Le 29 août 1756, l’armée prussienne de Frédéric II envahissait la Saxe, déclenchant la guerre de sept ans, ce conflit majeur que les historiens qualifient aujourd’hui de première guerre mondiale (on se battit en Europe, mais aussi aux Amériques, aux Indes, en Orient, en Afrique…). Louis XV et le cardinal de Fleury n’avaient aucun doute (ils se trompaient toutefois lourdement) sur les capacités militaires du royaume mais ils étaient bien conscients que la France ne pouvait s’engager totalement sur tous les fronts. Ils se préparaient d’ailleurs depuis quelque temps à livrer une guerre majeure et le renversement d’alliance officialisé par le traité de Versailles signé en mai 1756 annonçait leurs intentions. En connaissance de cause, ils prirent le parti, dès l’entame, de privilégier le théâtre européen. Cependant, la Nouvelle-France, contrairement à ce qu’il a souvent été dit, ne fut pas abandonnée. Les moyens investis resteraient limités mais il était inenvisageable de laisser le champ libre à la perfide Albion et à son vieux roi ‘’allemand’’, George II. Début 1756, le cabinet de la guerre était déjà donc chargé (soit plusieurs mois avant l’ouverture officielle des hostilités) de constituer un contingent de troupes régulières.

Dans un premier temps, il fallait lui trouver un général-en-chef. Un officier qui accepte de partir dans ces terres lointaines, perdant ainsi toute chance de se distinguer sur les champs de bataille européens. Autant dire que les volontaires ne formaient pas une file d’attente interminable devant les bureaux d’Argenson, le secrétaire d’état à la guerre (et ‘’meilleur ennemi’’ de La Pompadour, maitresse de Louis XV). Hors de question, toutefois, d’envoyer un incompétent en remplacement de ce pauvre Dieskau, qui libéré, se remettait très difficilement de ses blessures. Le choix d’Argenson se porta alors sur un dénommé Montcalm, un brigadier de peu de renommé mais assurément courageux puisque blessé à sept reprises lors des campagnes de Bohème et d’Italie.

compagnies franches
Compagnies franches (reconstitution)

L’enquête rapidement menée mit en lumière le portrait flatteur d’un gentilhomme au verbe haut et à l’accent chantant, apprécié de ses soldats et de ses subordonnés, goûtant très peu aux plaisirs de la Cour et préférant largement son petit domaine du sud. Seul problème, Louis-Joseph, marquis de Montcalm-Gozon de Saint-Véran, âgé de 44 ans, affichait une santé fragile (de mauvaise augure compte tenu du climat difficile propre à la Nouvelle-France). La lecture de ses lettres (et des mémoires de Bougainville) nous laisse l’image d’un homme doté d’un caractère franc et d’un esprit bien construit et généreux. Il ne fait aucun doute qu’il portait une grande affection envers ses hommes, qu’il considérait comme ses enfants. Il faut dire qu’il connaissait les difficultés de leur quotidien pour l’avoir partagé au début de sa carrière, quand il n’était qu’un simple enseigne (futur grade de sous-lieutenant) dans le régiment Hainaut. S’il était désargenté (son père était décédé en lui léguant un titre mais également de nombreuses dettes), il formait une famille heureuse avec son épouse et leurs cinq enfants et bien que d’origine modeste, il avait suivi un cursus académique dans les écoles de Nîmes. Ce ‘’Moscato des Lumières’ était donc également un intellectuel et un homme cultivé. Enfin, question formation militaire, Montcalm pouvait tirer orgueil d’une belle expérience. En 1741, il combattait en Bohème et en 1743 il était récompensé par un grade de colonel, avec la charge d’un bataillon du régiment Auxerrois. En 1746, en campagne dans l’armée de Maillebois, il était blessé (de plusieurs coups de sabre) et capturé sous les murs de Plaisance, alors qu’il tentait de rallier ses hommes. Libéré sur parole, il retourna sur le front le temps de se prendre une balle de mousquet, qui l’éloigna définitivement des champs de bataille de la guerre de succession d’Autriche.

