cheyennes

AVERTISSEMENT

Ce troisième billet sur les Guerres des Plaines conte les événements qui se sont déroulés dans une vaste région du centre de l’Amérique du Nord située au sud de la rivière Arkansas et au nord du Mexique.  Aujourd’hui, cette zone de territoire encore peu colonisée au début des années 1860 couvre le Texas, l’Oklahoma, le sud du Kansas, l’est du Colorado et du Nouveau-Mexique. C’est dans ces contrées du Nouveau-Monde, en partie désertiques et montagneuses, que s’est déroulée la fameuse guerre de la Rivière Rouge, rendue célèbre par nombre de westerns mettant en scène courageux colons et brave cavaliers de l’Union luttant contre les raids de Comanches ou de Cheyennes. Un tableau hollywoodien quelque peu simpliste, qui proposait à un public séduit d’avance une vision tronquée et idéaliste d’une réalité historique autrement plus complexe. Une réalité qui, à mon avis, mérite d’être mieux connue et qui explique l’existence de ces billets. Je tiens juste à prévenir le lecteur que ce modeste travail de synthèse a été pensé comme une simple fenêtre ouverte sur des événements dramatiques qui ont contribué à construire la société américaine actuelle. Il ne recèle aucune révélation et est uniquement le fruit d’une compilation documentaire réalisée à partir de sources bien connues.

1861 – DEPREDATIONS KIOWAS AU TEXAS

En 1861, quand débute la guerre civile américaine, les tribus indiennes Kiowas et Comanches établies dans les plaines du Sud assistent avec curiosité, non sans un réel intérêt, au départ des troupes frontalières, appelées à servir l’Union.  La situation leur semble encore plus étrange quand le Texas rejoint la Confédération et se retrouve complètement vidée de troupes fédérales. Puis, rapidement, dés févier 1861, des nouveaux contacts se créent. Les troupes confédérées investissent les Territoires Indiens (le futur Oklahoma) dans le but de convaincre les tribus indiennes de rejoindre leur cause, en échange de subsides et de dotations. Et c’est le brigadier général Albert Pike, officiellement mandaté par Richmond, qui est chargé des négociations.

Si les discussions avec les cinq nations dites civilisées (les Cherokees, Choctaws, Chickasaws, Creeks et Séminoles, toutes déménagées pour être installées dans les Territoires) tournent plus ou moins rapidement vers une adhésion à la lutte confédérée, il en est tout autrement des tribus « locales », même si Pike signale bien aux intéressés que la Confédération ne verrait aucun problème dans le fait que Kiowas et Comanches s’en prennent aux convois nordistes.  Au contraire, les chefs des deux grandes tribus des grandes plaines du Sud voient là une occasion de profiter du conflit pour affirmer leurs propres ambitions. Aussi, dès le début de l’année, les premiers actes de pillage se produisent sur la zone frontière du Texas,  et cela même si l’amplitude des déprédations est ralentie par une nouvelle épidémie de variole qui décime le peuple Kiowa.

Il faut savoir qu’au Texas, durant cette période, la situation est des plus confuses. Avec le départ des troupes de l’Union, la frontière est totalement dégarnie. Les unités texanes passées dans le camp sudiste, comme celles de Pike, sont peu nombreuses et en opération dans les Territoires Indiens. Enfin, de nombreux texans, s’ils ont volontiers rejoint la Confédération, rechignent à s’engager dans l’armée, de peur d’être envoyés à l’est pour combattre les Nordistes. Ils préfèrent s’organiser à leur manière pour défendre la frontière contre les Indiens.  Hors, si cette méthode ne fonctionne pas trop mal durant les deux premières années de guerre civile, les choses se compliquent par la suite car les Kiowas, remis de l’épidémie de variole, augmentent l’intensité des raids, appuyés par les Comanches.

deleg indien

LE RAID D’ELM CREEK

Le point culminant de cette situation explosive se situe le 13 octobre 1864, à l’ouest de Young County, dans Elm Creek Valley, qui se trouve à environ 160 kilomètres à l’ouest de fort Worth et guère éloignée de Belknap. Ce jour-là, un fort parti d’indiens Kiowas et Comanches envahit la vallée, surprenant nombre de colons, dont ceux occupant la propriété d’Elizabeth Ann Fitzpatrick. Tout en pillant la ferme, les Indiens tuent et scalpent Midred Susanna Carter Durkin, fille de madame Fitzpatrick, et le jeune fils d’une esclave noire. La propriétaire, son fils, ses deux petites-filles, une esclave noire et ses enfants sont emmenés comme captifs (ils seront relâchés contre rançon en 1865, hormis une enfant de 18 mois, qui n’a jamais été retrouvée). Sur la propriété de Peter Harmonson, le juge et son fils trouvent un refuge dans les buissons de Rabbit Creek où ils abattent l’un des chefs indiens. Non loin de là, plusieurs familles se sont réfugiés dans la cabane de George Bragg, défendue par le docteur Thomas Wilson, le colon Thomas Hamby et son fils Thornton K. Hambly, un soldat confédéré. A la tombée de la nuit, après avoir effectué plusieurs attaques ayant causé la mort du docteur Wilson, blessé Bragg et Hambly et tué 11 personnes, les Indiens se retirent avec leurs captives et 1000 têtes de bétails.

Les pillards sont alors poursuivis par une compagnie de cavalerie confédérée, appartenant au régiment du colonel texan James G. Bourland. Mais les cavaliers gris doivent abandonner la traque après être tombés dans une embuscade au cours de laquelle cinq d’entre eux sont  mis hors de combat, morts ou gravement blessés.

Carte des Territoires Indiens et du Nord du Texas
Carte des Territoires Indiens et du Nord du Texas

KIT CARSON A ADOBE WALLS

Les Indiens, eux, se replient dans leurs campements d’hiver, situés au nord du Texas, sur les rives de la Canadian River, près d’un poste frontière en ruine baptisé Adobe Walls. Le temps de se réorganiser et ils reprennent leurs raids, cette fois dirigés contre les territoires du Colorado et du Nouveau-Mexique. Mais leurs campements ne vont pas tarder à être localisés. Le 24 novembre, des éclaireurs Utes et Apaches du 1er Volontaire de Cavalerie du Nouveau-Mexique informent le colonel Christopher « Kit » Carson, célèbre dans toute la région pour sa campagne victorieuse contre les indiens Navajos (achevée en 1863), de l’emplacement des campements indiens. Vers 8h00 du matin, après une marche de nuit, les 410 hommes de celui qui deviendra le héros d’une série de bandes dessinées très populaire surprennent les Kiowas qui occupent le campement indien situé le plus à l’ouest.

