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30 idées reçues sur la guerre du Pacifique. Faisant le gros titre du nouveau du nouveau numéro de Guerres & Histoire, cette accroche évoquant les méthodes de la presse sensationnelle a de quoi attirer le chaland mais également intriguer le lecteur plus averti. Dans un certains sens, la mise en importance de l’annonce n’est pas mensongère, ce dossier central, fort de 21 pages (sur les 98 que compte le magazine) renoue avec l’ancienne ligne éditoriale qui offrait des dossiers plus denses que dans cette « nouvelle formule ». Ce n’est pas sans un certain intérêt que je me suis lancé dans la lecture de cette série d’articles visant à remettre les choses à leur juste place.

En fait, ce dossier est une bonne initiative dans sa démarche: une mise au point. Dans ces 30 textes, aucune révélation – en même temps, ce n’est pas la mission de G&H, purement journalistique – mais de nombreux rappels qui, une fois mis bout à bout, nous offre un panorama nettement plus juste sur la « guerre du Pacifique ». Il est également vrai que certaines idées reçues, fruit de la propagande occidentale et plus particulièrement des Américains, ont la vie dure et qu’il est bon, parfois, de rappeler que les Japonais n’étaient pas plus des fanatiques que les autres, que la guerre a mobilisé plus de troupes et de moyen en Asie continentale (particulièrement en Chine) que dans le Pacifique, que la reddition du Japon doit autant (sinon plus) à la menace soviétique qu’aux dégâts des bombes sur Hiroshima et Nagasaki, que Yamamoto n’était pas le pacifique que l’on a bien voulu le dire et que l’aura de gloire de MacArthur tient un peu de l’escroquerie et de la manipulation médiatique. Bref, si l’amateur éclairé sur le conflit n’apprendra rien en lisant ce dossier, force est de dire que ce travail de synthèse apparaît comme l’occasion de s’offrir une bonne révision sur le sujet.

Mais, comme on le sait désormais, Guerres & Histoire, ce n’est pas un dossier central accompagné de textes faisant office de remplissage. Une fois encore, ce numéro brille par son éclectisme et la qualité de ses articles de vulgarisation. Ainsi, à ceux qui, nourri aux grands classiques hollywoodiens, pensaient que les Indes ont toujours été la chasse réservée des Britanniques, Fadi El Hage apprend que jusqu’au revers de Plassey et la défaite du nawab face aux troupes de l’East India Company, le 23 juin 1757, les Français tenaient une grande place dans la politique et l’économie coloniale du Bengale. Un chouette article qui en attend d’autres, l’histoire coloniale de l’Inde composant un superbe champ investigation.

Passionnant le témoignage de Jean-Michel Caffin. Cet ancien militaire français qui s’est engagé dans l’armée rhodésienne pour participer à la lutte contre la guérilla nous amène dans ce qu’est aujourdhui le Zimbabwe. Cette interview est intéressant à deux titres. L’opératif, Jean-Michel Caffin nous détaillant la nature de ses missions et les moyens (limités) dont il disposait et géo-politique, l’histoire de la Rhodésie étant un thème peu exploré par la presse spécialisée.

Autre texte qui a particulièrement retenu mon attention: l’article de Pierre Jardin (que je ne connaissais pas) sur Erich Ludendorff. le moins que l’on puisse dire, c’est que l’auteur ne met pas de gants – et c’est tant mieux! – quand il nous retrace la carrière militaire de ce personnage détestable. Erich Ludendorff fut, après-guerre, l’un des principaux animateur de la théorie complotiste du « coup de couteau dans le dos ». Il s’acharna à saper les efforts fédérateurs de la république de Weimar et facilita l’ascension du régime nazi, dont il partageait quelques idées. Toutefois, si le civil est haïssable, le militaire reste l’un des grands généraux de la première guerre mondiale. Un homme couvert de lauriers… que Pierre Jardin se fait un plaisir de couper, sa plume faisant office de sécateur. Car Pierre jardin nous explique si Erich Ludendorff fut un bon (et bon pas un grand) tacticien, il n’avait aucune maîtrise de l’art opératif, de la stratégie et de la politique. Une méconnaissance qui était en grande partie due à son ego surdimensionné et son caractère irascible. A lire. Franchement.

jamais un numéro de G&H sans un petit tour dans le monde classique d’Eric Tréguier! Il nous cause cette fois-ci de l’armée thébaine, et plus particulièrement du célèbre Hieros Lochos, ce bataillon sacré raconté par Plutarque. Quelques lignes suffisent à ce spécialiste pour démystifier cette unité d’élite, dont la principale spécificité n’était pas de rassembler des soldats homosexuels mais d’être un vrai bataillon de professionnels, soldés et entretenus par la cité. Le cœur de métier d’une petite armée de citoyens qui, sous les ordre d’Epiminondas, le 6 juillet 371, dans la plaine de Leuctres, réalisa l’exploit d’écraser la redoutable armée spartiate pour mettre fin à l’hégémonie de la cité du Péloponnèse sur la Grèce.

Dans un article qui méritait d’être plus développé, Michel Goya nous raconte l’histoire des troupes de marine avec un récit qui part de leur création par Richelieu, en 1622, jusqu’aux actuels régiments de marsouins et de bigors. Pour l’occasion, l’auteur réalise une synthèse des principales opérations où furent engagés ces marins de terre ferme et met en évidence les rapports étroits qui lient les troupes de marines et les régiments étrangers de colonial et de légion, jusqu’à leur fusion sous une unique autorité.

Enfin, pour ce qui est du matériel. Laurent Henninger nous raconte l’histoire de la bombarde et nous explique, de manière claire, les raisons de son abandon pour le canon, alors qu’Eric Tréguier nous expose en quelques lignes les propriétés et les vertus de la dolabra, l’outil à tout faire du légionnaire.

A noter que la rubrique Caméra au Poing, dont le principe repose sur le documentaire-photo, est consacré la campagne d’Ethiopie lancé par le Duce en 1935.

Ma note: 4/5

Guerres & Histoire n°33
Bimestriel – octobre 2016
5,95€

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