoths vue par Saint Jérôme – Histoire littéraire des grandes invasions germaniques.
416 : la fin de l’Empire vue par Jordanès – Jordanès, Histoire des Goths
Les Wisigoths protecteurs de Rome – Paul Orose, Historiarum adversus paganos libri
Théodoric II, roi des Wisigoths – Sidoine Appollinaire, Oeuvres
Les francs vus par Sidoine Appolinaire – Sidoine Appollinaire, Oeuvres
Le mariage de Sigismer à Lyon en 470 vu par Sidoine Appolinaire – Sidoine Appollinaire, Œuvres complètes XXXII
La mythologie dynastique mérovingienne – Grégoire de Tours, Historia Francorum –Frédégaire, Chronicarum libri IV
Lettre de Théodoric à Clovis, roi des Francs – Cassiodore, Variae
Le baptême de Clovis vu par Avit de Vienne – Auct. Antiquissi
Conversion de Francs par Saint Vaast d’Arras – Vita Sanctis Vedasti
Thaumaturgie des rois et prières des évêques lors de la peste de 588 en Gaule – Grégoire de Tours, Histoire des Francs
Meurtres après beuverie – Grégoire de Tours, Histoire des Francs
Intervention de l’évêque et du comte – Grégoire de Tours, Histoire des Francs
Vengeance et complicité des asservis – Grégoire de Tours, Histoire des Francs
Les impôts publics au VI° siècle – Grégoire de Tours, Histoire ecclésiastique des Francs
Formules d’affranchissement – Legum sectio V. Formulae
Charibert – Venance Fortunat, éloge du roi Charibert, fils de Clotaire, poésies mêlées
Le mariage de Sigebert et Brunehaut – Venance Fortunat, Epithalame pour le mariage de Sigebert et de Brunehaut, poésies mêlées
Eloge funèbre de Chilpéric – Grégoire de Tours, Historia Francorum
Le « saint » roi Gontran – Frédégaire, Chronique des temps mérovingiens
Félix de Nantes : un prélat entrepreneur – Venance Fortunat, Carmina II
Consécration de la cathédrale de Nantes vers 568 – Venance Fortunat, poésies mêlées
Les élections épiscopales- Les canons des conciles mérovingiens- .J. Hefele et H. Leclercq, Histoire des Conciles
Le peregrinatio de Colomban en Gaule – Jonas, Vie e Colomban et de ses disciples
Les démêlés de Colomban avec le roi et les évêques –Jonas de Bobbio, Vita Columbani
Edit de Clotaire II, 18 octobre 614 – M.G.H. Capitularia regum francorum
Le « bon » roi Dagobert – Frédégaire, Chronique lib. IV
Lettre au roi pour demander la désignation d’un évêque –Formule de Marculf, I, 7
Réponse du roi (630) – Vie de Saint Didier, évêque de Cahors.
Nomination d’un évêque par le roi – Vie de Saint Didier, évêque de Cahors
Didier, évêque de Cahors – Vie de Saint Didier, évêque de Cahors
Privilège de liberté pour le monastère de Rebais –M.G.H. Diplomata, Die Urkunden der Merowinger
Extraits du testament de Burgundofara (26 octobre 633) – Revue d’histoire ecclésiastique
Jugement du roi Clovis III (26 février 692 ou 693) – M.G.H. Diplomata imperii
Conflit entre le roi mérovingien Childebert III et le maire du palais Grimoald à propos de Saint-Denis (709) – M.G.H. Diplomata, Die Urkunden der Merowinger
Pépin II et le roi mérovingien – Eginhard, Vita Karolis
Le refus du baptême par Radbod – La vie de Vulfran du pseudo-Jonas, moine de Fontenelle
Charles Martel et les Arabes – Frédégaire, Chronique des temps mérovingiens
Le simulacre de Poitiers – L’anonyme de Cordoue
Lettre (50) de Boniface au pape Zacharie – M.H.H. Epsist
Ambassade auprès du pape Zacharie (749-750) – Annales regni
Clausula de unctione pippini –

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