La bataille de Talavera
La bataille de Talavera

PRESENTATION

Pour bien appréhender le déroulement de la bataille de Vitoria, et ses conséquences dramatiques pour le devenir de l’empire français, il nous faut au préalable nous replonger dans le contexte général. Une mise en situation nécessaire pour comprendre comment Wellington s’est retrouvé, à la veille de la bataille, dans un état de prédominance tactique mais aussi psychologique sur un état-major qui, pendant toute la campagne, a accumulé les erreurs et dévoilé ses insuffisances. Il nous faut aussi dresser un panorama du paysage politique espagnol, dont la méconnaissance du sujet par Napoléon 1er en personne, a fini par entraîner son frère dans un combat qu’il ne pouvait gagner. Cette première partie existe dans ce but.

 

LES MALADRESSES D’UN EMPEREUR

Tout commence le 18 octobre 1807, quand les 25,000 hommes du général Jean-Andoche Junot pénètrent en Espagne, fidèle alliée de la France, et se dirigent vers le Portugal, pays refusant d’appliquer le blocus continental décidé par Napoléon pour nuire au commerce britannique. Bien qu’acceptée volontiers par le roi Charles IV (traité de Fontainebleau, le 27 octobre 1807), cette incursion armée en terre espagnole ne fait pas l’unanimité dans le peuple, et sème le trouble dans la famille royale. Tant et si bien que l’infant Ferdinand, fils de Charles IV, complote même contre son père. Des désordres qui n’empêchent pas, toutefois, les Français d’agir. Le 30 novembre 1807, Junot entre dans Lisbonne, abandonnée par la famille du roi Jean, qui a fuit au Brésil.

En Espagne, durant les mois suivants l’occupation du Portugal par le corps expéditionnaire français,  la situation ne cesse de se dégrader. A l’occasion du soulèvement d’Atanjuez (le 17 mars 1808), l’infant s’autoproclame roi d’Espagne sous le titre de Ferdinand VII, ce qui entraîne une grande agitation dans la noblesse et chez les Bourbons. Dans le même temps, du côté du peuple, les Espagnols supportent difficilement  la présence des garnisons françaises, établies par Junot pour – officiellement – assurer sa ligne de ravitaillement entre la France et Lisbonne. Voulant user de cette situation chaotique, Napoléon 1er va alors dévoiler son jeu… et commettre l’une de ses plus grosses erreurs diplomatiques.

Sous prétexte de réconcilier le père et le fils, l’empereur les invite à Bayonne pour une réunion qui restera dans l’histoire sous le nom d’Entrevue de Bayonne mais qui pourrait tout aussi bien s’appeler le traquenard de Napoléon. Une fois les deux Bourbons réunis, il place un Ferdinand VII terrifié en résidence surveillée et n’a aucun mal à obtenir l’abdication de son père, au profit de Joseph Bonaparte, qui laisse son royaume de Naples à Murat !  Cependant, si la manœuvre politique de Napoléon apparaît comme bien menée, elle va déclencher en Espagne un véritable tollé qui, couplé au mauvais comportement des troupes d’occupation française, va faire naître un mouvement de résistance et la naissance de groupes de « guérilleros » qui auront un grand rôle à jouer dans les années suivantes.

Durant le printemps 1808, les mouvements de contestation se multiplient, dans les Astruries, mais aussi en Léon, en Castille et en Andalousie. Les soulèvements restent particulièrement forts dans les Asturies, où les garnisons françaises établies doivent affronter de nombreuses révoltes populaires. Mais cette région du nord de l’Espagne n’est pas la seule à s’enflammer. A Madrid même se déroule l’insurrection du Dos de Mayo (2 mai 1808, date officielle du début de la Guerre d’Espagne), sévèrement réprimée par Murat et qui fait entre 500 et 1000 morts parmi la population madrilène. Ce mouvement sera suivi par la répression du Tres de Mayo (3 mai 1808), immortalisée par le peintre Goya, où 400 Espagnols, accusés de trahison, sont fusillés. Et c’est dans cette ambiance délétère que Joseph arrive à Madrid le 20 juillet 1808. Le frère ainé de Napoléon dirigera le pays jusqu’en 1814 et la défaite de Vitoria. Il est bon de noter que, comble de l’ironie, « l’usurpateur » se montrera un monarque assez bienveillant et plutôt habile, du moins si l’on tient compte du contexte délicat que compose le paysage politique espagnol.

En rouge: victoires anglo-portugaises En bleu: victoires françaises En vert: victoires espagnoles
En rouge: victoires anglo-portugaises
En bleu: victoires françaises
En vert: victoires espagnoles

 

L’INTERVENTION BRITANNIQUE

Le 1er aout 1808, Sir Arthur Wellesley, connu plus tard sous le nom du duc de Wellington, débarque à Figueira de Foz, au Portugal, à la tête de 9000 soldats britanniques. L’arrivée de ce petit contingent marque le début d’une longue et difficile guerre de cinq ans, qui s’achèvera le 7 octobre 1813, quand les Britanniques et leurs alliés Portugais et Espagnols traverseront le rio Bidasoa pour envahir la France. Il faut cependant savoir que l’arrivée des Britanniques dans la Péninsule ne s’est pas décidée sans mal, Londres étant tout d’abord très réticent à se lancer dans une intervention délicate  si loin de leurs bases. En effet, depuis le 7 juin 1808, une délégation espagnole tentait de convaincre le gouvernement de George III – et donc leurs anciens ennemis – de leur apporter assistance. En vain, les Britanniques réclamant sans cesse des garanties supplémentaires. Mais, durant l’été, se produit un évènement qui va influer sur les hésitations britanniques.