Soumis à un feu nourri, les Indiens cèdent du terrain et se replient sur plusieurs kilomètres, en direction des ruines. A Adobe Walls, ils s’installent en position défensive et opèrent plusieurs contre-attaques. Il faut l’utilisation de deux obusiers de montagne pour, dans un premier temps, les repousser, puis les déloger. Après que les Indiens aient fuit, Carson prend possession des ruines et autorise à ses hommes quelque repos. Cependant, en aval de la Canadian River, Dohäsan, le vieux chef des Kiowas, parvient à rassembler entre mille et trois milles guerriers – suivant les sources- et attaque la position de Carson qui riposte en chargeant les obusiers avec des projectiles explosifs. Les heures passent. Carson, réalisant que la position de ses troupes est devenue trop fragile, profite d’une accalmie pour ordonner l’ordre de la retraite vers le Nouveau-Mexique, non sans avoir auparavant détruit une centaine de dépôts de munitions et de fournitures. Des ressources qui vont, plus tard, fortement manquer aux indiens. Non avisé de l’affaire d’Elm Creek, qui s’est déroulée en territoire occupé par les Confédérés, Carson ignore qu’il abandonne derrière lui les captifs de Young County, ces derniers étant sous la bonne garde des guerriers de Dohäsan.

Bien que non décisive, la bataille d’Adobe Walls est considérée par Washington comme une belle victoire, contribuant à renforcer la gloire de « Kit » Carson.

A gauche, KIt Carson à Adobe Walls, à droite, Kit Carson, héros de BD populaire
A gauche, KIt Carson à Adobe Walls, à droite, Kit Carson, héros de BD populaire

RAIDS CHEYENNES ET LAKOTAS AU COLORADO

Au Colorado, les colons vivent dans une crainte permanente. Les indiens Lakotas, de la grande nation Sioux, qui ont fui les grandes plaines du Nord, sensibilisent leurs alliés Cheyennes et Arapahos et les poussent à attaquer les convois qui empruntent les routes des rivières Platte et Arkansas. Désireux d’atténuer les tensions, le gouverneur John Evans tente de négocier un traité de paix, en proposant une nouvelle réserve. La démarche est un échec, les Cheyennes argumentant que le territoire proposé n’est pas assez vaste. Cette manière sèche de refuser toute discussion, qui n’est pas dans les habitudes des Indiens, laisse Evans et le colonel John M. Chivington, commandant militaire du territoire, à penser que les Cheyennes et les Lakotas sont déterminés à chasser tous les colons du Colorado. Mais tous les Cheyennes ne partagent pas le même avis.

En effet, les chefs des tribus Cheyennes sont en effet divisées sur la politique à adopter. Si les Dog Soldiers, du parti de la guerre, ne manquent pas de soutien, ils ont un adversaire solide en Black Kettle, un grand chef respecté et très influent, marié à une sioux Lakota, qui milite pour la paix. S’il s’oppose à l’implantation massive des Blancs dans la région, il a compris qu’il vaut mieux trouver une solution pacifique que de s’engager dans un combat qu’il pense perdu d’avance. Malheureusement pour lui, les colons ne semblent pas faire de distinction entre les différents groupes, d’autant plus que les Dog Soldiers multiplient les actes de pillage.

officier guerre indiennes

L’inévitable arrive au printemps 1864. Le 5 avril, à quelques kilomètres au nord de la réserve de Sand Creek, une bande de voleurs fait main basse sur un troupeau appartenant au gouvernement. Immédiatement avisé, le colonel Chivington ordonne au lieutenant George S.Eayre, à la tête de 54 cavaliers et deux obusiers de montagne, de poursuivre les pillards et de récupérer le troupeau. Les hommes du 1er de Cavalerie suivent la piste des voleurs, faite de poteaux télégraphiques abattus et d’entrepôts pillés. Le 12 avril, à Fremont’s Orchard, au nord de Denver, un petit détachement, sous les ordres du lieutenant Clark Dunn, tombe sur 25 Dog Soldiers menant un convoi de mules. La conversation s’envenime rapidement, Dunn accuse Little Chief, qui commande les Cheyennes, d’avoir volé les bêtes. Le chef Cheyenne assure qu’ils les ont trouvés et qu’ils comptaient les ramener pour toucher une récompense. La suite des événements est incertaine. La version la plus communément admise est que le lieutenant Dunn ait tenté de désarmer les indiens et que ceux-ci s’y soient opposés par les armes. Mais, quelle que soit la manière dont cette rencontre s’est déroulée, les deux soldats et les trois Cheyennes tués à Fremont’s Orchard sont les premières victimes d’une nouvelle guerre indienne.

LES DOG SOLDIERS

Le territoire du Colorado est sillonné par les patrouilles de soldats lancés à la recherche des pillards cheyennes. «  Assurez-vous qu’ils sont ceux que nous recherchons, puis tuez-les tous » ordonne Chivington à ses subalternes. Des bandes de Dog Soldiers sont alors repérés sur les rives de la Republican River et de la Smoky  Hill River, dans le secteur est. Des campements abandonnés sont trouvés et détruits mais, jusqu’à début mai, les « outlaws » parviennent à éviter l’affrontement direct. Les efforts de Chivington vont toutefois finir par être récompensés.  Menant une expédition sur la rivière South Platte, le major Jacob Downing parvient à surprendre une bande de Dog Soldiers cheyennes à Cedar Bluffs. Le campement est détruit, 25 guerriers sont tués et 40 sont blessés et capturés. Mais cela n’empêche pas les Cheyennes de continuer les raids.

Le 16 mai, à Smoky Hill, non loin du campement ou résident Black Kettle et White Antelope (un autre chef pacifiste), la troupe du lieutenant Eayre tombe sur une bande de Dog Soldiers. Cette fois-ci, les Indiens ne refusent pas le combat et se rangent en ligne de bataille. Si le chef Lean Bear est tué dès le début de l’affrontement, les indiens prennent toutefois le dessus et Eayre ordonne à ses hommes de retraiter vers fort Larned, au Kansas. Dans un premier temps, les indiens se lancent à leur poursuite, avant d’abandonner l’entreprise. Certaines sources citent que l’arrêt de la poursuite est due à une intervention directe de Black Kettle, qui aurait convaincu les Dog Soldiers de ne pas attaquer le fort, mais rien n’est moins certain.

