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C’était un grand gaillard plutôt mince, avec un visage assez large, un nez fin, de longs cheveux blonds et des yeux bruns presque noirs. Sa barbe était tressée. Un talisman d’argent gravé de runes braillait à son cou. Un bonnet de laine lui couvrait la tête, d’une couleur rouge assortie à sa cape galonnée maintenue sur l’épaule par une fibule cruciforme. Il portait une tunique grise lui tombant jusqu’aux genoux, resserrée à la taille par une ceinture de cuir rehaussée de plaques de métal. Un couteau, une bourse et une longue épée en partie cachée sous sa cape pendaient, accrochés à la ceinture. Il fit halte sur le seuil de la grande salle, regarda tour à tour les soldats, Gauzlin, Eudes puis Gisèle debout aux côtés de l’évêque. …

vers 897, Abbon, un moine de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés, couchait sur le papier un poème de 1393 vers latins contant les événements ayant marqué Le siège de Paris par les Normands, qui se déroula durant une longue période allant de 885 à 887, et dont il fut le témoin oculaire. Un texte qui reste aujourd’hui la seule source authentique concernant ce haut fait historique. C’est en se basant sur le récit d’Abbon, et en s’appuyant des superbes travaux de Régis Boyer sur la civilisation nordique, réunis en de nombreux ouvrages – dont je vous recommande chaudement la lecture si cela n’est pas encore fait! – que Joëlle Delacroix a pu mettre en forme son roman intitulé Le siège de Paris par les Vikings.

Edité en deux tomes (Les Vikings sur la Seine et Le choix de Þorgils) chez L’Harmattan, Le siège de Paris par les Vikings est un roman historique mouvementé ayant comme personnages principaux un jeune noble viking et un prince (et futur roi !) d’ascendance franque et saxonne. Au fil des pages qui composent cette histoire d’environ 600 pages, ces deux hommes, Þorgils, le prisonnier, et Eudes, son geôlier, vont apprendre l’un de l’autre pour, progressivement, accepter leurs différences et finalement s’apprécier. De ce rapport impliquant de nombreux protagonistes francs et vikings, à l’entame très conflictuelle, va naître une vassalité mais également une sincère amitié. Plongés dans un environnement violent, soumis au choc entre deux mondes, þorgils et Eudes devront se résoudre à faire des choix difficiles, leurs esprits tiraillés entre les sentiments qui les lient et la fidélité qu’ils doivent à leurs familles, leurs peuples et leur foi.

Usant d’une plume agréable (qui m’a rappelé l’élégante écriture de Violaine Vanoyeke), la romancière se sert de la fiction pour entraîner le lecteur à visiter sans ennui le royaume franc du IX° siècle. Sans être exhaustif, le panorama culturel, social, politique et religieux est très riche. Tout en prenant bien garde d’éviter le manichéisme hérité des a priori entretenus par des siècles d’endoctrinement chrétien, Joëlle Delacroix nous dresse un intéressant portrait sur ces « âges sombres », s’attardant sur les relations entre le pouvoir et l’Eglise, les us et coutumes de envahisseurs « danois », et, bien entendu, la vie quotidienne dans les villes( plus particulièrement Paris, bien entendu), les campagnes… et les camps militaires.

Ce roman fourmille donc d’informations (l’amateur de civilisation norroise appréciera le choix de l’auteur d’user de l’alphabet scandinave pour les noms, les objets typiques et les cérémoniaux vikings), c’est bien, mais, parfois, cela a pour conséquence de voir l’intrigue s’effacer derrière le descriptif documentaire. Et c’est bien le seul petit reproche que l’on peut faire à Joëlle Delacroix qui, comme bon nombre de ses confrères, ne parvient pas toujours à éviter le piège d’une narration trop descriptive génitrice de longueurs, comme quand, pour la énième fois, elle nous décrit en détail la séquence d’habillement d’un homme d’arme ou les observations d’un étranger païen sur le monde qui l’entoure. En fait, le récit aurait gagné à être plus tendu, moins descriptif, tout en veillant à conserver l’aspect historique. Un équilibre délicat à atteindre. Un exercice difficile.

Au final, quand on dresse un bilan sur cette œuvre, force est de dire que les petits défauts précités sont bien peu de chose comparés à sa richesse documentaire et à sa puissance pédagogique. Avec son histoire simple, accessible à tous les lectorats (adultes), son énergie développée dans les séquences de combat, ses personnages attachants, ses amours courtois (la romance entre Eudes et Gisèle dégage une agréable fragrance romanesque), et ses détestables méchants, Le siège de Paris par les Vikings est un excellent moyen de s’instruire tout en se distrayant.

Ma note: 4/5

LE SIEGE DE PARIS PAR LES VIKINGS
Un roman en deux tomes de Joëlle Delacroix
Paru aux éditions L’Harmattan
Nouvelle édition juillet 2016
616 pages. 26€ (tome 1) et 28€ (tome 2)

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