Au cours de la première moitié du IX° siècle avant notre ère, le royaume d’Israël, dirigé alors par le roi Achab, était l’une des trois puissances dominantes établies dans la région syrienne, avec les royaumes d’Aram-Damas et de Hama. En 856 av. JC, le roi d’Israel,  Achab, régnait sur un territoire limité au nord par la cité de Tyr et la rive ouest du Jourdain. Le roi d’Hama, Irhuleni, dirigeait une contrée allant du nord de Tyr aux rives de l’Orontes, alors qu’Adad-idri, roi d’Aram-Damas, régnait sur les peuples établis à l’ouest du Jourdain. A cette époque, le royaume « sudiste » de Juda avait perdu son indépendance, et agissait sous l’influence de ces puissances du nord qui, malgré quelques rivalités locales, vivaient en bon voisinage et faisaient commerce, collaborant même parfois à de grands projets communs.

Mais, en cette année 856 av.JC, une nouvelle venue du nord ébranla la tranquillité de la région. Le roi assyrien Salmanazar III détruisait le royaume anatolien de Til-Barsip et annexait la région, créant ainsi une menace sur le nord de la Syrie. Jusqu’alors, les royaumes syriens s’étaient résignés à verser tribu à leur puissant voisin assyrien, en échange de tranquillité et d’un accès aux riches routes commerciales vers la Mésopotamie, mais cette expansion géographique de l’empire assyrien les encouragea à signer un traité d’alliance défensif. On ne sait pas si c’est la signature de ce traité qui influença le roi Salmanazar III mais, quoi qu’il en soit, au début de l’été 853, après avoir pacifié les régions du Tigre et de l’Euphrate et assis sa domination sur Karkemish et Aleppo,  les deux autres grandes cités établies au nord de la Syrie, l’armée assyrienne traversait l’Orontes pour pénétrer dans le nord du territoire d’Hama. Si l’on en croit les inscriptions gravées sur le monolithe de Kurkh (visible au British Museum) la seule source témoignant de cette campagne), la progression de l’armée assyrienne fut aussi rapide que foudroyante, Salmanazar III détruisant toutes les cités ennemies osant lui opposer une résistance, jusqu’à son arrivée dans la région de Qarqar.

char assyrien

Établie sur la rive est de l’Orontes, Qarqar se trouvait à seulement une cinquantaine de kilomètres d’Hama, et se posait comme une porte d’entrée vers la Syrie et les territoires du sud. Après avoir pillé et rasé Qarqar, Salmanazar III s’apprêtait à continuer sa progression vers le sud quand il apprit qu’une importante armée se présentait en face de lui. L’armée envoyée pour arrêter l’avance assyrienne était une coalition réunissant des contingents issus d’une douzaine de royaumes de Syrie, mais aussi de Cisjordanie, de Palestine, de Phénicie, d’Arabie et même d’Egypte. Evidemment, les royaumes d’Hama, d’Israël et d’Aram-Damas étaient les plus gros contributeurs à cette force. Cette armée syrienne, selon les sources assyriennes, réunissait 40,000 fantassins, 1,900 cavaliers et 3,900 chars, plus 22,000 hommes supplémentaires apportés par les alliés secondaires. Bien plus que l’armée assyrienne, qui, si l’on se fie aux anciens textes, n’engagea jamais plus de 2,000 chars dans une bataille.

Côté allié, le plus gros contingent était celui d’Israël, avec 10,000 fantassins, 700 cavaliers et 2,000 chars. Un chiffre très important pour l’époque, et remarquable pour un si petit pays, quand on le compare au puissant empire assyrien. On sait aujourd’hui que ces chiffres sont probablement faux. Les recherches archéologiques sur le site de Samarie (capitale du royaume d’Israel ) et dans d’autres cités d’importantes, comme Megiddo, démontre que le royaume d’Israel était incapable de lever autant de chars. Il est possible que, comme souvent, les Assyriens aient exagéré les chiffres de l’armée ennemie, pour accorder plus de gloire à leur roi. Une autre explication possible : ces chiffres prennent en compte les contingents venus de Juda, de Moab, d’Edom, de Tyr et de Sidon. Les textes bibliques précisent en effet  qu’à cette époque ces puissances étaient assujetties ou alliées au royaume d’Israël (ainsi, le roi Achab était marié à Jézabel, fille du roi de Sidon).

qarqar 2

Quoiqu’il en soit, les effectifs de l’armée syrienne étaient bien plus importants que ceux de Salmanazar III. Ce dernier bénéficiait toutefois d’une bonne logistique, les cités de la région étant toutes sous son contrôle. Le rencontre entre les deux armées se traduisit par un engagement extrêmement violent. Le monolithe de Kurkh rapporte que les Assyriens combattirent avec bravoure, faisant de nombreuses victimes dans les rangs ennemis, mais ils finirent par être submergés par le nombre. Au bout de plusieurs heures de combat, afin d’éviter la totale destruction de son armée, Salmanazar III ordonna alors la retraite. Mais la manœuvre s’avérait délicate car, pour échapper à l’ennemi, l’armée assyrienne devait retraverser l’Orontes. Le roi Assyrien prit alors une initiative étonnante qui contribua à faire entrer cette bataille de Qarqar dans la légende. Pour permettre à son armée de franchir le fleuve, Salmanazar III ordonna à ses hommes de construire un barrage sur l’Orontes, en utilisant comme matériaux les corps des soldats ennemis! Dans le même temps, il confiait à une arrière-garde la mission de retarder le plus longtemps possible l’avance des Syriens, en sachant très bien qu’il ordonnait à ces hommes de se sacrifier. Finalement, grâce à cette digue humaine, composée de plus de 15,000 corps ennemis (chiffre probablement exagéré, en admettant que l’anecdote soit vraie), Salmanazar put franchir l’Orontes et sauver le gros de son armée.

La coalition sortait vainqueur de la bataille. Salmanazar III, temporairement découragé, ne se présenta plus à l’ouest de l’Euphrate durant les trois années qui suivirent. Mais quand il revint en 849 (puis en 848 et en 845), ce fut porté par un fort sentiment de revanche. Quand au roi Achab, il ne profita guère de sa victoire puisqu’il mourut peu de temps après.

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