Dog Soldiers contre US Cavalry
Dog Soldiers contre US Cavalry

PANIQUE A DENVER

Le 11 juin, des pillards Arapahos (des témoins diront qu’ils étaient menés par Roman Nose) attaquent le ranch d’Isaac van Wormer, qui se situe seulement à 40 kilomètres au sud-est de Denver ! Van Wormer, absent à ce moment, échappe à la mort, mais ce n’est pas le cas pour la famille de Nathan Hungate. Le contremaître est massacré ainsi qu’Ellen, son épouse, et leurs deux enfants, Laura et Florence, âgées de 2 ans et cinq mois. A Denver, l’annonce de l’attaque fait se lever un vent de panique. Les rumeurs, plus ou moins fantaisistes, colportées par des dizaines de réfugiés, se multiplient. La cité de Denver serait menacée par des hordes d’indiens assoiffés de sang. Alors, on se fortifie, on s’arme. La population craint les attaques de Cheyennes et d’Arapahos mais aussi celles de Sioux Lakotas que l’on dit campant sur les rives de South Platte River et les incursions rebelles qui, depuis deux ans, effectuent des attaques, des pillages et des sabotages dans les régions du Kansas et du Colorado – le groupe le plus célèbre est le gang de Jim Reynolds. Surtout, les colons exigent de l’aide. Se pliant volontiers à la pression populaire, le gouverneur Evans obtient alors l’autorisation du gouvernement fédéral de lever un régiment de volontaires engagés pour cent jours ; cela sera le 3ème de cavalerie du Colorado. Puis, finalement, la situation s’apaise. En réalité, il n’a jamais été dans l’intention des Indiens d’attaquer Denver et l’impressionnant nuage de  poussière aperçu le 16 juin à l’est de la ville n’était en fait que celui dégagé par un troupeau de bétail paniqué fuyant des bandits mexicains.

Denver vers 1864
Denver vers 1864

UN ETE MEURTRIER

Dans le même temps, le sage Black Kettle et son parti de la paix ont le plus grand mal à calmer ses jeunes guerriers, même s’il trouve un soutien dans Little Raven, un chef Arapaho.  Les Dog soldiers multiplient les raids, s’en prenant aux fermes isolées, aux chasseurs de bisons et aux convois. Ces indiens en colère sont rejoints dans leurs actions par des Lakotas, des Arapahos, des Kiowas et des Comanches. A partir du Colorado, les déprédations s’étendent au Kansas et au sud du Nebraska.

Le mois de juillet est particulièrement meurtrié. Le 18 juillet, 5 colons sont tués sur la Bijou Creek. Le 24 juillet, un convoi de chariots est attaqué près de Cow Creek. Le 30 juillet, Satanta, le chef Kiowa,  arrive à fort Larned avec comme présents de la compagnie féminine et une cargaison d’alcool. Le chef de poste, le capitaine Parmetar, accepte ses cadeaux et invite les Indiens à partager son repas. Alors que Parmetar et ses hommes profitent de l’alcool et des femmes offerts par Satanta, les guerriers kiowas s’introduisent dans le corral, tuent une sentinelle et volent 250 têtes de bétail. Une fois l’opération terminée, Satanta et ses squaws profitent de l’état d’ivresse avancée de l’officier et de ses hommes pour leur fausser compagnie.

Quelques jours plus tard, Left Hand et 25 guerriers Arapahos, brandissant un drapeau blanc s’approchent de fort Larned et demandent à s’entretenir avec le capitaine Parmetar. Leur but est d’expliquer qu’ils n’ont rien à voir avec les actions de Satanta. Mais, Parmetar, qui n’a toujours pas dessaoulé, fou furieux, ordonne de tirer au canon sur la petite troupe. Si Left hand, chef pacifiste respecté, et aucun de ses guerriers ne sont blessés, la réaction de Parmetar a de graves conséquences. Le parti de la paix comprend enfin que pour beaucoup de Blancs, les Indiens sont tous des bandits et des assassins. Parmetar sera relevé de ses fonctions par le colonel Chivington le 1er aout, mais le mal est fait.

Durant le mois d’aout, les raids de dog soldiers ne faiblissent pas. Ils touchent principalement le Kansas, l’Arkansas et le Nebraska. Le 6 aout, quatre chasseurs de bisons sont tués et scalpés sur la Saline, non loin de Salina, au Kansas. Le lendemain, toujours dans la région de Salina, les indiens volent un troupeau de chevaux. Le 8 aout, des Dogs Soldiers et des Lakotas attaquent un convoi de chariots à Plum Creek, au Nebraska, et tuent 11 personnes, avant de piller une implantation de colons sur la Little Blue River. Quinze colons sont tués et scalpés et six femmes et enfants sont kidnappés. Le 10 aout,  un convoi de chariots est attaqué près de fort Kearny, Nebraska. 14 hommes sont tués, 4 femmes et 2 enfants sont kidnappés. Le 16 aout, des Arapahos, menés par le fils du chef Little Raven, attaquent l’agence indienne de Point of Rocks puis pillent le ranch Autobees. On dénombre plusieurs victimes et plusieurs milliers de dollars de pertes. Le 18 aout, un colon et son fils sont tués à Cherry Creek, au sud de Denver, par des Kiowas et des Comanches. Le lendemain, les Kiowas attaquent un convoi, tuent et mutilent 10 personnes. Le 21, deux nouvelles victimes sont à déplorer près de fort Lyon, sur la rivière Arkansas.

Le 23 aout, devant la gravité de la situation, Chivington déclare la loi martiale à Denver et renforce le 3eme régiment de Volontaires du Colorado. Les commerces sont fermés, les routes protégées par les patrouilles de volontaires et de militaires.

chefs indiens

LE MASSACRE DE SAND CREEK

Avec l’automne et l’arrivée des mauvais jours, les Dog Soldiers relâchent leur effort de guerre. Le parti de la paix multiplie les actions et gagne de l’influence au sein des tribus. Courant octobre, Black Kettle, accompagné de chefs pacifistes Cheyennes et Arapahos, rencontre le gouverneur Evans et le colonel Chivington. L’entretien amène les chefs indiens à penser qu’il serait bon d’installer leurs campements près des postes militaires afin de prouver leur bonne volonté. En novembre, Black Kettle déménage son campement à Sand Creek Valley, à environ 65km de fort Lyon. Les relations avec les soldats sont bons, Black Kettle pense donc avait fait le bon choix.

