L’opération Dynamo, autrement dit l’évacuation des troupes alliées bloquées dans la poche de Dunkerque, est l’un des faits d’armes majeurs de la seconde guerre mondiale. Bien qu’elle soit appréhendée a posteriori par les Britanniques à la manière d’une « victorieuse défaite », comme la décrit avec humour Guerres & Histoire (n°37), cette bataille de Dunkerque a rarement fait l’objet d’un traitement cinématographique de la part de nos amis d’outre-Manche. Aussi, même si je ne suis pas un adepte du cinéma de Christopher Nolan, je n’ai pas résisté une seconde à l’appel de la toile et je me suis rendu volontiers dans le cinéma de ma ville pour découvrir le spectacle proposé par ce réalisateur au style marqué, apprécié par un grand nombre de cinéphiles.

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Bon, Dunkerque, il n’y a pas à dire, c’est bien du Nolan. Un traitement fragmenté, exploitant trois sous-intrigues à travers un ordre narratif fort en flashbacks et en flash-forwards (un exercice fortement apprécié par le cinéaste), un gros effort sur le visuel (avec une magnifique photographie) et le son (le spectateur, immergé dans l’action, entend les balles siffler à ses oreilles), et une bande musicale s’incarnant en véritable « booster » d’émotions (avec le travail remarquable de Hans Zimmer). Dans Dunkerque, le spectateur est amené au plus près des protagonistes, les plans serrés sont à foison. L’ennemi, lui, reste invisible. Ici, la mort n’a pas de visage. Avec Dunkerque, Nolan cultive un contraste artistiquement intéressant entre deux éléments ; l’air et l’eau. Les séquences aériennes, superbes, dégagent une sensation de liberté, en totale opposition avec celles mettant en scène les malheurs de ces soldats évacuées, prisonniers sous les eaux dans une demi-obscurité, condamnés à la noyade. Le métrage est riche en symboles, comme ce rai de lumière synonyme de vie et ce pilote qui, suite à un amerrissage, coincé dans son cockpit qui prend l’eau, bascule soudainement dans un univers anxiogène. Bref, Dunkerque s’affirme comme artistiquement réussi, les fans de Nolan peuvent s’en réjouir. Mais quand est-il de l’amateur d’histoire militaire ? Ou, plus simplement, de l’aspect pédagogique ?

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Force est de dire que si Dunkerque se veut une reconstitution assez fidèle du véritable champ de bataille (il faut bien chercher pour y trouver quelques anachronismes), le métrage n’en est pas pour autant un objet documentaire ou pédagogique. C’est bien simple, le non-initié, en ressortant de la salle, n’en saura pas beaucoup plus sur les circonstances, les enjeux et les aboutissants de cette bataille, pas plus qu’il n’est informé sur la campagne ayant entraîné les Alliés dans cette catastrophique situation. En conséquence, le spectateur non avisé est encouragé à simplement penser « mais qu’ils sont cons ces Alliés ». Ou à ne pas penser du tout. Juste ressentir. A sa manière, avec Dunkerque, Nolan imite la démarche de Malick opérée avec La ligne rouge mais en se démarquant de l’aspect « contemplationiste » (quoique, pas toujours) pour faire de ses protagonistes des porteurs d’émotions et de valeurs humaines (le courage, l’honneur, la peur). Le problème est qu’il passe après Malick. Dur, dur…

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Avec cette approche purement émotionnelle, Nolan ignore volontairement les dimensions politiques, tactiques et stratégiques de ce drame historique, hormis lors un final totalement foiré par l’expression grandiloquente d’un patriotisme exacerbé qui frise d’autant plus le ridicule qu’il est en partie porté par le shakespearien Kenneth Brannagh (j’avoue que j’ai ri). Finalement, à la vue cet exposé risible, l’on se dit que Nolan a bien fait de rester à niveau de l’humain, bien que ce choix prive les historiens et les férus d’histoire d’un objet pédagogique qui aurait bien précieux dans leurs missions.

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Vous l’avez compris, je n’ai guère trouvé d’intérêt à ce film. Même si je n’ai pas passé un mauvais moment.

Dunkerque (USA/GB/Fr/ Pays-Bas – 2017)

titre original: Dunkirk

Réalisation et scénario: Christopher Nolan

Photographie: Hoyte van Hoytema

Musique: Hans Zimmer

Avec: Fionn Whitehead (Tommy), Damien Bonnard (le soldat français), Aneurin Barnard (Gibson), Mark Rylance (Mr Dawson), Barry Keoghan (George), Tom Hardy (Farrier), Kenneth Branagh (Cdt Bolton)…

106mn

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