En février 1756, Montcalm se voyait confier par le roi le commandement du corps expéditionnaire, avec un grade de major-général.

fort carillon
Fort Carillon

Montcalm et les forces françaises du Canada

Le 3 avril 1756, le marquis de Montcalm embarquait à Brest sur une frégate, la Licorne, pour faire voile vers la Nouvelle-France. Sous son commandement, les bataillons Royal-Roussillon et La Sarre (environ 1,200 hommes). Il était accompagné de ses adjoints, un brigadier et un colonel, respectivement le chevalier de Lévis et le chevalier de Bourlamaque, et l’un de ses aides-de-camp (et futur ami) portait un nom qui deviendra célèbre: Bougainville. En mai 1756, après une traversée de l’Atlantique finalement paisible (ce qui n’était pas assuré, tant la Royal Navy dominait la mer, rodant notamment près des cotes de Terre-Neuve et de Nouvelle-Ecosse), Montcalm et sa petite armée débarquait à Québec, pour se présenter devant le gouverneur Vaudreuil.

L’arrivée du corps expéditionnaire de Montcalm gonflait de façon appréciable les effectifs de l’armée régulière en opération au Canada qui, jusqu’alors, n’était composé que des forces de Dieskau, à savoir quatre bataillons puisés dans les régiments La Reine, Languedoc, Guyenne et Béarn, soit en théorie près de 2 ,000 hommes mais, dans les faits, en raison des maladies, l’effectif réel était réduit d’un bon tiers. Au final, malgré l’ajout des bataillons du Royal-Roussillon et de La Sarre, Montcalm ne pouvait réellement compter que sur 2,500 hommes. Bien peu pour couvrir toute la Frontière. Et espérer le soutien des troupes coloniales aurait été une erreur. En effet, Vaudreuil, ancien marin et colon dans l’âme, vit en effet d’un très mauvais œil l’arrivée de troupes, et surtout d’officiers, métropolitains. Il aurait plus apprécié se voir attribuer plus de moyens, pour lever localement des forces. S’il avait supporté Dieskau, c’est principalement parce ce que ce dernier était un étranger et de statut social inférieur. Avec Montcalm, il se retrouvait face à un égal, ce qu’il ne pouvait supporter. Il profita donc du fait que si Montcalm était en charge des troupes régulières, il était tout de même, en sa qualité de responsable de la colonie et représentant du roi en Nouvelle-France, son supérieur hiérarchique. Il n’accorda donc son aide à Montcalm qu’après s’être fait longtemps prié, et s’il en ressentait vraiment la nécessité. Et il ne perdait pas une occasion de le critiquer publiquement. Un comportement différent aurait-il pu changer la destinée de la Nouvelle-France ? Difficile à dire et il ne sert à rien de refaire l’histoire (sauf quand l’on est wargamer) mais force est de dire que Vaudreuil disposait d’une puissance de frappe formidable par sa quantité… à défaut de l’être par sa qualité. D’ailleurs, en quoi consistaient ces troupes ?

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Régiment Béarn

Les troupes coloniales et les Indiens

Les colonies françaises étant sous la tutelle du ministère de la Marine, les forces de police coloniale étaient incarnées par les Compagnies Franches de la Marine, créées en 1690 à partir d’une organisation plus ancienne. Les Compagnies Franches de la Marine étaient des unités autonomes de 30 hommes, reconnaissables à leurs collants et leurs guêtres bleus marines, et à leur couvre-chef, un bonnet de police portant le symbole d’une ancre (il leur arrivait aussi de porter le tricorne réglementaire). Jusqu’au milieu du XVIIIème siècle, les Compagnies Franches comptaient 28 compagnies, soit un total d’environ 800 hommes, mais, à partir de cette date, les effectifs ne cessèrent d’être augmentés; 1500 hommes en 1750 (30 compagnies de 50 hommes) et 1950 hommes en 1756 (30 compagnies de 65 hommes). A l’origine, soldats et officiers étaient recrutés en métropole (après huit années de service, les soldats étaient invités à s’installer comme colons) mais avec l’augmentation des besoins, le recrutement se fit également sur place, les officiers étaient souvent des gentilshommes issus de la petite noblesse locale.

Si les hommes des Compagnies Franches étaient considérés comme faisant partie de l’infanterie de marine, ils n’épousaient guère le standard du soldat professionnel européen. Bien que sévèrement réorganisées sous l’administration du gouverneur Duquesne (avec une amélioration de la discipline), en raison de sa dispersion ce corps restait un groupe hétérogène, les compagnies établies dans les zones les plus éloignées se confondant parfois avec les indiens qu’ils fréquentaient. Nombre d’entre eux, d’ailleurs, n’hésitaient pas à se chausser à l’indienne et à oublier les guêtres réglementaires pour le pantalon de trappeur. En temps de paix, ils arrondissaient leurs fins de mois dans le négoce des peaux et le commerce (armes, alcool, tissus) avec les Indiens. Il est facile, dans ces conditions, d’imaginer l’impression, forcément négative, de Montcalm à la vue de ces soldats « ensauvagés », même s’il reconnaissait qu’ils étaient de solides gaillards, habiles dans la pratique de la ”petite guerre ».