Le 23 juillet 1808, à Baylen, en Andalousie, après avoir tenté en vain d’échapper à une puissante force de partisans espagnols, l’illustre Pierre Dupont de l’Etang, à la tête d’un corps de 20,000 hommes se rend au général espagnol Castaños. Bien qu’il ait été plongé dans une situation inextricable et qu’il fut complètement encerclé par l’ennemi, la reddition de Dupont est très mal perçue par Napoléon 1er. De retour en France en septembre, l’officier est arrêté et condamné pour trahison. Quand à ses hommes, ils terminent sur les pontons prisons de Cadix desquels très peu sortiront en vie, en 1814. Par contre, en Grande-Bretagne, cette victoire espagnole achève de convaincre les Britanniques de la justesse d’une intervention. Ils décident alors de détourner un corps expéditionnaire destiné à attaquer les colonies espagnoles en Amérique du Sud pour l’envoyer dans la Péninsule. Il s’agit, vous l’avez compris, de Wellesley et ses 9,000 hommes.

Le 5 aout 1808, Sir Wellesley est rejoint par les 5,000 hommes du général Brent Spencer. Ainsi renforcée, le corps expéditionnaire livre sa première bataille, le 17 aout 1808, entre les petits villages de Roliça et Columbeira. Sir Wellesley y remporte sa première victoire, au dépend du général français Henri Delaporte, qui perd 700 hommes et trois canons. Une bataille peu décisive qui est suivi quelques jours plus tard par une suivante, autrement plus importante.  Le 20 aout, près de Vimeiro, les Anglo-Portugais de Wellesley (22,000 hommes et 13 canons) écrasent Junot et ses 13,000 hommes. Au cours de cette bataille, brillamment remportée, Wellesley use des mêmes tactiques défensives (bien que les rangs britanniques soient encore déployés sur trois rangs) qui feront sa force au cours des années suivantes, face à des Français qui se contentent d’envoyer stupidement des vagues d’assaut, qui seront à chaque fois repoussées avec de nombreuses pertes. Heureusement pour Junot, son armée est sauvée de la destruction par l’arrivée sur le champ de bataille de Sir Harry Burrard, le supérieur de Wellesley, qui empêche ce dernier de poursuivre les Français en déroute.

Malgré tout, la défaite française est sévère et marque la fin de l’invasion du Portugal. Piégé sur la péninsule lisbonnaise, son artillerie perdue, Junot est contraint de s’asseoir à la table des négociations. Le 30 aout est signée la Convention de Sintra, entre Junot et Kellerman pour les Français, et Burrard et Dalrymple pour les Anglo-Portugais. Wellesley, lui, refuse de signer. La Convention de Sintra permet aux troupes françaises de rentrer en France avec leurs armes, leurs couleurs, mais aussi les fruits de leurs confiscations (comprenez pillages). De plus, ce rapatriement est effectué sur des navires de la Royal Navy, ce qui déplait fortement à l’opinion publique britannique. Du coup, ce qui aurait dû être un arc de triomphe pour les trois hommes se transforme en une convocation à Londres devant une commission d’enquête.

La reddition de Baylen
La reddition de Baylen

 

LA FIN DE JOHN MOORE

Dans le même temps, l’armée Britannique est confiée à sir John Moore. En octobre 1808, Moore se lance dans une campagne d’automne, une tentative d’éloigner les Français du Portugal, de gagner du temps pour permettre à l’armée britannique de recevoir des renforts et d’apporter du soutien aux Espagnols, qui doivent désormais lutter contre Napoléon en personne. Mais le plan ne se déroule pas comme espéré. Mal soutenu par les Espagnols (pour leur défense, ils doivent se remettre d’une sacrée fessée reçue par les 40,000 hommes de l’armée d’Allemagne de Napoléon), son armée devant évoluer dans un terrain inhospitalier, ses hommes souffrant des intempéries et de malnutrition, Moore doit accepter de retraiter vers La Corogne, le maréchal Soult (qui remplace Napoléon, rentré en France) sur ses talons.

Le 16 janvier 1809, le maréchal Nicolas Jean-de-Dieu Soult entre dans Elviña, petit village des faubourgs de La Corogne à la tête de 12,000 fantassins, 5,000 cavaliers et 20 canons. En face, John Moore dispose de forces équivalentes, voire supérieures, mais démoralisées et épuisées.  La bataille est équilibrée, les pertes françaises importantes (principalement grâce à la résistance du 42ème Highlanders), mais le moral des Britanniques en prend un nouveau coup quand John Moore est mortellement blessé par un boulet de canon.  L’évacuation par mer est alors ordonnée. L’opération, effectuée de nuit, bénéficie du soutien d’une petite garnison espagnole qui réussit à retarder les Français. Pour les Britanniques, le préjudice est cependant important. En effet, si les pertes durant la bataille s’élèvent à « seulement » 900 hommes (contre 1500 pour les Français),   Soult fait plus 6,000 prisonniers et s’empare de 40 canons et 20,000 mousquets.