Malheureusement, ce n’est pas de l’avis des volontaires du 3ème de cavalerie, qui veulent « casser » de l’indien avant la fin de leur engagement. Le 29 novembre, Chivington les guide à Sand Creek, et déploie ses 700 hommes et 4 obusiers autour du campement indien.  Black Kettle a beau brandir un drapeau de l’Union  et un drapeau blanc au-dessus de son tipi, rien n’y fait. Chivington donne l’ordre de l’attaque, avec la consigne « pas de quartier ». Hommes, femmes, enfants, vieillards sont massacrés. Les volontaires éventrent et scalpent les femmes enceintes, font des testicules des indiens des trophées, écrasent le crane des enfants…. Black Kettle réussit à fuir, mais 200 personnes de sa tribu – majoritairement des femmes et des enfants – sont  tuées. Fiers de leurs exploits, les hommes du 3ème Colorado retournent à Denver où ils sont accueillis en héros. Cent scalps d’indiens sont exposés dans le hall du théâtre.

La population de Denver fait certes un triomphe à Chivington et ses hommes, mais certains se rendent compte de l’abomination… et de l’énormité de l’erreur. L’odeur fétide du scandale se répand jusqu’à Washington. Une commission est nommée et lance une enquête. Mais les Etats-Unis sont en pleine guerre civile, et les dossiers de ce type sont très nombreux. Le jugement n’est finalement guère sévère. Chivington doit quitter l’armée, mais avec les honneurs de la Nation. On lui attribue une masse de circonstances atténuantes même si l’on s’accorde à conclure « qu’il est coupable d’avoir accompli des actes brutaux et lâches ».

Dans les Grandes Plaines, les répercutions de ce massacre sont terribles, même au sein du parti de la paix. Toutes les tribus du sud appellent à la vengeance, les tribus du nord se retrouvent convaincues de la justesse de leur lutte contre Sibley et Sully (voir la quatrième partie, bientôt en ligne). On ne peut plus faire confiance à l’homme blanc. Les Indiens se dispersent dans la vallée de la Platte, semant la terreur pendant près d’une année. Le 26 juillet 1865, ils attaquent même le poste militaire qui garde un pont sur Upper Platte River, étrillant un détachement de cavalerie et pillant un convoi de ravitaillement. Sully et le major général Patrick E. Connor organise une double expédition. L’une, commandée par Sully, dans le territoire du Dakota, l’autre dans le Wyoming, pour frapper les tribus Lakotas. Mais, faute de support, ces expéditions, menées dans des terres hostiles et accidentées, vont échouer. En conséquence, Washington  les annule et donne l’ordre de se concentrer sur la protection des convois.

Le massacre de Sand Creek (tableau de Robert Lindneaux - 1936)
Le massacre de Sand Creek (tableau de Robert Lindneaux – 1936)

LE TRAITE DE 1865

La fin de la guerre civile coïncide avec un apaisement dans les Grandes Plaines du Sud. Les Kiowas se sont réfugiés dans les montagnes du Texas et du Nouveau-Mexique, le temps de se remettre de leur rencontre avec les hommes de « Kit » Carson à Adobe Walls. Le gouvernement fédéral, désormais libéré des contraintes imposées par la guerre, se penche alors sur le sujet et propose aux chefs indiens une rencontre dans le but de mettre en forme un traité. La rencontre a lieu mi-octobre 1865, sur les rives de la rivière Little Arkansas, sur le site actuel de la ville de Wichita (Kansas). Quand les commissaires du gouvernement s’asseyent à la table des négociations, ils sont déçus de constater que, si les Kiowas sont bien présents, le grand chef Dohäsan y compris, nombre de tribus a décidé de boycotter la réunion. L’absence la plus marquante est celle des Cheyennes du Sud. Ceux-ci ne pardonnent pas aux Blancs le massacre de Sand Creek.  Le 18 octobre, les chefs présents signent le traité dit de Little Arkansas. Les Kiowas acceptent de s’installer dans une réserve au sud de la rivière Arkansas, le bureau des affaires indiennes étant à fort Zarah, au Kansas.

La mort du vieux chef Dohäsan, grand partisan de la paix, à l’âge de 76 ans, va changer la donne. Les prétendants à sa succession ne sont en effet pas tous sur la même longueur d’onde. Parmi les plus influents se trouvent deux partisans de la guerre, les puissants chefs Satanta et Lone Wolf. De l’autre côté, un vaillant jeune chef, plein de prudence, conscient de la supériorité des Blancs, recherche la paix. Il se nomme Kicking Bird.

Dans un premier temps, ce nouveau traité permet aux voyageurs de traverser l’Arkansas en sécurité. Que cela soit sur la route de Santé Fé, ou celle de Denver, aucun incident n’est à déplorer. Certaines zones restent cependant très sensibles, comme la région de Smoky Hill River, revendiquée par les Dog Soldiers. De plus, la guerre de Red Cloud (1866-1868), du nom du chef Sioux Oglala, qui éclate dans le Wyoming et le Montana, fait monter la tension dans les Grandes Plaines du Sud. De nombreux regroupements de Cheyennes sont signalés dans la région de la Republican River et le major Henry Douglas, commandant de fort Dodge(Kansas) signale à son supérieur, le major général Winfield Scott Hancock, que d’importantes bandes de Sioux, Arapahos et Cheyennes, migrent vers le sud et qu’il redoute des troubles.

LA GUERRE D’HANCOCK ET LE « KIDDER MASSACRE »

En avril 1867, Hancock, le héros de Gettysburg, arrive à fort Larned, au Kansas. En charge du département du Missouri (qui inclut les Territoires indiens, le Nouveau-Mexique et le Kansas), il y rencontre quatre chefs venus du camp Cheyenne-Oglala situé non loin. N’arrivant pas à obtenir les engagements souhaités, il marche sur le village le 15 avril. Craignant un nouveau Sand Creek, les Indiens fuient, le lieutenant-colonel Custer lancé à leur poursuite. En vain. Des déprédations reprennent le long de la route qui longe Smoky Hill River, et quelques civils sont tués. Bien que le général Hancock n’ait aucune preuve qu’il s’agisse là des  mêmes indiens, il ordonne la destruction du village abandonné.