miliciens canadiens
Miliciens canadiens

Le gouverneur de Nouvelle-Franche imposait également la levée de milices locales. Depuis 1672, chaque paroisse était dans l’obligation de fournir une « compagnie » de miliciens dont l’effectif dépendait de quotas, cela afin d’éviter de trop priver la communauté de ses forces vives (commerciales et agricoles). Ces miliciens étaient originaires de toute la Nouvelle-France, certains venaient de régions très reculées et étaient aussi rustres et violents que les Indiens. En théorie, Vaudreuil pouvait disposer d’une force de plus de 15,000 miliciens (tout homme valide âgé de 16 à 60 ans était éligible) mais dans les faits, il n’en fut rien. De toute façon, la Province aurait été dans l’incapacité de les entretenir. Au final, même au plus fort du conflit, la force totale des miliciens ne dépassait jamais les 2,000 hommes. Un effectif finalement peu impressionnant, qui fut même amputé de sa moitié en 1758, quand un millier d’entre eux fut détaché dans le nord, affecté à la défense de Louisbourg. Les miliciens n’étaient pas payés mais ils étaient nourris. De plus, armes et équipements leurs étaient fournis. A la fin de leur service, ils pouvaient acheter leur fusil à un prix avantageux, ce qui était toujours très apprécié. Ces hommes non professionnels formaient une masse de combattants indisciplinés et querelleurs, totalement inefficaces en bataille rangée et peu digne de confiance. Mais ce que leur reprochait le plus Montcalm, c’était la sauvagerie de certains d’entre eux, tuant et scalpant sans distinction, hommes, femmes ou enfants.

A côté de cela, si Montcalm ne pouvait guère compter sur une collaboration élaborée avec les Compagnies Franches et les Miliciens, il fit son possible pour s’attirer et garder la sympathie des Indiens, masquant son dégoût pour leurs pratiques et leurs coutumes, ce qui exigeait de lui de gros efforts. Gentilhomme dans l’âme, homme d’honneur et bien éduqué, le général n’arrivait pas à se faire à la sauvagerie des Indiens, à leurs brusques changements d’humeur et à leurs caprices. Bien qu’œuvrant pour les conserver dans le camp français, il faisait tout pour éviter de solliciter leur collaboration dans ses opérations militaires. Il savait néanmoins que leur aide était indispensable dans les missions de reconnaissance et d’escorte lorsque les troupes transitaient par les terres sauvages. Certaines tribus évangélisées, comme les Abénakis de Saint-François ou les Hurons de Lorette, étaient un peu plus dignes de confiance et se voyaient confier quelques taches en leur qualité de troupes auxiliaires. Restaient les coureurs des bois, ces chasseurs et ces trappeurs qui vivaient à l’indienne et qui pouvaient, comme les Indiens, faire d’excellent éclaireurs pour l’armée.

La campagne 1756

plan forts lac ontario

L’année 1756 marquait un tournant dans les guerres franco-indiennes avec l’introduction d’un semblant de guerre « à l’européenne ». A peine arrivé en Nouvelle-France, alors que la forêt et les terres sauvages restaient le bac à sable des indiens et des forestiers, Montcalm préparait son plan de campagne pour l’été. La « petite guerre » qui se déroulait sur la frontière, menée par des partis composés d’indiens, de miliciens et de coureurs de bois, souvent accompagnés de soldats des compagnies franches, parfois menés par des figures de la période comme Langlade ou Marin, devrait s’accompagner d’une opération militaire de plus grande envergure. Mais, pour le général, dans un premier temps, la priorité était de sécuriser les forts de la Frontière, pour les rendre capables de supporter un siège de plusieurs semaines ou de repousser des attaques massive, suffisamment longtemps pour permettre l’arrivée d’une colonne de secours. Il faut savoir que ce qui était désigné sous le qualificatif de Frontière était une ligne mal définissable ponctuellement marquée par une série de fortins, de maisons fortifiées et de missions, des postes séparés entre eux par des kilomètres de forêt impénétrable pour une armée en marche, armée qui devait emprunter des voies fluviales ou lacustres, à bord de canoës ou de vaisseaux à faible tirant d’eau. Et même par ce moyen, la progression était très lente. Cet éloignement était une constante qui ne pouvait être négligé, et le contrôle des eaux était une priorité pour les deux partis. D’où l’importance des forts installés sur les rives des lacs.