Quelques généraux français
Quelques généraux français

 

LE RETOUR DE WELLESLEY

Trois mois plus tard, relaxé, Wellesley est de retour au Portugal, débarrassé des vieux Dalrymple et Burrard. Il a fort à faire. Soult occupe désormais le Portugal après avoir écrasé des levées Portugaises aux batailles de Braga (19 mars 1809) et de Porto (29 mars 1809). Après avoir réussi à regrouper toutes ses forces, Wellesley, à la tête de 20,000 hommes arrive en mai 1809 sur les berges du Douro, qui sépare son armée de la ville de Porto… et des positions françaises. Là, il fait preuve d’une grande audace. Un premier détachement parvient à s’emparer discrètement d’un fort situé sur l’autre rive. De là, il menace les positions françaises, ce qui oblige Soult à dégarnir la berge pour tenter de reprendre le fort. C’est la réaction espérée par Wellesley qui agit alors très vite, et de manière peu conventionnelle. Avec l’aide de la population, les Anglo-Portugais parviennent à rassembler une flottille d’embarcation et entament la traversée du fleuve.

Soult prend alors mesure de la situation. Son armée est en nette infériorité numérique, il ne peut espérer de renforts  (Ney est en effet très occupé avec les Espagnols) et il sait que plus au nord vient d’éclater une nouvelle insurrection portugaise. Le maréchal décide de retraiter. L’armée française, non sans avoir failli tomber plusieurs fois dans les griffes des poursuivants, parvient à regagner l’Espagne, mais a perdu dans l’opération plus de 4,000 hommes et une grande partie de son matériel.  Ainsi, un an seulement après la fin de la première invasion française du Portugal, Wellesley met à nouveau un terme brutal à une nouvelle tentative. Pour Wellesley vient alors le moment de l’offensif mais, comme Moore l’année précédent, le Britannique va constater que collaborer avec les Espagnols n’est pas chose aisée.

Entrant en Espagne au début de l’été 1809, le Britannique et ses 20,000 hommes effectuent une jonction avec les 30,000 Espagnols du général Gregorio Garcia de la Cuesta, qui ne s’est jamais vraiment entendu vers les alliés anglais. Les deux généraux décident toutefois de marcher de concert sur le 1er corps d’armée du maréchal Victor, dont les effectifs sont nettement inférieurs à ceux des Alliés. Mais les Espagnols perdent du temps, beaucoup de temps, ce qui a le don d’agacer fortement les Britanniques. L’anecdote dit que Wellesley et son état-major, sur le pied de guerre, trouvèrent Cuesta à se prélasser dans son lit le matin du départ, mais il est plus probable que la lenteur de Cuesta est due au fait qu’il a déjà été sévèrement rossé par Victor le 13 janvier à Uclès et à Medellin le 29 mars et qu’il ne pense pas ses troupes en état de se battre.  D’ailleurs, quand un premier contact est effectué, Cuesta refuse de combattre Victor, argumentant qu’on ne livre pas une bataille un dimanche, ce qui prouve d’autant plus sa réticence à engager le combat.  En conséquence, quand les Alliés arrivent au contact des Français à Talavera, le 27 juillet 1809, le corps de Victor a fait jonction avec celui de Sébastiani, ce qui porte l’armée française à environ 48,000 hommes, le tout sous le commandement de Joseph Bonaparte et de Jourdan.

La bataille de Talavera est un très violent combat qui se déroule sur deux jours, les 27 et 28 juillet, au résultat indécis. Les deux camps prennent tour à tour l’avantage, l’initiative restant cependant du côté français. Wellesly y démontre une nouvelle fois son immense talent pour la défense. Le chef Britannique doit de plus composer avec les carences des Espagnols, qui, comme prévu, au soir du 27 juillet, sont complètement hors course – Cuesta a pourtant fait le maximum et a même été blessé dans le combat. Ces mêmes Espagnols, au cours de l’une de leurs nombreuses débandades, ont même failli amener la capture de Wellesley par la cavalerie française lancés dans leur poursuite ! Heureusement, le 29 juillet, l’habileté tactique de Wellesley permet aux Alliés de colmater toutes les brèches, repousser toutes les furieuses attaques françaises, voire même reprendre une colline perdue la veille. Le prix payé est cependant très élevé (6,200 hommes) au regard des maigres effectifs Britanniques. Après que la dernière vague d’assaut française ait été repoussée vers 18 heures, les canonnades se poursuivent jusqu’à la nuit. Le lendemain, les Français ont levé le camp, abandonnant les blessés. Leurs pertes s’élèvent à 7,500 hommes. Si Wellesley peut s’estimer vainqueur, voyant ses troupes épuisées, déçu par les Espagnols (il ne leur fera plus jamais confiance), menacé par Soult qui marche vers lui, il se montre prudent et ordonne une retraite sur Lisbonne.

