Fan de la précision de trait de Jean-Yves Delitte, j’avais été un brin déçu de découvrir que le premier album de la série Les grandes batailles navales, sil était bien scénarisé par ce grand spécialiste de l’histoire navale, avait été couchée sur la papier par Denis Béchu. Loin de vouloir faire offense à ce talentueux artiste, à qui l’on doit les dessins d’In Nomine (une série éso chez Soleil, sur des scénarios d’Olivier Péru), je continue de penser que cette série historique éditée par Glénat, avec le soutien du Musée National de la Marine, aurait dû être inaugurée par son initiateur, qui est Jean-Yves Delitte.

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J’ai donc été ravi de constater que les deux albums suivants, consacrées aux batailles du Jutland (31 mai 1916) et de la Chesapeake (5 septembre 1781), étaient signés par Jean-Yves Delitte, au scénario comme au dessin. J’ai eu la joie de retrouver donc – déployées sur quelques planches – l’élégance et la précision architecturale de ce grand dessinateur, et d’admirer le spectacle que compose ces magnifiques vaisseaux de lignes de l’ancien Régime ou les dreadnoughts de la première guerre mondiale.

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Oui, sur quelques planches, car dans ces deux bandes dessinées, Jean-Yves Delitte réitère l’approche mise en œuvre sur Tafalgar. En effet, il semble qu’avec cette série, Jean-Yves Delitte ait adopté le point de vue de la « mise en contexte », avec des scénarios qui entrainent plus le lecteur à s’imprégner de la situation politique et historique qu’à se faire le témoin d’un affrontement naval. Comme dans Traflagar, l’auteur nous invite à suivre quelques instants de la vie de contemporains (plus ou moins anonymes) et à partager leur quotidien, à ressentir leurs aspirations. Le traitement de la bataille, à proprement parler, se résume à quelques cases et deux superbes planches en double-page (une par album) où Jean-Yves Delitte nous donne un aperçu de son immense talent. Pour en savoir plus sur les combats, l’intéréssé devra donc se reporter aux dossiers historiques présentés en fin d’albums (également rédigés par Jean-Yves Delitte).

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Ce choix conceptuel ne diminue en rien (enfin, si, un petit peu quand même, de mon point de vue) le niveau d’intérêt présenté par ces deux albums, Jean-Yves Delitte ayant plusieurs cordes à son arc, dont celle du romanesque. Ainsi, dans Jutland, l’on se prend à s’attacher au personnage Erik Klein, volontaire alsaciens rêvant de devenir pilote de chasse, et se retrouvant, pour son malheur, embarqué comme simple matelot sur un torpilleur de la kriegsmarine. Dans Chesapeake, la vue est plus générale, mais des personnages sortent du lot et nous imprègnent de l’ambiance, comme Donald, le rebelle-espion virginien, qui respire une atmosphère qui a évoqué en moi la série TURN (que je vous conseille chaudement si vous vous intéressez à la période !).

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Bref, si la série Les grandes batailles navales ne correspond pas vraiment à mes attentes, le résultat ne me déçoit pas pour autant, et c’est sans hésitation que je vais investir dans les prochains opus (déjà annoncés TSuhima, Lépante, Hampton Road, Stamford Bridge et Salamine).

Ma note générale : 4/5

JUTLAND
Scénario et dessin : Jean-Yves Delitte
Couleurs : Douchka Delitte
Paru aux éditions Glénat (février 2017)
56 pages (dont un dossier historique de 8 pages)
14,95€

CHESAPEAKE
Scénario et dessin : Jean-Yves Delitte
Couleurs : Douchka Delitte
Paru aux éditions Glénat (mars 2017)
56 pages (dont un dossier historique de 8 pages)
14,95€

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