Au début de l’été, des rumeurs arrivèrent aux oreilles de Montcalm, l’avertissant d’une offensive britannique sur une nouvelle forteresse française, fort Carillon, bâtie sur Ticonderoga et où était en garnison les régiments La Reine et Languedoc. Effectivement, de gros mouvements de troupes agitaient les régions de l’Hudson et de la Mohawk. Mais, dans les faits, il s’agissait juste de l’agitation créée par l’arrivée de renforts et de ravitaillement destinés aux forts Edward et William Henry. Des combats sporadiques avaient bien lieu dans les bois environnants, avec de nombreux raids sur les postes français menés notamment par Rogers et ses rangers, mais rien à voir avec l’attaque générale si redoutée. Après s’être rendu compte que ses craintes étaient infondées, Montcalm rejoignit Vaudreuil dans son idée de lancer une attaque sur fort Oswego.

Situé sur la rive sud du lac Ontario, à l’embouchure du fleuve du même nom, Oswego était un complexe fortifié composé de trois « forts ». Sur la rive droite du fleuve, avec son enceinte en bois et ses quatre tours d’angle rectangulaires, se dressait le petit fort Ontario. Il était occupé par les 370 Provinciaux du régiment Pepperell’s. En face, sur l’autre rive, il y avait le Vieux Fort, construit en dur (mais en mauvais état) et gardé par le régiment Shirley’s. Le troisième, fort George, n’avait de fort que le nom, il s’agissait d’un ancien enclos à bestiaux transformé en palissade et occupé par les miliciens du 150th New Jersey qui, ironiquement, lui avait attribué le sobriquet de fort « Rascal ». Le tout était sous le commandement du colonel Mercer, qui avait son QG dans le Vieux Fort.

oswego
Bombardement du Vieux Fort Oswego

En juillet 1756, la situation à fort Oswego n’était guère brillante. Coincé entre le fort Frontenac au nord et le fort Niagara au sud, tous deux occupés par des régiments français (La Sarre et Guyenne à Frontenac, le Béarn à Niagara), la place était un emplacement stratégique sensible. On se souvient que l’année précédente, Shirley avait quitté les lieux en y laissant une garnison de 700 hommes. Cependant, un an plus tard, les effectifs avaient fondu en raison des maladies, du froid, et de la malnutrition. Mercer ne pouvait compter que sur la moitié en état de se battre. A cela il fallait toutefois ajouter l’arrivée de troupes provinciales en début d’année, mais composées de soldats totalement inexpérimentés. A Albany, le commandement britannique était conscient du fait. Aussi, début août, lord Loudoun ordonna au colonel Webb de gagner Oswego, à la tête d’un 44th Foot recomposé. Hélas, il était déjà trop tard pour changer le cours des événements.

Après avoir confié la garde du puissant fort Carillon à Lévis et ses 3,000 hommes, Montcalm quittait la région de Ticonderoga, destination fort Frontenac, où devait être organisée l’offensive sur Oswego. Le 29 juillet, l’énergique général était sur place. Le bataillon Béarn était déjà arrivé de Niagara. Le 8 aout, toute l’armée et le parc d’artillerie (dont faisait partie des pièces britanniques récupérées sur le champ de bataille de Minonghela) traversa le lac à bord de 80 canonnières, accompagnée de miliciens et de 250 Indiens. Et le 9 aout, précédée par une avant-garde descendu à terre, la flotte longeait la rive sud en direction de l’ouest, pour débarquer le lendemain à seulement trois kilomètres de fort Ontario. Le 10 au matin, Montcalm lançait l’attaque.

Harcelés toute la journée par les tirs des Indiens dissimulés dans les bois, pilonnés par une artillerie réduisant lentement le fort en un tas de ruines, les Provinciaux se trouvaient totalement impuissants, ses petits canons ne pouvant rivaliser avec des pièces de 12 livres tirant à courte portée. A la nuit tombée, les occupants de fort Ontario recevaient l’ordre d’évacuer la place pour rejoindre le Vieux Fort. Après avoir cloué leurs canons, la garnison abandonnait le fort Ontario, traversait l’Oswego et investissait le Vieux Fort.