Quelques généraux alliés
Quelques généraux alliés

 

WELLINGTON CHASSE LES FRANÇAIS DU PORTUGAL

En septembre 1809, en récompense de ses actions à Talavera, Sir Arthur Wellesley est nommé vicomte de Wellington de Talavera.  Il bénéficie alors d’un répit d’un an avant que les Français ne reprennent leurs tentatives pour annexer le Portugal. Mais pendant tout  ce temps, le Britannique n’est pas resté inactif. Il a ordonné la construction des lignes défensives de Torres Vedras, trois niveaux de fortifications, dont les travaux sont entamés en octobre 1809. Quand Wellington apprend que les Français, sous les commandements de Masséna et de Ney, se sont emparés des forteresses de Ciudad Rodrigo et Almeida et marchent vers le Portugal, il presse les travaux et entreprend une opération de retardement qui prendra forme avec la bataille de Buçaco, le 27 septembre 1810.

A Buçaco, Wellington déploie ses troupes d’une manière qui n’est pas sans rappeler celle qui l’emploiera cinq ans plus tard, à Waterloo. Il place en effet ses lignes derrière une colline, qui fait qu’elles ne peuvent être atteintes par les boulets ennemis, ni vues par Masséna. Cela n’empêche pas ce dernier de lancer des vagues d’assaut contre les Alliés, qui sont toutes repoussées par le feu anglo-portugais. Les pertes françaises s’élèvent à près de 5,000 hommes (10% des effectifs), contre 1,500 pour leurs adversaires. Inutile et stupide boucherie. Le 10 octobre, Masséna décide de tourner le flanc Allié en passant au-delà d’une crête. Wellington ordonne alors le repli vers les lignes de Torres Vedras. Bien que son armée soit rudement éprouvée, Masséna se hâte de le suivre. Mais, arrivé au pied des fortifications, il est impressionné. Suivant les lignes pendant quelques semaines dans la région de Sobral, il finit par admettre que la position est imprenable et décide de prendre ses quartiers d’hiver.

Au mois de mars 1811, Masséna ne voyant pas la situation évoluer ordonne de marcher vers le nord. Il est pris en chasse par Wellington. Le 3 avril 1811, les Français sont rattrapés à Sabugal. Là, sous une pluie battante, Wellington tombe sur le flanc du corps du général Jean-Louis Reynier. Malgré quelques erreurs de manœuvre (la Light Division se retrouve dangereusement isolée pendant les combats), les Anglo-Portugais finissent par obliger Reynier à retraiter en abandonnant ses bagages (avec les affaires personnelles du maréchal Soult). Encore une fois, il semble que Masséna ait singulièrement manqué de décision durant cette bataille, contrairement à Wellington, toujours aussi audacieux.  Disposant de trois corps supplémentaire, dont celui de Junot qui assurait l’arrière-garde, il n’a ordonné aucun mouvement de soutien, voire d’intimidation. L’affrontement de Sabugal est le dernier combat impliquant l’armée française sur le territoire portugais.

La Corogne 1809
La Corogne 1809

Le mois suivant voit les Alliés sous les murs de Badajoz, une puissante ville-forteresse qui bloque le passage du Portugal à l’Espagne. Sa prise est une condition essentielle pour envisager l’invasion de l’Espagne. Le premier siège, en mai 1811, est levé quand le maréchal Soult marche du Sud pour tenter de débloquer la forteresse. Le 16 mai 1811, il rencontre les Alliés, sous les ordres de William Carr Beresford, à Albuera. Cette bataille est l’une des plus sanglantes de la guerre, les britanniques voient carrément trois de leurs régiments totalement annihilés, les Français menant l’un des plus puissants assauts de l’Histoire. Mais Soult ne parvient pas passer et se résigne à abandonner l’opération. Soult neutralisé, Beresford reprend le siège de Badajoz le 18 mai, mais la brave garnison française du général Philippon (4000 hommes) repousse toutes les attaques britanniques, qui subissent des pertes considérables. Les Alliés ne prendront Badajoz que l’année suivante.

Treize jours après la dure bataille d’Albuera, Wellington est également impliqué dans des violents combats, à Fuentes de Oñoro. L’objectif, réussi, est d’empêcher Masséna de relever la garnison d’Almeida, également assiégée par les Alliés. Masséna, bien que numériquement supérieur et ayant enfin tenté un mouvement par le flanc, est une nouvelle fois battu. Certains textes tentent à laisser penser que certains généraux d’état-major n’ont pas fait preuve d’un très grand zèle. S’ils voulaient se débarrasser de Masséna, la manœuvre est réussie. Relevé de son commandement par Marmont, il quitte la péninsule avant de s’exiler sur ses terres.  Non soutenu, Almeida est évacuée peu de temps après par sa garnison française, qui parvient à rejoindre le gros de l’armée.