Le 1er juin 1867, les 1.100 hommes du 7ème de cavalerie, sous les ordres de Custer, quittent fort Hayes, au Kansas, pour patrouiller dans les régions de Republican River, Platte River et North Platte River. Mais Custer échoue dans sa mission. Même ses éclaireurs repèrent souvent des signaux de fumée, sa colonne est trop importante pour parvenir à surprendre les indiens. De plus, il commet une grave erreur qui va lui coûter cher. Le 29 juin, le lieutenant Lyman S. Kidder quitte le fort Sedgewick avec 10 hommes et un éclaireur indien nommé Red Bead pour rejoindre la colonne de Custer qui est sensé se trouver en bivouac sur Republican River. Mais, sans que son chef en ait avisé son état-major, le 7ème de cavalerie a déjà levé le camp pour se diriger vers le sud. Une semaine plus tard, Custer arrive à Riverside Station, qui est situé à 50 kilomètres à l’ouest de fort Sedgewick et apprend que le lieutenant Kidder est à sa recherche. Immédiatement, Custer rebrousse chemin pour retrouver le la patrouille. Aux environs de Beaver Creek, les éclaireurs découvrent un cheval mort et des traces de combat. Les restes de la patrouille sont retrouvés au fond d’une ravine le 12 juillet 1867. Gisent là, horriblement mutilés, le lieutenant Kidder et ses hommes. La commission d’enquête chargée de l’affaire du « Kidder Massacre » conclura que les responsables sont les Sioux Oglalas du chef Pawnee Killer et en attribuera la responsabilité à Custer, qui a quitté son campement de Republican River sans en avoir reçu l’ordre.

La Guerre d’Hancock est la première opération militaire d’envergure menée par les Etats-Unis dans les Grandes Plaines du Sud. Elle échoue à soumettre les tribus Sioux Lokatas et Oglalas et amènent les chefs de la nation Cheyenne à penser que la seule voie possible est la guerre. Dans l’autre camp, la pression populaire, qui craint de nouveaux morts de civils, l’hostilité du Congrès, ainsi que les sommes englouties dans les différentes opérations militaires contraignent le gouvernement fédéral à négocier. Winfield Scott Hancock est rappelé à Washington. Il ne s’agit nullement d’une mesure disciplinaire mais le gouvernement a besoin d’un homme de confiance pour remettre de l’ordre au Texas (qui ne rejoindra officiellement l’Union qu’en 1870) et c’est lui qui a été choisi. Il est remplacé par le général Sheridan, un autre héros de la guerre de sécession, qui est chargé de rétablir la paix.

Custer et ses hommes découvrant les victimes du Kidder Massacre
Custer et ses hommes découvrant les victimes du Kidder Massacre

LE TRAITE DE MEDECINE LODGE

Le 19 octobre 1867, un conseil réunissant les représentants du gouvernement fédéral et les principaux chefs des grandes tribus des plaines (parmi eux, Black Kettle des Cheyennes, Little Raven des Arapahos et Satanta des Kiowas) est organisé à Medecine Lodge, Kansas. Les commissionnaires tentent d’impressionner les Indiens en vantant les mérites de la société des Blancs et en les invitant à abandonner leur vie de chasseur contre celles d’agriculteur et d’éleveur, pour s’intégrer à la société américaine. Ils font également une démonstration la puissance de l’armée américaine, avec la présence de 500 hommes du 7ème de cavalerie US (commandé par Joel E. Elliott, Custer ayant été convoqué en cours martiale) et surtout de deux mitrailleuses Gatling du 4ème Régiment d’artillerie. Mais ils s’excusent aussi pour la destruction des villages et le massacre de Sand Creek. Finalement, les Indiens acceptent à contrecœur de gagner leurs réserves respectives, bien que plus modestes que celles établies par le traité de 1865.

Les Kiowas et les Comanches se rendent dans une réserve en Oklahoma, où sera construit le fort Sill. Les Caddos, les Wichitas, et les tribus affiliées s’installent 100 kilomètres plus au nord, près d’Anadarko, sur la rivière Wichita. Les Cheyennes et les Arapahos encore plus au nord, sur la rive sud de la rivière South Cimmaron – ils sont cependant autorisés à chasser le bison jusqu’à la rivière. Tous acceptent de se sédentariser, d’élever du bétail et d’envoyer leurs enfants à l’école. Jusqu’à ce que leur installation soit complète, le gouvernement s’est engagé à leur fournir des rations supplémentaires, notamment de la viande de bison.

Mais cette période de paix ne va guère durer. En effet, bien que de nombreux indiens acceptent ces conditions et respectent le consignes du Bureau des Affaires Indiennes, le gouvernement fédéral tarde à remplir ses obligations en matière d’approvisionnement. Et comme les mois passent, la colère monte dans les réserves. Jusqu’à l’explosion.

Fin 1868, les Kiowas et les Comanches, excédés, recommencent les raids dans les plaines du Texas. Le major général Philip H. Sheridan, plein de bonne volonté, tente de résoudre le problème en sollicitant le gouvernement pour obtenir les rations promises, mais ses pouvoirs sont limités et le Congrès retarde encore la livraison, programmée pour fin juillet 1869. Evidemment, cela sera trop tard. Les Indiens se sentent trahis et les troubles s’amplifient. Un parti de guerriers Cheyennes attaque de vieux rivaux, des indiens Kaw, dans le but de leur voler chevaux et provisions. Bien évidemment, les Kaws ripostent. Dans l’affrontement, des fermes de colons sont pillées et endommagées. Comme l’été arrive, les accrochages entre Indiens et Blancs s’intensifient.

Les bonnes intentions démontrées à peine un an plus tôt à Medecine Lodge Creek semblent désormais n’être qu’un lointain souvenir.

