Le 25 juin 1950, les forces communistes nord-coréennes franchissent le 38ème parallèle et envahissent les territoires du Sud. L’armée sud-coréenne, mal préparée, est rapidement balayée par l’ennemi, qui bénéficie d’une importante aide matérielle soviétique. Mais l’ONU intervient, puis la Chine, transformant l’invasion en un long conflit sanglant qui fera plusieurs millions de morts et qui s’achèvera par une situation de statut quo. Actuellement, les deux Corée sont toujours en situation de cessez-le-feu. Aucun traité de paix n’a été signé entre les deux belligérants. Et ceux qui suivent l’actualité internationale savent que, encore aujourd’hui, le niveau de tension entre les deux Corée reste critique.

Le débarquement d’Incheon, le 15 septembre 1950, qui sert de théâtre à ce film de John H. Lee, marque le premier tournant de ce conflit de trois années durant lesquelles forces onusiennes et communistes ont, alternativement, pris un avantage éphémère. Planifiée par le général MacArthur, cette opération amphibie de grande envergure, très risquée de par son exécution (de nuit, en pleine tempête, contre un objectif fortifié) et jouant principalement sur l’effet de surprise (frapper fort où l’ennemi est le plus fort), a permis le débarquement sur le sol sud-coréen, non loin de Séoul, d’un contingent fort de plusieurs milliers d’hommes. Force armée qui va parvenir à repousser l’envahisseur nord-coréen au-delà du 38ème parallèle.

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John H. Lee s’attarde sur le sort d’une équipe d’infiltration, commandée par le commandant Jang. Leur mission est de s’emparer de la carte d’état-major de la baie d’Incheon, afin de localiser les champs et de mines et les différentes défenses nord-coréennes. De plus, ils se voient également confier la tache de prendre le contrôle du phare de Palmido qui surplombe la baie, afin de procurer aux forces de débarquement onusiennes l’éclairage nécessaire au bon déroulement de l’opération, qui va se dérouler de nuit. Mais tout ne va pas se passer comme prévu, notamment à cause de la perspicacité et l’acharnement de l’officier nord-coréen en charge de la place. Pour s’en sortir, les espions vont devoir s’appuyer sur quelques membres du KLO, la résistance locale.

Memories of War (titre français absolument débile) se pose comme une sorte de refonte asiatique d’Inglorious Bastard sur fond de débarquement de Normandie, tout en s’appliquant à rendre le spectacle le plus réaliste possible. Car, il faut le savoir, le scénario s’inspire de faits réels. John H. Lee, reprenant la véritable histoire du commando qui a aidé à la réalisation de l’opération Chromite, nous offre une fiction qui alterne entre des séquences que l’on peut désigner sous le qualificatif « d’historique », des scènes d’action propres au cinéma asiatique (les gunfights sont assez réjouissants), des prouesses héroïques peu crédibles (qui évoquent les exploits de Fury) et des passages dramatiques cultivant un peu trop le pathos.

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Visuellement, le film est plutôt distrayant. Certes, John H. Lee n’a pas bénéficié des largesses budgétaires accordées à Spielberg, Eastwood ou Tarentino. En conséquence, les images numériques sont assez perfectibles, à la limite de la cinématique de jeu vidéo bon marché. Cette faiblesse est encore plus préjudiciable lors des séquences dialoguées, notamment celles se déroulant au QG allié. On peut y voit un MacArthur, interprété par un Liam Neeson amaigri et visiblement peu concerné par son personnage, débiter son texte devant un décor numérique baveux assez misérable. On préférera donc les passages aux cadrages plus serrés, se déroulant dans des décors réels, et exploitant le savoir-faire d’un réalisateur plutôt adroit dans la construction des scènes de combat, osant dans le démonstratif gore – Sans trop en faire.

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Pour ce qui est de l’interprétation, force est de dire que les acteurs, dans le style propre au cinéma asiatique, s’en sortent très bien. Ils arrivent même à nous faire accepter sans trop de mal les discours patriotiques lourdingues et le goût des coréens pour le pathos. En fait, s’il ne fallait critiquer qu’un seul comédien, cela serait Liam Neeson, qui semble complètement en dehors du coup et qui apparaît comme une caricature grossière d’un marin fumeur de pipe (j’ai pensé au capitaine Haddock, à Popeye, bref…). Mais, dans le fond, cela n’est pas trop grave car le personnage de MacArthur, s’il n’est pas insignifiant, n’est pas non plus le plus en vue. J’ai particulièrement apprécié Lee Beom-Soo, qui interprète le colonel Lim, le very bad guy de l’histoire. L’officier fanatique, cruel… et que la haine des américains rend quasi increvable. Dans le registre de l’ordure, il n’est pas loin d’égaler la performance de Christoph Waltz dans son rôle du colonel Landa (Inglorious Bastard). Il crève l’écran lors du climax. Quand au rôle principal, celui du lieutenant Jang, il est tenu par un comédien sympathique, archétype de la belle gueule du cinéma coréen, Lee Jung-jae.

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Enfin, il est utile de signaler que si Memories of War se concentre sur la mission d’espionnage menée par le commando du lieutenant Jang, l’aspect général de l’opération Chromite n’est pas complètement ignoré. En effet, le film lance un (léger) regard sur cette période du conflit, par le biais des réunions des états-majors onusiens et nord-coréens, mais aussi par quelques scènes consacrées à l’occupation communiste et à la reconstitution du débarquement d’Incheon (qui n’est pas sans rappeler le débarquement allié sur les plages de Normandie). Des passages qui pourront peut-être encourager le spectateur occidental à en découvrir plus sur ce conflit qui a fortement marqué la conscience collective des coréens et qui, malheureusement, a été quelque peu occulté par la guerre du Vietnam qui lui a succédé.

3 etoiles

MEMORIES OF WAR (COREE-DU-SUD / 2016)

Titre original: Opération Chromite

Réalisation: John H. Lee

Scénario: John H. Lee, Man-Hee Lee

Avec: Jung-Jae Lee (lieutenant Jang), Liam Neeson (Douglas MacArthur), Beom-su Lee (colonel Lim), Jun-ho Jeong (Seo), Se-Yeon Jin (Han)