La fin de l’année 1811 se traduit par une série de manœuvres et de contre-manœuvres opérées par les deux armées jusqu’à ce qu’en décembre Wellington décide de monter un camp à l’ouest de Ciudad Rodrigo, une ville forteresse qui contrôle le passage nord entre le Portugal et l’Espagne. A la grande surprise du général Jean Léonard Barrié, gouverneur français de la ville, Wellington y installe le siège le 8 janvier 1812. En plein hiver ! Barrié capitule 11 jours plus tard, ses 1500 hommes ne pouvant plus freiner les assauts Britanniques.

 

LA PREMIÈRE CAMPAGNE ESPAGNOLE ET L’ECHEC DE BURGOS

Peu après, l’armée de Wellington prend la direction de Badajoz, ville toujours occupée par la garnison française du général Philippon. Le général la rejoint en personne le 5 mars. Le siège est très éprouvant.  Les Britanniques, en raison des pluies,  ont les plus grandes difficultés à creuser tranchées et mines. Toutefois, le 6 avril, une brèche est créée et l’ordre de l’attaque est donné. L’assaut de Badajoz est l’un des épisodes les plus sanglants qu’est livrée l’armée britannique dans son histoire. Quarante fois, les Britanniques se lancent dans la brèche. Ils sont à chaque fois repoussés avec d’énormes pertes par des Français enragés, qui leurs munitions épuisées, lancent des pierres sur les agresseurs. Wellington pense abandonner. Mais, incroyablement, deux attaques de diversion lancées sur des fortins situés de l’autre côté de la ville sont des réussites et Badajoz finit par tomber – le prix est de 4,000 morts portugais et britanniques, 3,000 durant l’assaut principal, qui a duré une heure.

Badajoz et Ciudad Rodrigo tombés dans les mains des Alliés, Wellington peut désormais envisager l’invasion de l’Espagne. Mais avant cela, il doit contrer Marmont, le nouveau commandant français dans la Péninsule, qui marche vers Ciudad Rodrigo. Wellington atteint Salamanque le 17 juin et, après une série de manœuvres, rencontre Marmont le 22 juillet à la bataille des Arapiles. Au cours de ce combat où il prit toujours l’initiative, Wellington impressionne les Français qui cesseront définitivement de critiquer sa prudence excessive et ses goûts pour la défensive.  Au cours de cette bataille, les Français, à peine déployés, se sont faits surprendre et débordés par une série d’attaques usant de combinaisons d’armes. Dans les rangs français, le désordre se transforme en panique quand Marmont est grièvement blessé par un shrapnel et que le général Thomière est tué alors que sa division est mal engagée. Le général Clauzel, qui prend alors le commandement de l’armée à la place de Marmont, tente de redresser la situation. En vain, l’armée française s’est vaillamment battue (les pertes sont équivalentes de deux côtés, environ 6000 morts et blessés) mais est défaite. Désormais plus rien ne semble pouvoir arrêté Wellington dans sa marche sur Madrid. Le 12 aout, il entre dans la capitale espagnole en liesse, désertée par les Français.

Mais la guerre n’est pas terminée pour autant. Wellington va connaitre d’ailleurs son premier gros revers. Au cours des mois de septembre et d’octobre, l’armée Alliée s’épuise dans le long et désastreux siège de Burgos, l’un des derniers bastions français où sont entreposées les réserves de l’armée du Portugal en retraite. Le général Jean-Louis Debreton, avec moins de 2000 hommes, imite le glorieux Philippon et résiste durant 35 jours aux assauts Alliés. Le 22 octobre 1812, les défenseurs ont la joie de voir l’ennemi lever le siège. En effet, apprenant l’arrivée d’une colonne française, Wellington a ordonné une retraite qui va le ramener à Ciudad Rodrigo.  Les pertes Alliées s’élèvent à plus de 2,000 hommes, la moitié des hommes de Debreton sont morts ou blessés.

Pour les deux camps, l’hiver 1812-1813 sert à reposer les troupes. En Grande-Bretagne, l’avis de la majorité (et surtout du prince Frederick, duc d’York !) est que l’Espagne est bel et bien perdue et qu’il est  temps de rentrer au pays. Mais Wellington et ses partisans ne partagent pas leur pessimisme. De plus, il veut sa revanche. Le siège de Burgos, et son échec, l’a profondément marqué. Hors de question de rester sur cette déconvenue. Damned !

Le siège de Burgos
Le siège de Burgos

 

L’HIVER 1812-1813

En fait, après une retraite rapide et bien maîtrisée, l’armée de Wellington retrouve sa pleine puissance à la fin de l’année 1812. Il reçoit quelques renforts d’Angleterre – une brigade de cavalerie de la Maison du Roi, suivie en février 1813 d’une brigade de Hussards (15th, 10th et 18th Hussards). Des renforts d’infanterie leurs succèdent et l’armée se retrouve avec des effectifs supérieurs à ceux de l’année 1812. De plus, le ravitaillement est bien assuré. En sus de ces renforts, contre l’avis défavorable du duc d’York qui souhaitait leur retour en Grande-Bretagne, Wellington a réussi à conserver ses bataillons provisoires,  formés à partir des restes des bataillons décimés par la campagne de 1812, et qui sont formés de soldats vétérans et moins sujets aux maladies.  Par contre, si Wellington réussit à conserver ses bataillons provisoires d’infanterie, il ne peut faire de même avec les régiments de cavalerie. En effet, les quatre régiments de cavalerie incomplets sont rappelés en Angleterre, sur l’ordre du duc d’York, frère cadet du futur George IV.

