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Philippe Coste, Ezio Milvo et Nicolas Lamberti (L’Anspessade n°4/5 – 1999)

PRESENTATION

Durant tout le 18ème siècle, les rois de Piémont-Sardaigne durent apprendre à spéculer sur les alliances avec les Bourbons et les Habsbourgs afin de préserver l’indépendance de leur royaume. A cette fin, ils eurent à entretenir une importante armée appuyée sur de nombreuses forteresses dont les sites d’installation étaient favorisés par la nature montagneuse du pays. Cette armée Piémontaise fut notamment mise à contribution sur ses terres durant la guerre de Succession d’Autriche, quand s’y affrontèrent deux coalitions menées par les Autrichiens et les Franco-espagnols.

En effet, à la mort de Charles VI en 1740, l’héritage de la Maison d’Autriche, reconnu officiellement à la reine de Hongrie Marie-Thérèse, détermina les souverains européens à assouvir leurs prétentions. Charles Emmanuel III, roi de Sardaigne, avait, lui, pour seuls buts de maintenir l’équilibre en Italie et d’empêcher les Bourbons d’investir son royaume et de remettre sur lui le joug que son père avait eu tant de mal à rompre. Ces intentions l’incitèrent à embrasser la cause de Marie-Thérèse. Peut-être, aussi, ne fut-il pas fâcher de faire faire regretter aux cours de Madrid et de Versailles leurs mauvais comportements envers lui lors de la dernière guerre et de violer les promesses faites en 1733.

En février 1742, Charles Emmanuel III jugea venu le moment de prendre parti. Il conclut un accord avec la reine de Hongrie – un traité provisionnel – en vertu duquel il s’engageait notamment à user de ses armes pour stopper les progrès des Espagnols en Lombardie. Au final, sans vraiment s’accorder sur le fond, le roi de Sardaigne et Marie Thérèse acceptaient de s’unir pour affronter un danger de plus en plus menaçant, les troupes Espagnols ayant débarqué en masse en Toscane.

La Nation s’empressa alors de rassembler ses forces et, de manière presque inespérée, parvint à réunir plus de 40,000 hommes. C’était la première fois de son histoire que la Maison de Savoie alignait une aussi importante armée.

COMPOSITION DE L’ARMEE PIEMONTAISE DURANT LA GUERRE DE SUCCESSION D’AUTRICHE

A. MAISON MILITAIRE DU ROI (Maison du Roi, la Guardia di Palazzo)
– Garde du Corps (cavalerie lourde, 150 à 200 cavaliers)
– Arquebusiers Gardes de la Porte (détachement non combattant)
– Garde Suisse (détachement non combattant)
– Dragons Garde-chasse
– Hallebardiers de Sardaigne (détachement non combattant)

B. INFANTERIE DI ORDONENZIA (répartie en infanterie de ligne nationale et infanterie de contingents étrangers)
Total : 22 régiments, soit 43 bataillons

B.1. INFANTERIE NATIONALE (Piémontaise et Savoyarde – 8 régiments, 14 bataillons)
Régiment Gardia : 2 bataillons
Régiment Savoia : 2 bataillons
Régiment Monferrato : 2 bataillons
Régiment Piemonte : 2 bataillons
Régiment Saluzzo : 2 bataillons
Régiment Fusilieri : 2 bataillons (pas de tirailleurs)
Régiment La Marina : 1 bataillon (+1 bataillon pour le service embarqué)
Régiment Regina : 1 bataillon

B.2. INFANTERIE ETRANGERE (14 régiments, 29 bataillons)
Régiment suisse Kalbermatten : 4 bataillons
Régiment suisse Outtiger : 3 bataillons
Régiment suisse du Roy : 3 bataillons
Régiment suisse Salis-Holstein : 3 bataillons
Régiment suisse Keller : 2 bataillons
Régiment suisse Meyer : 1 bataillon
Régment allemand Sculembourg : 2 bataillons
Régiment allemand Bourgsdorf : 2 bataillons
Régiment allemand Urlach : 2 bataillons
Régiment italien Sicilia : 1 bataillon
Régiment italien Lombardia : 2 bataillons
Régiment italien Corsica : 1 bataillon
Régiment italien Sardegna : 1 bataillon (devient national en 1751)
Régiment français Audibert : 2 bataillons