Le Vieux Fort était une robuste construction aux murs en pierre mais, de nouveau, pas de quoi résister aux boulets de canons de 12 livres. La place était tenu par le régiment Shiley’s, composé d’invalides et de jeunes recrues, rejoint désormais par les occupants de l’autre fort et des civils ayant fuis devant l’avancée française (bateliers, pêcheurs et commerçants). Il régnait un grand désordre car l’inconfort était de mise, les lieux n’étant pas prévus pour accueillir autant de monde et la présence d’un grand nombre de femmes terrifiées par les cris des Indiens (une centaine) ajoutait à la confusion.  En tout, environ 1,500 personnes s’entassait dans le Vieux Fort.

Au matin du 14 aout, 20 canons français étaient montés sur la colline sur laquelle était bâti le fort Ontario. Démarrait alors un dialogue d’artillerie entre les deux partis, le colonel Mercer ayant ordonné à ses hommes de renforcer la défense du mur est en y regroupant toutes les pièces disponibles (une trentaine de pièces moyennes et légères). Malgré cette belle initiative, le combat restait inégal. L’enceinte du Vieux Fort souffrait sous l’impact des boulets délivrés par les pièces de 12 livres. La chute du fort ne faisait aucun doute. Il fallut cependant attendre la mort du colonel Mercer, coupé en deux par un boulet, pour que les assiégés hissent le drapeau blanc.

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Capitulation d’Oswego

A la grande stupeur de Montcalm, la reddition de la garnison du Vieux Fort déclencha un grand mouvement de foule dans les rangs français. En effet, dès l’ouverture des portes, le général vit Indiens et miliciens se ruer à l’intérieur pour se livrer au pillage.  Il ne fallut que quelques minutes pour que nombre d’entre eux soient fin saouls, les Indiens s’étant attaqués à la réserve de rhum. Les efforts des officiers français pour rétablir l’ordre restaient vains – leur priorité était de protéger les prisonniers car certains avaient déjà été massacrés à grands coups de tomahawk – jusqu’à l’intervention de Montcalm, qui parvint à calmer les chefs indiens en les couvrant de présents et de promesses.Puis l’expédition retourna à sa base de fort Frontenac, pour y déposer prisonniers et butins (dont six vaisseaux armés), abandonnant derrière elle un fort détruit, vidé de son artillerie et de ses provisions. Quelques jours plus tard, la colonne du colonel Webb croisait la route d’une poignée de bateliers ayant réussis à fuit le champ de bataille. Après avoir appris la triste nouvelle de la chute et de la destruction d’Oswego, l’officier britannique ordonnait à sa troupe de rebrousser chemin.

Le bilan de la bataille d’Oswego s’élevait à trentaine de morts côté français et une cinquantaine pour les Britanniques. A ce bilan somme toute raisonnable, il fallait ajouter plus de 1,200 prisonniers anglais et provinciaux, civils et militaires. Montcalm avait donc lieu d’être satisfait. Il avait subi un nombre réduit de pertes et en supprimant Oswego de la carte, il avait nettoyé les rives du lac Ontario de toute présence ennemie, mettant une pression supplémentaire sur les treize colonies. A côté de cela, l’opération l’avait également conforté dans son opinion, déjà bien ancrée, que miliciens et indiens pouvaient être aussi gênants qu’utiles. Après avoir laissé quelques unités en garnison à fort Frontenac et à fort Niagara, il ordonnait à son armée de regagner fort Carillon.

L’expédition sur Oswego fut la seule opération d’envergure menée par les deux partis durant cette année 1756. Les Français avaient maintenant besoin de réorganiser leurs troupes et les Provinciaux démontraient toujours leur incapacité à monter un projet collectif, s’accusant mutuellement de faire preuve d’insuffisance dans leurs actions. L’automne et l’hiver 1756-1757 virent alors se généraliser la pratique de la ‘’petite guerre’’ dans les régions du lac George et du lac Champlain. Pendant que les armées régulières regagnaient leurs quartiers d’hiver (à Montréal pour les Français et à Albany pour les Britanniques), Provinciaux et Canadiens se rendaient coups pour coups à travers un enchaînement d’actions rapides et violentes. Aux raids menés par Robert Rogers et ses hommes sur les missions françaises et les tribus indiennes ennemis répondaient Paul Marin et ses partisans (coureurs des bois et indiens), qui attaquaient tous les convois ravitaillant fort Edward et fort William Henry et qui s’aventuraient parfois plus profondément dans les vallées de l’Ohio et de l’Hudson pour menacer les établissements provinciaux les plus isolés.