Par contre, sur place, il fait le ménage dans son entourage immédiat. Wellington vise à s’entourer de personnes de confiance et à se débarrasser des incompétents. Dans cet exercice de nettoyage, il se montre aussi habile en politique que sur le champ de bataille car il parvient écarter quelques indésirables, comme Robert Ballard Long et Victor Baron Alten, général des KGL – ces deux généraux de cavalerie participeront à la campagne de Vitoria, mais quitteront l’armée de Wellington peu après – et obtient le rappel à Londres des indésirables Sir John Slade et William Erskine (qui se suicide par défenestration à Lisbonne). Trois autres généraux de brigade ; Low, Chowne et Bernewitz sont également relevés de leurs commandements.

Mais le coup le plus habile de Wellington est le remplacement de Sir Willoughby Gordon, quartier-maître général de l’armée (responsable de l’intendance), par l’écossais Sir George Murray, futur gouverneur du Haut-Canada et proche de Wellington. L’affaire n’était pas pourtant aisée, Gordon, que Wellington jugeait responsable de l’échec du siège de Burgos, étant un des favoris des Horse Guards. Il profite alors que Gordon, malade, doit effectuer un séjour en Grande-Bretagne pour y subir une opération délicate qui doit l’éloigner du Portugal pendant plusieurs mois pour placer Murray à son poste. Un évènement très important pour Wellington et son avenir. En effet, Sir George Murray, officier très compétent jusqu’alors mésestimé, ne quittera plus son supérieur, qui le considérera définitivement comme son second et son homme de confiance. A raison.

Dans les autres bonnes nouvelles, Wellington est heureux du retour de deux de ses généraux préférés, il est vrai très doués, Sir Thomas Picton et Sir Thomas Graham de Lynedoch. Blessés, ils ont passé l’hiver en Grande-Bretagne. Il est également bon de préciser que depuis novembre 1812, Wellington est désigné comme commandant-en-chef de l’armée espagnole. Même si cette nomination ne va pas manquer de lui amener quelques problèmes relationnels et qu’il a toujours autant de mépris pour les soldats espagnols, elle va être très bénéfique sur le terrain.

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 LA PRISE DE SALAMANQUE

Si, à l’orée du printemps 1813, l’armée de Wellington a repris des couleurs et, au final, se retrouve même plus puissante qu’avant, la situation est beaucoup moins joyeuse du côté français. Engagé dans sa campagne d’Allemagne, Napoléon a rappelé 15,000 hommes ainsi que les généraux Soult et Cafarelli. Très mal informé par ses agents dans la Péninsule qui ne lui fournissent que des informations erronées sur les intentions et les forces de Wellington (il pense que le Britannique est incapable de réunir plus de 50,000 hommes), donnant peu de crédits aux demandes de Joseph qui réclame plus de moyens pour arriver à maîtriser la guérilla, l’Empereur se trompe lourdement sur les capacités de son armée d’Espagne a contrôler la situation. Il est persuadé que les 70,000 hommes qu’il a laissés en Espagne composent une force suffisante pour assurer le contrôle du pays.

Joseph doit donc faire avec ce que lui laisse son frère. En mai, ses forces sont divisées en trois armées. La plus importante (35,000 hommes) est l’armée du Sud. Elle positionnée entre Madrid (abandonnée par Joseph qui s’est installé à Valladolid) et le cours du Douro. Les 17,000 hommes de l’armée du Centre occupent la petite ville de Ségovie, un peu au nord de Madrid. Quand aux 17,000 hommes de l’armée du Portugal, ils ont été envoyés dans les Pays-Basques pour mater une énième rébellion. Des révoltes qui épuisent les Français et qui mobilisent souvent de bons officiers (comme le talentueux général Foy, en mission de pacification dans le nord) alors que leur présence au côté de Joseph serait bien plus utile.

Bien entendu, le plan de Wellington, très ambitieux et risqué, prend en compte toutes les difficultés auxquelles les Français sont confrontées. Ne disposant que de 35,000 hommes, les Français ne peuvent être partout, et Joseph est englué dans l’insurrection des Pays-Basques (Napoléon avait pourtant insisté pour que son frère règle le problème de façon radicale). C’est le moment d’agir. Il divise son armée en deux ailes. L’aile gauche, sous le commandement de Sir Thomas Graham comprend six divisions, et l’aile droite de Sir Rowland Hill, trois divisions. Graham franchit le Douro les 21 et 24 mai au niveau de Bragança et Miranda do Douro, au nord du Portugal. Dans le même temps, Hill fonce vers le nord-est en direction de Salamanque, avant de virer vers le nord dans le but de rejoindre Graham. L’intention de Wellington de tourner le flanc droit des armées françaises apparaît alors clairement. Le mouvement vise un double objectif : soit amener un affrontement général sur le front de l’armée de Joseph à Valladolid, soit obliger ce dernier à replier vers Burgos. Dans le même temps, en se dirigeant vers le Nord, Wellington continue d’assurer le maintien de sa ligne de ravitaillement jusqu’à Lisbonne.