C. INFANTERIE PROVINCIALI (Milices provinciales)
Total : 10 régiments à un bataillon

Régiment Chablais, Tarantasia, Aosta, Nizza, Torino, Mondovi, Vercelli, Asti, Pinerolo, Casale
De tous ces régiments seront tirées les compagnies de grenadiers pour former des bataillons de grenadiers combinés.
A noter l’existence de petites unités légères, à petits effectifs et de faible qualité, comme Micheletti Sardi et les milices Valdesi.

D. CAVALERIE LOURDE (sans cuirasse, de type Horse anglais)
Total : 2 régiments, 20 escadrons

– Régiment Piemonte Reale Cavalleria
– Régiment Savoia Cavalleria

C. DRAGONS
Total : 5 régiments, 22 escadrons
– Régiment Di Sua Maesta
– Régiment Di Sua Altezza Reale
– Régiment Di Piemonte
– Régiment Di Sardegna (uniquement deux escadrons, basés en Sardaigne)
– Régiment Della Regina

D. ARTIGLIERIA

E. INFANTERIE DE MARINE (pour le service en mer, 4 compagnies)

F. BATAILLON DES INVALIDES

G. COMPAGNIES FRANCHES

UNIFORMOGIE

L’INFANTERIE

Dans l’infanterie, on distingue les unités di ordonenzia, où l’on peut trouver la Garde, les unités de provinciali composées principalement d’italiens étrangers au Royaume, les unités de régiments étrangers (suisses ou allemands) et, enfin, les unités d’infanterie légère (Micheletti Sardi).
Chaque bataillon est composé d’une compagnie de grenadiers et six compagnies de fusiliers, chaque compagnie comptant normalement 100 hommes. A partir de 1744, les régiments d’infanterie italiens sont composés de deux bataillons, à l’exception des régiments de Corse et de Sardaigne, qui ne comptent qu’un seul bataillon, et des provinciali qui sont composés d’un bataillon et d’une réserve de 300 hommes.
Les bataillons de régiments étrangers affichent une force équivalente, d’environ 700 hommes, mais ils sont divisés en seulement 4 compagnies, chacune, jusqu’en 1743, comptant 25 grenadiers. A partir de 1743, les grenadiers sont regroupés dans des bataillons spécifiques de « grenadiers combinés ».
Quant à l’unité d’infanterie Micheletti Sardi, elle ne compte qu’une seule compagnie, forte de 80 hommes.

L’UNIFORME
Le décret royal de 17 septembre 1741 impose la livrée des troupes, et il coure jusqu’en 1751. Il est choisi le style le plus élégant et confortable de la période, avec la présence de véritables retroussis et des parements plus fins. Les guêtres blanches sont également adoptées. Par contre, l’épée est abandonnée, à l’exception de la Garde, de l’artillerie et de quelques régiments étrangers.
L’habit est blanc (sans collet) pour l’infanterie italienne, bleu (avec collet retourné pour la plupart, et revers carré pour certains) pour les unités de la Garde et les régiments étrangers. Enfin, l’habit est rouge pour les unités de la Marine. L’habit et la veste sont dotés de poches cousues sur la largeur à trois boutons, sauf les unités qui sont signalées par un astérisque dans le tableau récapitulatif qui, elles, ont des poches à quatre boutons cousues sur la hauteur.
La cravate est usuellement rouge à l’exception de la plupart des régiments étrangers, de quelques provinciali, des troupes légères et de la Marine, qui arborent normalement des tours de cou noirs. Toutefois, en raison des approvisionnements et des contrats de fourniture, ce n’est pas toujours le cas. Un manque d’uniformité qui ne donne pas un très bel ensemble.
La buffleterie est naturelle et servie par des boucles arrondies en cuivre ; la giberne est noire bordée d’un liserais rouge. La coiffure consiste en un tricorne décoré d’une cocarde bleue ciel ; il est bordé d’un galon jaune ou blanc qui est métallique pour les officiers et les sergents.
Les grenadiers et leurs officiers portent un bonnet d’ours paré d’une flamme triangulaire de la couleur distinctive du régiment et galonné selon le type de métal utilisé pour les boutons – même système, donc, que pour les tricornes. Les grenadiers portent l’épée, ainsi qu’un étui de protection en cuivre pour ranger les mèches, qui est fixé à hauteur de poitrine sur la bandoulière. Les guêtres épousent une coupe caractéristique, de type « bottines ».
Enfin, au sein des unités de Gardes, l’habit et la veste sont agrémentées d’un galon (doré pour les officiers et les sergents, jaune pour la troupe) qui décore les boutonnières.

