Cherchant au-delà des idées reçues et des vieilles certitudes, vous avez toujours eu l’envie d’en savoir un peu plus sur le véritable quotidien des Romains ? S.P.Q.R. est fait pour vous. L’historienne et chercheuse Mary Beard, à travers ce magistral ouvrage de 590 pages invite le lecteur à pénétrer dans la discrétion des institutions romaines pour y découvrir une vérité assez éloignée, mais tout aussi extraordinaire, de ce qui est appris dans les livres scolaires.

Construit à partir des résultats des toutes dernières recherches archéologiques et documentaires, S.P.Q.R. soulève un grand nombre de questions (par exemple, par quel miracle les classes dirigeantes ont réussi à conserver le contrôle de cette gigantesque entité politique dépourvue de corps de police) et tente d’y répondre par l’analyse de ces diverses sources. L’étude, qui prend comme élément de départ l’oratoire de Cicéron devant le Sénat, où il condamne la tentative de coup d’état de Catilina, s’étend de la création de Rome à l’an 212, quand l’empereur Caracalla décréta que tout habitant libre de l’Empire serait désormais un citoyen romain à part entière.

La période étudiée s’étend donc sur plusieurs siècles, durant lesquels Rome connut trois phases – la royauté, la république et l’empire – et une extension territoriale dont le processus spasmodique est assez difficile à dessiner précisément. Mary Beard entame son ouvrage par une étude pertinente du mythe fondateur, qui servit « d’instrument » politique et philosophique aux penseurs et puissants des générations suivantes. La période tardive étant plus riche est ressources archéologiques, c’est celle qui bénéficie de la plus grande place dans l’ouvrage. Mais, comme l’écrit Mary Beard, « S.P.Q.R. n’est pas un simple exercice d’admiration, aussi l’historienne se penche à croiser les sources pour en tirer d’étonnantes révélations, également génératrices de questionnements bienvenus.

Dans S.P.Q.R., Mary Beard ne parle pas que de conquêtes et de grandes batailles. Non, son objectif est de nous guider dans les rues d’une cité noyée dans les brumes du passé pour participer à un passionnant état des lieux. Le lecteur, captivé par la plume romanesque de l’historienne, va ainsi se voir offrir de pertinents points du vue sur les classes dirigeantes, mais également sur les classes populaires, cette plèbe qui eut une grande influence sur l’histoire de Rome, et les esclaves, dont le statut était nettement moins défini qu’on ne le croit.

S.P.Q.R. est une œuvre passionnante, si riche en pistes de réflexion qu’elle très difficile à résumer en quelques lignes. Avec ce livre, Mary Beard nous encourage à de multiples questionnements, qui mettent à mal toutes les idées reçues, héritées des auteurs modernes qui ne s’appuyaient que sur des textes latins à l’objectivité douteuse. Ainsi, avec S.P.Q.R., Julius Caesar, Catilina, Caius « Caligula », Domitien ou Néron, dédiabolisés, perdent un peu de leur couleur romanesque exploitée par Shakespeare ou Cinécittà, pour y gagner plus de crédit, en qualité d’élément d’investigation.

Un must have

Ma note: 4.5/5

S.P.Q.R (GB / 2016)
Un livre de Mary Beard
Paru aux éditions Perrin (décembre 2016)
590 pages
26€

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