Le plus rapide, Hill arrive le premier à destination : à Ciudad Rodrigo, où doit avoir lieu un regroupement. Là,  il intègre les partisans Espagnols alors que les cavaleries de Victor Baron Allen et Fane le rejoignent, suivi par Wellington le 22 mai. Deux jours plus tard, l’aile droite, au complet, marche vers Salamanque, qui est évacué par Eugène-Casimir Villatte, comte d’Oultremont. La manœuvre de repli française est cependant trop lente et une partie de l’arrière-garde (environ 200 hommes)  est rattrapée et capturée par la cavalerie britannique. Quand Salamanque tombe dans les mains de Wellington, l’état-major français, toujours aussi mal renseigné, en vient à penser qu’ils ont en face d’eux le gros des forces Alliées. Ils ignorent totalement le mouvement de Graham, plus au nord et ils sont alors persuadés que Wellington va continuer à pousser sur l’axe routier Salamanque-Tordesillas-Valladolid. Exactement ce que Wellington avait prévu.

Tres de Mayo, tableau de Goya
Tres de Mayo, tableau de Goya

 

WELLINGTON REJOUE HANNIBAL

Le 29 mai, Wellington et Hill quittent Salamanque. Leur armée quitte la route principale et opère un brusque changement de direction vers le nord, pour rejoindre Graham qui s’apprête à traverser l’Esla – un affluent du Douro. Cependant, quand Wellington rejoint le quartier-général de Graham à Carvajales, il trouve le brillant général en grande difficulté. Graham n’arrive pas à trouver une solution pour traverser le fleuve, très tumultueux en cette saison. Wellington insiste, la priorité reste la rapidité, les Français ignorant encore tout des positions Alliées. Aussi, le 31 mai, les Alliés se décident à franchir le fleuve, au niveau du gué d’Almendra (à une quinzaine de kilomètres au nord-ouest de Zamora), où des pontons sont installés. L’opération est difficile, de nombreux hommes périssent noyés (principalement de la cavalerie) et une partie de l’équipement est perdue, ainsi qu’une partie de la solde. Heureusement, la traversée se fait sans aucune interférence française, le piquet de 30 Français installé dans le village de Villa Perdrices ayant été surpris par des hussards.

Quand Joseph et son chef d’état-major, Jourdan, apprennent que Graham se trouve sur la rive gauche de l’Esla et que l’armée Alliée est en train de s’y regrouper, le choc est grand. Ils réalisent qu’ils ne bénéficient plus de l’appui défensif du cours d’eau et décident de se retirer sur Toro, en détruisant tous les ponts derrière eux. Alors que Graham marche vers l’est, ses unités les plus avancées commencent à engager le combat avec des unités ennemies d’arrière-garde. Le 2 juin, c’est la victoire de l’engagement de Morales de Toro, avec notamment la charge des 10th, 15th et 18th Hussards qui mettent en déroute le 16th Dragons français. Ce succès de la cavalerie britannique sont suivis de nombreux autres, à Benavente, Sahagun, Villagarcia, Los Santos et Usagre. Tous les gués sont désormais dégagés de menaces françaises.

Le 3 juin, la totalité de l’armée de Wellington est passée en sécurité sur la rive gauche de l’Esla et occupe la région de Zamora, ce qui force les Français à retraiter vers Valladolid. Cependant, si le roi Joseph et Jourdan ont comme ambition de bloquer l’avance alliée en ce lieu, ils sont rapidement déçus quand Wellington fait mouvement vers le nord de la grande route, dans le but de déborder le flanc des Français. Craignant d’être débordés, les Français replient de nouveau, cette fois-ci vers Burgos, l’endroit où s’est déroulé le seul échec de Wellington. Mais les choses se déroulent différemment. Nous sommes en juin et les Français se résignent à quitter la forteresse après l’avoir fait sauter.

Parvenu à proximité, Wellington se trouve devant un dilemme. Au nord de Burgos, la région est très montagneuse, réputée impraticable par une armée en marche, et la présence de nombreuses gorges favorisent les actions défensives. De plus, les plateaux sont fortement boisés, donc la visibilité nulle.  Le seul avantage est que les Français ne peuvent y installer leurs canons. Mais les difficultés ne découragent toujours pas Wellington, le stratège britannique se montre audacieux. S’inspirant d’Hannibal dans son franchissement des Alpes, il divise son armée en trois colonnes qui empruntent les sentiers de montagne de la région et qui franchissent l’Ebre par des gués.  La colonne de Hill passe juste au nord de la grande route, Graham et Wellington sur sa gauche, alors que les Espagnols de Girion passent plus loin à l’ouest.

Ce choix, où il évite donc d’emprunter la route de retraite de l’armée française, lui permet de gagner du terrain en évitant les quelques places fortifiées ennemies, les ponts coupés sur l’Ebre, tout en s’emparant de bonnes positions, comme celle du village de Pancorbo. Ce temps gagné lui permet aussi de rejoindre l’armée française du nord avant que Clauzel, qui marche au secours de Joseph, ne la rejoigne et ne donne à ses ennemis un gros avantage numérique.