LES OFFICIERS, SOUS-OFFICIERS ET MUSICIENS
Les officiers sont vêtus d’un habit ample et sans retroussis qui est galonné sur les parements et sur les poches. L’écharpe de commandement est bleue et bordée d’un galon doré (1), elle se porte à la taille et sous l’habit. Les officiers portent l’épée et sont armés d’une pertuisane, alors que les officiers grenadiers sont équipés de mousquets.
En sus, les officiers supérieurs et les généraux portent une culotte galonnée et un plumet blanc sur le tricorne. A noter que l’officier ne poudre ses cheveux qu’en temps de paix.
Les sergents sont armés de la hallebarde et de l’épée. Comme agréments, ils portent un galon métallique sur leur tricorne, les parements et les poches. Selon les régiments, ces galons bordent le haut ou le bas des parements – voire les deux à la fois. L’habit des caporaux est conçu sur le même principe mais les galons sont en laine – ils sont de plus armés d’un fusil et d’une baïonnette.
Les tambours et les fifres portent la livrée du roi : habit rouge, culotte, parements et retroussis bleus foncés. Le galon de la livrée (« S » bleu ciel bordé d’argent) est cousu sur toutes les coutures et forme de surcroît six bandes autour de chaque bras. L’habite des fifres est orné, de plus, de boucles de galon sur le devant. Les tambours sont peints en rouge et bleu et décorés des armes de la Maison de Savoie ou celle du propriétaire du régiment, encadrées de trophées.

LES TROUPES LEGERES
Elles sont dotées de vêtements adaptés à l’exécution de leurs taches particulières et inspirés de ceux des montagnards. L’habit et les culottes sont très courts et le soldat porte une cartouchière ventrale ; il est chaussé de sandales portées sur de longs bas.

LES TROUPES MONTEES

Les régiments de cavalerie et de dragons sont organisés en cinq escadrons de 130 hommes à deux compagnies. En revanche, les Gardes du Corps ne comptent que trois compagnies mais les effectifs théoriques des régiments restent de 650 cavaliers, à l’instar des régiments de ligne. En 1744, une compagnie de carabiniers et une compagnie de grenadiers à cheval sont respectivement incorporées au sein de chaque régiment de cavalerie et de dragons ; ces compagnies d’élite seront cependant souvent détachées de leurs régiments de ligne, à la manière des cavaleries Autrichiennes.

L’habit est bleu pour la cavalerie et rouge pour les dragons ; la coupe est semblable à celle du justaucorps de l’infanterie, l’exception de pattes d’épaules, qui ont été ajoutées pour maintenir les courroies de la giberne et du porte-mousqueton. Les boutons sont disposés par paires et bordent tout l’habit, sur chaque pan ; les poches du justaucorps et de la veste sont disposées en hauteur, et ont quatre boutons. L’habit est garni d’une aiguillette de laine blanche à l’épaule droite pour la cavalerie, alors que celle des dragons est rouge. Les parements, retroussis, veste et culottes sont aux couleurs distinctives du régiment. Ils est cependant probable qu’en campagne les cavaliers portent des culottes en cuir. Toutes les troupes montées portent la cravate noire. Le manteau est de laine blanche, doublé de la couleur distinctive pour les régiments de cavalerie de ligne, doublé de rouge pour les dragons. Quand ils ne sont pas portés, ces manteaux sont roulés sur la selle.