Le traité de Medicine Lodge
Le traité de Medicine Lodge

LA BATAILLE DE BEECHER ISLAND

Les patrouilles de soldats, qui tentent de sécuriser les régions de Smoky Hill River, Saline River et Solomon River obtiennent peu de résultat (la libération de deux captives est le seul fait notable). Le général Sheridan organise alors une expédition, qu’il confie à son aide de camp, le major George Alexander Forsyth, du 9ème de Cavalerie US. Accompagné du lieutenant Frederick H. Beecher et de quarante-huit volontaires – des civils expérimentés recrutés parmi les éclaireurs – armés de carabines Spencer à répétition, Forsyth quitte Fort Hays, Kansas, le 29 aout 1869, à la recherche des indiens. Le 5 septembre, le détachement arrive à fort Wallace sans avoir trouvé un seul indien. Forsyth apprend alors qu’un convoi a été attaqué à une vingtaine de kilomètres de là par une petite bande d’indiens.  Le 10 septembre, la patrouille de Forsyth quitte fort Wallace en direction de Yuma County, à l’est de fort Wallace. Il pense être à la recherche d’un petit groupe de pillards mais le 17 septembre, ses éclaireurs repèrent une importante bande de Cheyennes et d’Oglalas. Cherchant à éviter un combat inégal, Forsyth ordonne à ses hommes de mettre pieds à terre et les mène sur une petite île située sur la rivière Arikaree. Là, réfugiés dans les buissons, mangeant crus leurs chevaux et buvant de l’eau croupie, les hommes de Forsyth subissent un siège de sept jours avant que les Indiens, découragés, ne se retirent et qu’ils soient ravitaillés par une colonne de secours. Quand cesse le combat, les éclaireurs de Forsyth dénombrent cinq morts et quinze blessés et 32 indiens ont été tués. Parmi les morts se trouve Roman Nose, le grand chef Cheyenne, abattu au début de la bataille, ainsi que le lieutenant Beecher, qui donnera son nom à la bataille.

LA CAMPAGNE DE L’HIVER 1868

Cet événement, qui s’ajoute à la pathétique chasse aux indiens de Sully dans le nord, convainc Sheridan qu’il doit changer de méthode et agir plutôt durant des campagnes d’hiver, quand les Indiens, par manque d’herbage pour leurs montures, sont regroupés dans des camps établis au cœur des vallées, près des grands fleuves. Son projet est de forcer les tribus à regagner leurs réserves, et d’éliminer tous ceux qui refuseraient. Pour commander la cavalerie, il rappelle Custer, qui purge sa peine dans le Michigan.

Les Kiowas et les Comanches, sentant que quelque chose se trame, se rendent par centaines à l’agence des affaires indiennes de Fort Cobb, dans le sud-ouest de l’Oklahoma, qui est considéré comme un point de rendez-vous pour les tribus non hostiles. Le général Sheridan, cependant, a déclaré que tous les Cheyennes et les Arapahos devaient être considérés comme hostiles, sans prendre en compte leur responsabilité dans les déprédations. Aussi, quand Black Kettle et quelques autres chefs Cheyenne partisans de la paix tente de guider leurs tribus vers Fort Cobb, l’autorisation leur est refusé.

Le 22 novembre 1868, les 800 hommes du 7ème de cavalerie, George A. Custer à leur tête, quittent le campement de Camp Supply recouvert de neige et balayé par le vent, avec 30 jours de provisions. Quatre jours plus tard, l’avant-garde détecte la présence d’une importante piste indienne. Au soir du 27 septembre, les éclaireurs indiens qui inspectent les rives de la rivière Washita repèrent le campement Cheyenne de Black Kettle composé d’une cinquantaine de tipis. Le régiment se divise en quatre détachements, afin de tomber simultanément sur le campement. Le lendemain matin, l’assaut est donné. En dix minutes, les soldats prennent le contrôle du village, pendant que les guerriers se réfugient sous les arbres et dans les ravines pour se défendre. Démontés, les soldats engagent les Indiens au corps-au-corps. Black Kettle et son épouse sont tués alors qu’ils tentent de s’échapper en traversant la rivière. Alors que l’intensité des combats faiblit, Custer envoie le major Elliott et un détachement de 17 hommes à la poursuite des fuyards.

Bataille de la Washita

Vers 10h00 du matin, les Indiens opèrent une violente contre-attaque. Custer comprend alors que ce campement n’est qu’une composante d’un ensemble bien plus important. Plus de 6000 Cheyennes, Arapahos et Kiowas sont en effet répartis dans différents campements le long de la rivière. Des sentinelles accourent en disant qu’elles ont été chassées de leurs positions, alors qu’une patrouille a été la cible d’une attaque d’Arapahos. Les hommes de Custer entendent, au loin, des coups de feu, sans se douter qu’à ce moment même, la troupe d’Elliott est en train d’être massacrée. En fin d’après-midi, Custer décide de ne plus attendre Elliott et donne l’ordre de la retraite. Les corps d’Elliott et de ses hommes ne seront retrouvés que le 10 décembre. Les indiens, dans l’attaque du camp, dénombrent entre 30 et 150 morts, la plupart des femmes et des enfants.

Bien que partiellement réussie, cette campagne d’hiver a eu l’impact psychologique escompté. La bataille de la Washita a permis de détruire de nombreuses provisions cheyennes. De plus, avant de replier, les soldats ont abattus 675 chevaux et en ont emporté 200. Nombre de tribus indiennes accepte alors de retourner dans leurs réserves. Quand le président Grant met en place sa politique de paix, un an plus tard, les Indiens semblent coopératifs. Mais tout cela n’est qu’apparence. Les indiens préparent leur revanche. Si au printemps 1869 le calme règne au Texas, en juin les Kiowas organisent leur Danse du Soleil annuelle, et ils y invitent les Comanches, les Apaches et les Cheyennes du Sud. A la fin de la cérémonie, les bandes de braves arborant des peintures de guerre se dispersent dans toutes les directions. Même Camp Supply, attaqué par les Cheyennes, n’est pas épargné. A Fort Sill, les Kiowas volent 73 mules. Au Texas, 15 civils sont tués.

SHERMAN ET LA PACIFICATION DES KIOWAS

L’année 1870 est moins mauvaise, mais les pillages reprennent en 1871. Le 18 mai, une  bande de 150 Kiowas, Apaches et Comanches attaquent un convoi de marchandises, chargé de maïs, qui, parti de Weatherford, Texas, se rend à Fort Griffin. Six conducteurs sont tués et 40 mules sont volées. Quand les survivants arrivent à Fort Richardson, ils sont reçus par le général Sherman, alors en tournée d’inspection au Texas. Après la discussion, Sherman confie au colonel Ranald McKenzie la mission de pourchasser et d’éliminer les pillards indiens. Arrivé à Fort Sill, le général rencontre Tatum, l’agent responsable des Affaires Indiennes. Ce dernier lui apprend qu’il a rencontré le chef Satanta et que dernier s’est vanté d’être l’un des responsables des attaques, avec le vieux chef Satank, Eagle Heart et Big Tree. Tatum parvient à convaincre Sherman de procéder à l’arrestation des chefs indiens, avant de les transférer au Texas pour y être jugés. L’opération est rapidement menée et tous les suspects, hormis Eagle Heart qui parvient à s’échapper,  sont capturés par MacKenzie. Juste avant le départ du convoi de prisonniers pour le Texas, Satank est tué alors qu’il tentait de s’évader. Une fois au Texas, Satanta et Big Tree sont enfermés à fort Richardson, en attendant leur procès pour meurtres qui doit se dérouler à Jacksboro. Ils y sont condamnés à mort, mais le gouverneur Edmund J. Davis commue la sentence en prison à vie, sous les conseils de Tatum, mais au grand mécontentement de Sherman.

