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Dans le cahier historique placé en fin d’ouvrage, l’historien Bertrand Lançon, à travers ses élogieux commentaires sur les caractéristiques de l’œuvre, cite Georges Dumézil qui dit « que la mythologie n’est pas du mensonge, mais la mise en scène d’une réalité passée ». C’est effectivement dans cet esprit qu’a été conçu ce premier tome de Roma, baptisé La malédiction, future longue (je l’espère) série de bandes dessinées éditées par Glénat et consacrée à l’histoire de la ville éternelle. En effet, dans ce premier opus qui se penche sur la genèse de la cité latine, faite de drames et d’exploits épiques, les scénaristes Gilles Chaillet (1), Eric Adam, Didier Convard et Pierre Boisserie usent comme matériaux créatifs les célèbres ouvrages classiques que sont ceux de Tite-Live (Histoire romaine), Virgile (L’Eneïde) et Denys d’Halicarnasse (Antiquités romaines). Puisant à loisir, mais avec inspiration, dans ces trois sources, ils ont créé LEUR mythologie, qui débute sous les murs de Troie, et dont l’élément clé est un acte odieux et sacrilège, déclencheur d’une malédiction qui va toucher tout d’abord des individualités, puis tout un peuple.

Pour ce faire, il leur a fallu effectuer quelques importantes modifications, et mettre en avant des éléments jusqu’alors secondaires, voire écartées des précédentes adaptations faites de la guerre de Troie. Le changement le plus important touche la nature profonde du Palladium (connu aussi sous le nom de Palladion), la célèbre statue de Pallas Athéna qui, selon la tradition, rendait inexpugnable la ville de Troie et qui, après la chute de la ville, sera apportée en Italie par Enée (elle finira son long voyage dans le temple de Vesta, à Rome). Hors, dans cette nouvelle vision du drame d’Ilion, l’idole n’est pas la protectrice de la cité mais un artefact maudit, habité par la haine, qui causera la chute de la fière cité d’Asie Mineure. Ainsi, si l’Histoire générale présentée par les auteurs est semblable à celle décrit par les textes anciens (le long siège, la construction du cheval et la destruction de Troie, le passage d’Enée chez la reine Didon, son arrivée dans le Latium…), l’intrigue développée amène de nombreux éléments et personnages nouveaux, qui contribuent à renouveler le mythe… en le rendant beaucoup plus sombre.

Le scénario est servi par les dessins précis et élégants de Régis Penet. Un style semi-réaliste qui reflète de belle manière l’atmosphère fantastique du récit mais, qui, à mon humble avis, manque un peu de puissance visuelle, de force épique, notamment dans les scènes de combat, qui ne sont pas aussi spectaculaires que l’on aurait pu l’espérer. Le dessinateur est d’ailleurs plus à l’aise dès qu’il s’agit de construire des scènes dramatiques, voire horrifiques, en plan serré sur les protagonistes, où il parvient à faire naitre de l’émotion. Là, il tire vraiment le meilleur de son art.

Au final, La malédiction s’impose comme un excellent épisode d’introduction, un premiere season, comme disent les téléastes américains, très agréable à parcourir, de part sa belle structure scénaristique (très facile à lire), son originalité et ses dessins de qualité. Une série à suivre.

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(1) Gilles Chaillet est le créateur de la série et le scénariste originel. Décédé en 2011, les synopsis de ses récits ont été récupérés et développés par les trois auteurs cités.

Ma côte : 4/5

Roma, tome 1, la malédiction
Scénario d’Eric Adam, Pierre Boisserie et Didier Convart
D’après un concept original de Gilles Chaillet
Dessin de Régis Fenet
Couleur de Nicolas Bastide
Paru aux éditions Glénat (janvier 2015)

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