3,5 etoiles

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Grand spécialiste du documentaire, le britannique Stewart Binns (Hitler en couleur, Korea : The Forgotte War in color, et de nombreux autres) réalisait en 2011 un documentaire en deux parties pour le compte de la chaine Discovery. Baptisé Seisen, la croisade du Japon Impérial, il a pour sujet l’histoire nippone 1898 et 1945. Il a été diffusé il y a peu sur la chaine Histoire dans le cadre de son événementiel sur la commémoration d’Hiroshima et Nagasaki.

Construit à partir d’images d’archives inédites (dont les premières réalisées en couleur au Japon… datant du début du XX° siècle et incroyables de netteté), commentées par des extraits de témoignages tirés de journaux intimes, de lettres et de coupures de presses, bénéficiant des recherches conjointes de Stewart Binns et de Taka Oshikara, ce documentaire se pose comme un très intéressant travail de synthèse. Plus qu’un discours sur les opérations japonaises de la seconde guerre mondiale – sujet maint fois traité – le documentaliste s’est plus penché à nous expliquer les raisons qui ont conduit le gouvernement japonais, et ses élites militaires, à rejoindre dans la guerre les forces de l’Axe.

Les premières images jamais tournées au Japon (1898)
Les premières images jamais tournées au Japon (1898)

Sa première partie, qui couvre les trente premières années, est particulièrement remarquable car elle expose simplement, et avec une belle précision, le processus logique qui a conduit le Japon vers l’attitude extrêmement belliciste qui les a conduits au désastre. L’Histoire débute en 1898. Le Japon, qui s’ouvre vers l’extérieur, est alors en pleine mutation. Séduits par le mode économique occidental, les chefs d’entreprise modernisent leurs productions, espérant trouver par ce moyen la prospérité. Mais, pour ce faire, les usines ont besoin de matière première. Beaucoup de matière première. Des ressources que les îles japonaises, au sol pauvre, ne possèdent pas.

Le gouvernement se lance alors dans des opérations militaires visant à une expansion territoriale, en Corée et en Mandchourie. Les premiers succès en 1898 contre la Chine, puis les Russes en 1902 sont déclencheurs d’euphorie, notamment au sein de l’armée, ou l’ultranationalisme, prétendument hérité des samouraïs, est chose courante. « Nous pouvons alors regarder l’Occident dans les yeux, d’égal à égal !». Cette phrase d’un officier japonais résume à elle-seule la volonté du Japon de ne pas apparaitre aux yeux du monde comme une nation mineure, mais elle dévoile aussi un terrible « complexe d’infériorité » vis-à-vis de l’Occident.

Japonais en Mandchourie en 1932
Japonais en Mandchourie en 1932

Les sanctions qui font suite aux actions militaires japonaises en Chine, comme les embargos sur l’importation de pétrole et sur les exportations de soie, alors que le Japon est en pleine expansion économique, attisent encore plus les ressentiments du peuple japonais envers les occidentaux. La colère des élites japonaises vise surtout les Américains qui, pour restreinte l’immigration, viennent d’interdire aux citoyens  japonais de s’installer aux Etats-Unis. Progressivement, les groupes ultranationalistes, qui , officiellement, déclarent vouloir redonner à la nation japonaise – et à l’empereur – sa dignité, deviennent de plus en plus influents et amènent leur idée que la seule solution pour gagner le respect des occidentaux est de les convaincre par les armes. A noter que le documentaire mets en avant qu’Hiro-Hito n’a jamais adhéré à leurs idées réactionnaires et guerrières.

Certaines images, comme celles qui témoignent des atrocités de Nankin en 1937 qui ont fait entre 200 000 et 300 000 victimes (ce sont des images clandestines tournées par un volontaire de la Croix Rouge) sont très dures, et témoignent de la folie meurtrière qui s’était emparé des troupes nippones et de leurs officiers. Elles contrastent avec celles de Tokyo, où émanent une impression de sérénité et de bonheur. Des images qui ne manquent pas d’évoquer les films tournés à Berlin au début des années 40 où, loin du front, les Allemands vivaient dans l’insouciance.

Les premières images couleurs du Japon (1935)
Les premières images couleurs du Japon (1935)

La deuxième partie rapporte des événements mieux connus. L’attaque soudaine de Pearl Harbour, la déconvenue de Midway, les combats sur les îles Salomon et Guadalcanal, les bombardements d’Hiroshima et Nagasaki, et enfin le discours radiophonique de l’empereur Hiro-Hito qui annonce la capitulation sans condition du Japon. Le traitement est assez didactique, le contenu moins original que celui de la première partie, mais présente quelques éléments intéressants, comme la lecture de la dernière lettre d’un kamikaze.

Bref, un documentaire très intéressant. La chaîne Histoire ne bénéficiant pas du Replay – du moins, je ne l’ai pas trouvé – il vous reste, si vous êtes intéressé, à surveiller les différentes chaines thématiques, dans l’espoir d’une nouvelle diffusion.

1945. Une image qui a fait le tour du monde
1945. Une image qui a fait le tour du monde

Ma note : 3,5/5

Seisen, la croisade du Japon Impérial

Titre original : Seisen, The Rise and Fall of the Japanese Empire

Un documentaire en deux parties de Stewart Binns

86 minutes – Grande-Bretagne -2011

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