Malgré les espoirs de Tatum, ces efforts donnent peu de résultats. Les Comanches Quahadi, sous la direction de Quanah, le fils de Cynthia Ann Parker, continuent les raids. De plus, les emprisonnements de Satanta et Big Tree ont égratigné le prestige de la faction guerrière des Kiowas. Se sentant humiliés, ils reprennent de plus belle les déprédations. Bien que MacKenzie mène plusieurs campagnes durant l’été et l’automne 1871, il n’arrive pas à supprimer la menace. En 1872, les raids gagnent même en ampleur. En avril, les Kiowas attaquent un train de chariots à Howard’s Wells, dans l’ouest du Texas. 17 conducteurs sont tués, et le convoi pillé.  Le 22 juin, Mackenzie signale l’assassinat de 4 colons ayant eu lieu dans la semaine. De nouveau, la situation est explosive.

Le 29 septembre, MacKenzie s’empare d’un important campement Comanche, sur les rives de la Rivière Rouge. L’opération permet de détruire 262 foyers et la capture de 120 femmes et enfants. Ces derniers sont amenés comme otages à fort Concho, en attendant leur échange avec des captives blanches. Chez les indiens, qui n’ont pas l’habitude de voir la situation s’inverser, c’est le choc.

Dans le même temps, de nombreux chefs Kiowas, qui se sont rendus à Washington, ont pris conscience de la puissance des Blancs et acceptent de se sédentariser. Le Friends Committee, une organisation Quaker qui supervise les agences des affaires indiennes au Kansas et dans les Territoires Indiens, militent pour la libération de Satanta et Big Tree, argumentant que cela les motiverait pour adopter une bonne conduite, et augmenterait les chances de voir libérer les captives des Comanches. Dans l’éventualité d’un accord, les prisonniers de fort Concho seraient rendus à  leur peuple.

Courant 1873, après quelques hésitations, le gouverneur Davis accepte de libérer sur parole Satanta et Big Tree. La prison a complètement annihilé la combativité de Satanta, et même le jeune Big Tree a pris conscience de la puissance des Blancs. Même les plus virulents des Kiowas, comme Lone Wolf, commencent à accepter l’idée de se sédentariser.

LA GUERRE DE LA RIVIERE ROUGE

Les Comanches, eux, reprennent les raids. En réaction, l’agent James Harworth, qui a remplacé Lawrie Tatum, décide d’arrêter la distribution des rations. Cette décision entraîne la colère des indiens qui n’étaient pas impliqués dans ces raids, et la situation empire quand le gouvernement fédéral accepte la décision d’Harworth. Répondant par le mépris aux sanctions,  les Comanches continuent les pillages, rejoints dans leurs raids par de nombreux jeunes guerriers Kiowas.

Même quand elles sont distribuées, les rations ne sont toutefois pas adaptées car les quantités ont été calculées en considérant que les Indiens continueraient à chasser le bison. Hors, dans les années 1870, les bisons, victimes de l’industrie du cuir, abattus par milliers par les Blancs, commencent à se faire rare. Après trois années de chasse intensive, les bisons disparaissent complètement de la  région de Cimarron River, Oklahoma. Les chasseurs se dirigent alors vers le sud, au cœur des Territoires Indiens et au Texas, dans des lieux que les Indiens considèrent comme leurs territoires de chasse réservés.

Emplacement des réserves au début de la guerre de la Rivière Rouge (carte Texas Historical Commission)
Emplacement des réserves au début de la guerre de la Rivière Rouge (carte Texas Historical Commission)

En plus de bisons, les Arapahos et les Cheyennes manquent de ressources, victimes des voleurs de bétails et des pillards venus du Texas. Les trafiquants d’alcool prennent avantage de cette situation désespérée, et l’alcoolisme devient une plaie au sein des tribus. En mai 1874, la situation explose quand des voleurs de bétail blancs volent 47 poneys. Des guerriers se lancent vainement à leur poursuite. En compensation, ils cherchent à s’emparer d’un troupeau près de la frontière du Kansas et se heurtent à un détachement de cavalerie. Au Kansas et dans les Territoires Indiens, les accrochages, souvent meurtriers, se multiplient et, dans le nord du Texas, les Indiens commencent à s’attaquer aux chasseurs de bison La région devient extrêmement dangereuse. Entre le 30 septembre 1873 et le 30 septembre 1874, 60 personnes sont tuées par les Indiens. Pourtant, les autorités font des efforts, MacKenzie et son 4ème de cavalerie parcoure inlassablement la zone et le chef du département, le général Christopher C. Augur organise de nombreuses expéditions de repérage. Ces opérations entraînent la mort de 32 guerriers, ce qui est important au regard des effectifs des indiens.

Parmi les victimes se trouve le fils et le neveu de Lone Wolf. Evidemment, le vieux chef se lance sur le chemin de la vengeance. Le 1er mai 1874, il rejoint un raid qui se dirige vers le sud, avec comme but de récupérer le corps de son fils et de mettre à feu et à sang la frontière du Texas.

LA PROPHETIE D’ISATAI

C’est au cours de cette période trouble que surgit le personnage d’Isatai. Bien que très jeune, n’ayant jamais connu le combat, Isatai réussit à acquérir un statut de messie. L’homme-médecine convertit énormément de guerriers avec ses prédictions annonçant la défaite des Blancs et le retour des bisons. Parmi les convertis se trouve Quanah Parker. En mai 1874, Isatai organise une Danse du Soleil, un cérémonial connu des indiens des plaines mais étrangère aux Comanches. Au cours de ce rassemblement, il impressionne les Indiens et renforce son aura de messie. Avide de venger la mort d’un oncle cher, il appelle à la guerre sainte. Il a le soutien de Quanah Parker, chef respecté. Ce dernier expose son plan aux autres chefs qui l’acceptent. Son projet est d’attaquer le campement de chasseurs de bison d’Adobe Walls, lieu-même ou Kit Carson, dix ans plus tôt avait affronté les Kiowas. Mais tout ne va se passer comme prévu.