Les Gardes du Corps et la ligne sont équipés de sabres droits alors qu’il est légèrement courbé chez les dragons. Les fourreaux sont noirs, renforcés de bandes de cuivre pour la cavalerie et de fer blanc pour les dragons. Ces derniers disposent par ailleurs des même fusils que l’infanterie alors que la cavalerie de ligne est armée de mousquetons et que les carabiniers ont des carabines rayées. Ces armes sont portées soit accroché au large porte-mousqueton, soit fixées « à la botte » au moyen d’un porte-crosse – à cela il faut ajouter un cache protecteur qui préserve la bouche du canon. La giberne est noire et les grenadiers à cheval bénéficient du même étui de cuivre distinctif fixé sur la bandoulière que leurs homologues de l’infanterie.

L’harnachement de la monture se compose de rênes, brides et étriers, tous noirs, d’une housse et de chaperons carrés rouges bordés d’un large galon blanc moucheté de bleu (2).

LES GARDES DU CORPS
L’habit des cavaliers de ce régiment particulier est rouge garni de poches cousues sur la largeur. Comme les parements, elles portent trois boutons. Le tricorne est agrémenté d’un galon doré, que l’on retrouve aussi sur les parements et les boutons. La buffleterie est bleue bordée de galons dorés et parcouru sur sa longueur de S dorés. En campagne, les Gardes du Corps portent une soubreveste en cuir naturel afin de protéger le cavalier ainsi que son couteux uniforme. Les housses et les chaperons sont identiques à ceux de la cavalerie de ligne, mais garnis d’un galon doré. En sus, le monogramme du roi orne leurs coins inférieurs.

L’ARTILLERIE

L’artillerie piémontaise est composée de huit compagnies qui peuvent être renforcées par trois compagnies supplémentaires en cas de guerre. Chaque batterie comprend huit pièces. Les artilleurs sont vétus comme l’infanterie mais le drap est totalement bleu et les galons sont jaunes. Les sous-officiers se distinguent par deux galons dorés sur les parements, alors que les officiers portent les mêmes distinctions que l’infanterie. Tous les artilleurs portent une épée courbe.
Les équipages des trains d’artillerie portent l’habit rouge parements bleus et boutons de cuivre ; le veste et la culotte sont également bleues. En revanche, les soldats chargés de l’approvisionnement portent des habits aux couleurs inversées, avec des boutons en étain. Les galons des tricornes snt accordés avec la couleur des boutons.
Les pièces de campagne sont les suivantes : les plus courantes sont : la pièce de bataillon de 4 livres (d’un poids total de 460 kgs) baptisée falconetti ; la pièce de 8 livres de 920 kgs (falcone) ; la pièce de 12 livres. On trouve plus rarement d’autres modèles, comme la canon de 10 livres appelé sagri, et des pièces de 6, 16 et 24 livres qui portent toutes des noms d’oiseaux de proie. On trouve également des pièces légères de montagne, de 1, 4 et 5 livres qui pouvaient être démontées pour être transportées à dos de mule.

(1) L’écharpe dont le centre est doré ne sera portée que trente ans plus tard.
(2) Le galon n’est pas décoré de zigzags bleus à cette époque.

tableau tenue piemonte

La plupart des sources proviennent de l’organisme suivant :
Archivo di stato di Torino, Ufficio generale del soldo – Ordini generali,misti

Bibliographie :
Il costume militare sabaudo, M. Richardi, Torino, 1989
Storia degli eserciti italiani da Emanuele Fiberto di Savoia ai nostri giorni, Emilio Fardella, 1976
El ejercito del reino de Cerdeña, GV Boeri et L. Casali, 1994
Uniformi militari italiane del settecento, P. Crociani, Roma, 1974

LA LISTE DE L’ARMEE PIEMONTAISE DE 1747  POUR BLACK POWDER SUR LE BLOG GUERRES & PLOMB

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