En prenant cette option, Wellington s’approche également de Santander, qu’il peut utiliser comme port de ravitaillement. En effet, après avoir franchi traversé l’Ebre, sa ligne de ravitaillement se retrouve très distendue et l’approvisionnement n’arrive que difficilement de La Corogne. En passant par le port de Santander, il résout le problème. En face, l’état-major français continue d’accumuler les erreurs de jugement. En effet, au même moment où Wellington établit sa ligne de ravitaillement vers Santander, Jourdan envisage de la couper en s’attaquant à une ligne allant sur … Lisbonne ! Enfin, la marche de Wellington à travers les montagnes est la continuation de sa manœuvre de débordement, amenant les Français à manœuvrer au cœur d’une région très agitée par la guérilla.

Au soir du 17 juin, la cavalerie Alliée rencontre l’ennemi – le premier contact de quatre jours d’escarmouche. Pour les Français, la surprise est totale. Ils réalisent avec consternation que Wellington est passé à droite de leur position fortifiée sur l’Ebre. On peut en conclure, une nouvelle fois, que les manquements des services de renseignement français sont les principales raisons de leur chute. Il parait incroyable que pendant quatre jours, Joseph et son état-major n’aient eu aucune idée des mouvements de Wellington. Des patrouilles de cavalerie ont bien été envoyées, mais heureusement pour Wellington,  toutes se sont arrêtées trop tôt et n’ont signalées aucune trace ennemie. La ligne de l’Ebre, par exemple, est tournée avant que les Français ne le réalisent, les troupes de Graham traversent l’Ebre par le petit village de San Martin de Elines et celles de Hill à Puente Arenas.

campagne 1813 2

 

LA COMBAT DE SAN MILLAN

Le 18 juin 1813 se déroule un combat violent à San Millàn, quand la Light Division  de Charles Alten tombe sur les deux brigades du général de division Antoine Louis Popon, baron de Maucune, qui se sont aux alentours du village. Alors que le général John O. Vandeleur chasse des faubourgs la brigade Pinoteau, une seconde brigade française surgit sur leur arrière, de derrière un promontoire rocheux. En réaction, elle est à sa tour chargée par la brigade du général James Kempt. Etrange spectacle alors, reporté par W.F.P.  Napier, de voir une  brigade française poursuivie par une brigade britannique qui est poursuivie par une brigade française qui est elle-même prise en chasse par une brigade anglaise ! Cette situation tragico-comique s’achève quand la première brigade britannique effectue un demi-tour au pas de course, ouvre le feu sur la deuxième brigade française – prise alors entre deux feux – et la repousse dans les collines en leur infligeant des pertes s’élevant à environ 400 hommes.

Cet engagement sera lourd de conséquences car Joseph, furieux contre Maucune dont il critique le comportement, lui ordonne de conduire sa division en France, avec comme mission l’escorte du grand convoi  qui a été réuni à Vitoria. Cette force non négligeable va grandement manquer dans les combats du 21 juin. Le même jour, les Français montent un barrage à Osma (les historiens citent d’ailleurs souvent cette date comme celle des combats de San Millàn-Osma) avec la division du général Jacques Thomas Sarrut (deux brigades pour environ 4800 hommes), mais  ils sont repoussés sans difficulté par les Britanniques de Kenneth Howard. En conséquence, voyant que son flanc droit est définitivement menacé d’être tourné, Joseph abandonne sa position sur l’Ebre et replie vers Vitoria, par la grande route.

En interrogeant les prisonniers français faits à San Millàn, Wellington apprend que ni Joseph, ni Jourdan, n’ont idée de la position de Clauzel et qu’ils ont envoyé des éclaireurs dans toutes les directions pour le localiser. De son service de renseignements, Wellington sait que Clauzel était encore à Pampelune le 16 juin, et qu’il lui faudra au moins six jours pour atteindre Vitoria. Le commandant-en-chef britannique décide donc qu’il doit attaquer les Français avant le 22 juin. De plus, les espions de Wellington l’ont informé de l’importance du convoi qui est mis en forme à Vitoria et que son départ nécessite des délais. En effet, le général Louis Emmanuel Rey a quitté Vitoria pour San Sebastian avec une partie du convoi, mais la plus grande partie est restée derrière. Comme nous allons le voir, sa présence aurait eu une grande importance sur l’issue de la bataille. Le 20 juin, Wellington bivouaque à Subijana-Morillas, sur le rio Bayas, pour regrouper ses forces et établir son plan final qui est d’attaquer Joseph à Vitoria.

SUITE DANS PARTIE DEUX : LA BATAILLE DE VITORIA.

Sources :

Dispatches of Field Marshal the Duke of Wellington, J. Gurwood (Londres 1837-1838)

La bataille de Vittoria, J. Sarramon (Paris 1985)

Vittoria 1813, Ian Fletcher (Oxford, 1998)

Histoire de la guerre dans la Péninsule et dans le midi de la France, en dix volumes, Sir W.F.P. Napier (Londres – 1838)

 

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