A l’aube de 27 juin, les Indiens se rassemblent sur les crêtes dominant Adobe Walls. Sur le site résident 28 hommes et une femme, tous chasseurs ou commerçants. Ces derniers, qui sont prévenus de l’arrivée des Indiens, ont consolidé les maisons. Quand les Indiens attaquent, la plupart se sont réfugiés à l’intérieur des maisons, armés de leurs puissants fusils à bison. Quand Quenah Parker et ses partisans atteignent Adobe Walls, ils sont accueillis par un feu nourri. Ne pouvant prendre les maisons d’assaut, ils commencent à établir un siège avant de se résigner à retraiter. Au cours de ce fiasco, les Indiens ont perdus 13 guerriers, contre 3 pour les chasseurs. Quenah Parker est blessé. Isatai, désavoué, est alors publiquement humilié. Son « règne » n’aura finalement duré que l’espace de quelques mois.

Guerriers comanches
Guerriers comanches

LA CAMPAGNE DE L’ETE 1874

Les Comanches et les Cheyennes sont sur le sentier de la guerre, mais ils ont besoin du soutien des Kiowas pour avoir une chance de succès. Malheureusement pour eux, le parti de la paix, dirigé par Kicking Bird, est majoritaire chez les Kiowas. Lors de la réunion, presque tous les chefs et les hommes-médecines, prudents, jouent la carte de la sagesse, et optent pour la paix. Kicking Bird et les trois quarts de la nation Kiowa se rendent alors à fort Sill, les guerriers s’enrôlant comme auxiliaires neutres, abandonnant Lone Wolf et ses quelques partisans à leur vendetta (entouré de ses 27 derniers partisans, il se rendra en 1875 et mourra dans une prison de Floride en 1879, victime de la malaria).

Sheridan, qui commande désormais la Division Militaire du Missouri avec le grade de Lieutenant Général, organise une expédition majeure au cours de laquelle cinq colonnes seront chargées de nettoyer la région où se trouvent les bandes d’indiens insoumis. Ces colonnes comprennent des unités d’infanterie et de cavalerie et sont divisées comme suit : le colonel Nelson A. Miles doit se diriger vers le sud du Kansas avec de la cavalerie et de l’infanterie ; le major William R. Price vers l’est du Nouveau-Mexique avec de la cavalerie ; MacKenzie devra prendre la direction du nord ; le colonel George Buell vers le nord-ouest, dans les grandes plaines du Texas avec de la cavalerie ; et le lieutenant John W. Davidson à l’ouest de fort Sill. Le but de l’opération étant de cerner les pillards indiens pour les contraindre à rentrer dans leurs réserves.

Charles M. Robinson (Osprey)
Carte Charles M. Robinson (Osprey 2003)

A Darlington, environ 10% des Cheyennes sont restés dans leurs réserves, et la situation est si tendue que l’agent des Affaires Indiennes réclame de la protection militaire. L’arrivée d’une compagnie coïncide avec celle d’une bande de Comanches, et les Kiowas du chef Lone Wolf ont également été aperçus dans la région. Le commandant de la Réserve, le capitaine Gaines Lawson, réclame alors des renforts. Le colonel Davidson accepte de lui envoyer 4 compagnies de cavalerie. Si l’intention des Comanches est de déposer les armes, il en est tout autre de Lone Wolf et de ses guerriers, qui continuent les raids dans les grandes plaines.

Venue du Nord, l’infanterie de Miles arrive à la frontière du Texas, où ils repèrent une piste indienne. Alors qu’ils suivent la piste, l’avant-garde tombe dans une embuscade tendue par des Cheyennes à Prairie Dog Fork, sur les rives de la Rivière Rouge. Quand le corps principal du corps expéditionnaire arrive, les Cheyennes se replient, poursuivis par l’armée, avant de disparaître dans les canyons. La présence de Miles au Texas a cependant le défaut de dégarnir le sud du Kansas, et de laisser les raids indiens impunis. Miles est également trop sûr de lui. En effet, quand des survivants demandent protection auprès de Miles, celui-ci déclare qu’aucun Indien ne peut avoir survécu à son passage. Hors, des corps mutilés seront retrouvés plus tard.

Le 28 septembre, les Indiens subissent l’un de leur plus gros revers. Après avoir mis pied à terre et progressé discrètement dans l’obscurité, les cavaliers de MacKenzie tombe sur plusieurs campements  indiens à Palo Duro Canyon. Bien que de nombreux indiens parviennent à s’enfuir, les campements sont détruits et les soldats capturent un millier de poneys. Les indiens, désormais privés de montures, n’ont  plus d’autres choix que de regagner les réserves pour se rendre. Satanta lui-même arrive à Darlington le 4 octobre. Bien qu’aucune preuve ne soit établi sur ses responsabilités, il est considéré comme complice des exactions et remit en prison. Il se suicidera 4 ans plus tard.

Le 2 juin 1875, la reddition de Quanah Parker mit un terme définitif à la guerre, l’impétueux guerrier est transféré à fort Marion, en Floride, pour être emprisonné 4 ans. Quelques petites opérations continuent d’être menées contre des petits groupes et des bandes isolées pendant 2 ans, mais les 150 années de conflit dans les plaines du sud sont terminées.

Il ne fut jamais discuté des circonstances qui mirent un point final à la guerre de la Rivière Rouge. En réalité, le niveau de difficulté rencontré par les soldats fut exagéré par le mythe. Bien que la région soit très aride, et les hommes toujours en quête d’eau potable (certains soldats de Miles allèrent jusqu’à souffrir les veines pour hydrater leurs langues gonflées par la chaleur), les troupes conservèrent toujours une grande mobilité et sillonnèrent consciencieusement la région. Et bien que les implantations de colons soient réparties sur tout le territoire, les soldats ne furent jamais bien loin. De plus, ils étaient dirigés par des officiers compétents, à l’état-major (Hancock et surtout Sheridan) et sur le terrain (MacKenzie étant assurément le plus doué). Au final, il n’y eut que peu d’obstacles que les soldats ne purent surmonter. Les Indiens, d’un autre côté, étaient complètement désorganisés et sans le soutien de la majorité des Kiowas, leurs capacités à nuire furent limitées.

 

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