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Au premier regard lancé sur la couverture du nouveau numéro de Guerres & Histoire, qui affiche fièrement un portrait de Napoléon Bonaparte, on pourrait penser que le rédactionnel de la revue est rentrée dans le rang. On ne compte plus, en effet, le nombre de périodiques à thème napoléonien qui inonde régulièrement les linéaires des maisons de presse. Oui, mais voilà, une fois encore, G&H surprend le lecteur qui a eu la bonne idée de passer outre cette première impression, en lui proposant un dossier central qui a le mérite de d’adopter des angles d’approche novateurs (du moins dans le domaine de l’article journalistique).

Il y a quelques temps, je regrettais, à l’occasion de l’un de mes précédents billets, la décision de G&H de réduire la pagination de leurs dossiers centraux. Avec ce dernier, consacré aux campagnes d’Italie de Napoléon Bonaparte, Jean Lopez et ses collaborateurs me prouvent par les faits que la quantité ne fait pas la qualité. En effet, en moins d’une vingtaine de pages, cette compilation d’informations couvre de manière précise et concise les principaux aspects (sans être exhaustif) de ces campagnes militaires, en s’appuyant sur le panel de compétences, aussi varié que précieux, de ses rédacteurs. Une interview de Patrice Gueniffrey – spécialiste de la Révolution et de l’Empire – par Antoine Reverchon nous instruit sur les événements et les influences qui ont amené Napoléon Bonaparte à la tête de la « petite » armée d’Italie. Benoist Bihan, en grand spécialiste de stratégie, nous présente une analyse de cette armée et met en évidence les spécificités de ce qui peut être appréhendé comme une « proto-grande armée ». L’article de Stéphane Béraud est un récapitulatif chronologique de la première campagne d’Italie (1796-1797), effectué à grands renforts de cartes et de diagrammes explicites – notamment dans son aspect opérationnel. Enfin, Patrick Bouhet conclut ce joli dossier par un décryptage, en huit points, des principes de la méthode napoléonienne, déjà présente en Italie, qui a radicalement changé l’art de la guerre.

Au coté de ce très intéressant dossier figure également un lot d’articles on moins passionnants.

Ce mois-ci, l’Interview Exclusive est celle de Kurt Schulze, ancien pilote de la luftwaffle qui, basé en Finlande lors de l’hiver 1944, fit partie de l’escadrille qui fut envoyé – bien trop tard – à la rescousse du Tirpitz.

La rubrique Chasse aux mythes est dédiée à la bataille d’Actium. Fidèle à son habitude, avec style et clarté, Frédéric Bey nous instruit sur le fait que, une fois n’est pas coutume, la véracité historique n’est pas très éloignée des scénarios hollywoodiens.

Morgarten 1315 est La bataille oubliée de ce numéro 34. Le 15 novembre de cette année, une armée populaire réunissant trois cantons suisses, inférieure en nombre, écrase le corps expéditionnaire impérial commandé par Léopold 1er, duc d’Autriche et de Styrie. Un article intéressant d’Eric Tréguier sur une bataille « qui va devenir, avec le temps, l’élément fondateur de l’indépendance helvète ».

Côté Armes, Jean Lopez nous offre une rapide présentation du redoutable panzerfaust, alors que Benoist Bihan s’est penché sur « l’affaire » Starfighter F-104g, ce chasseur américain qui équipa la jeune aviation ouest-allemande, et qui fut à la fois un fiasco dans son utilisation (117 pilotes tués dans des accidents) et un scandale politique et financier.

A l’occasion de la rubrique Etats de service, Nicolas Aubin ne se montre pas tendre avec le général Gamelin. Il est vrai, comme nous l’expose le journaliste, que celui qui était en charge de l’armée française en 1940 démontra en de nombreuses occasions son inaptitude à remplir cette fonction, à la fois dans le domaine politique et le domaine stratégique.

Le cinéma d’après-guerre n’a pas manqué de récupérer l’extraordinaire imagerie que génère les hommes-torpilles italiens. Dans son article Decima MAS : l’Italie invente les nageurs de combat, Cédric Mas nous raconte l’histoire de ces troupes d’élite qui furent le fer de lance d’une Regia Marina  toujours en souffrance.

Enfin, pour en finir avec la présentation de ce numéro, c’est la bataille de la Somme 1916 qui est le sujet de l’habituelle rubrique Caméra au poing, avec une série de photos d’archive témoignant de la violence des combats.

Bref, un excellent numéro 34.

Ma note : 4,5/5

Guerres & Histoire n°34 –
Bimestriel – Décembre 2016
98 pages – 5,95€

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