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surcouf couv

Au milieu des années 60, le cinéaste Sergio Bergonzelli qui, quelques années plus tard, se construira une réputation dans le cinéma érotique et la sexploitation (Georgina, la nonne perverse, Joy, Dans les replis de la chair…) nous offrait une alternative au péplum – un genre en plein déclin à Cinecittà – avec deux films d’aventures ayant pour personnage central Surcouf, le célèbre corsaire originaire de Saint-Malo. Homme à tout faire du cinéma bis transalpin, plutôt bon artisan d’ailleurs, il quitte ici provisoirement les grands espaces de l’ouest américain (trois western spaghetti réalisés entre 1964 et 1966) pour l’océan indien.

Portés par les voix des Compagnons de la Chanson, qui reprennent pour l’occasion une chanson traditionnelle malouine, les deux films entraînent le spectateur du 21ème siècle dans un univers maritime cheap, aux décors de pacotille, qui obéit en tout point au cinéma français de cape et d’épée d’après-guerre. Collant grossièrement à la biographie du capitaine corsaire (la bataille de la Rivière Noire, la prise du Triton, le raid sur le Bengale, etc.), les scénarios de Surcouf, le tigre des sept mers et sa suite immédiate Tonnerre sur l’Océan Indien (tous deux réalisés la même année) nous amènent de Saint Malo à l’île de France pour y suivre les tribulations d’un Robert Surcouf au profil très policé (ils oublient son passé de trafiquant d’esclaves et son attirance pour l’argent) dans lesquelles se mêlent actes héroïques et romantisme désuet. Les deux récits se ressemblent d’ailleurs furieusement, avec la présence d’un triangle amoureux dans lequel sévit, bien entendu, un vil Anglais.

Surcouf, le tigre des 7 mers
Surcouf, le tigre des 7 mers

Productions européennes (franco-italo-espagnoles), les films mettent en scène un casting international qui à l’époque, force est de la signaler, était plutôt assez luxueux. C’est Gérard Barray qui interprète Robert Surcouf. Considéré dans les années 60 comme une sorte de « Jean Marais du pauvre », le comédien s’en sort finalement plutôt bien, notamment dans les nombreuses scènes de duels d’épéistes qui figurent dans les deux métrages. Il est également assez convaincant dans les séquences de combat naval, où il fait preuve d’une belle fougue. Dommage que la réalisation ne suive pas, avec un montage qui récupère régulièrement les mêmes plans, sans vraiment chercher à nous cacher la supercherie. Voir dix fois le même plan sur une bordée de canons ou un abordage est un spectacle assez… troublant.

A ses côtés, la belle Antonelli Lualdi. La star italienne y incarne une riche aristocrate anglaise qui évoque vaguement le personnage de Milady. Epris de la belle, Robert Surcouf a le plus grand mal à se faire à l’idée qu’elle appartienne à son pire ennemi, lord Blackwood – interprété dans les deux films par Terence Morgan. Une rivalité qui va violemment s’exprimer lors de leurs rencontres, sur mer ou dans les salons mondains. Détail amusant, c’est ce personnage qui se voit désigné comme la cible de la célèbre réplique (peut-être apocryphe) de Surcouf, « Certes, monsieur, chacun se bat pour ce qu’il n’a pas» – en réponse à une critique du statut de corsaire exprimé par un officier de la Royal Navy. Les scripts n’oublient pas d’introduire le personnage du frère de Robert Surcouf, Nicolas, qui sera son second durant une quinzaine d’années, et qui se voit interprété par Frank Oliveras. Enfin, l’aspect « potache » est entretenu par le rigolo Armand Mestral, en capitaine hollandais débonnaire, et surtout Giani Esposito, qui nous offre un nullissime, mais désopilant, Napoléon 1er.

Tonnerre sur l'Océan Indien
Tonnerre sur l’Océan Indien

Bref, si vous aimez les films d’aventure exotique aux décors en papier mâché, les combats naval au moyen de maquettes Heller mal bricolées (ah, les bons vieux FX de John P. Fulton), les romances à l’eau de rose, les poses cabotines et les duels au fleuret qui n’en finissent pas, je ne peux que vous conseiller ces deux petites perles dignes du regretté cinéma de quartier de Jean-Pierre Dionnet. Historiquement, les deux œuvres n’ont aucun intérêt, mais composent des spectacles assez divertissants.

Ma côte : 3/5

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1. SURCOUF, LE TIGRE DES SEPT MERS (Fra/Ita/Esp – 1966)
Titre original : Surcouf, l’eroe dei setti mari
Réalisation : Sergio Bergonzelli , assisté de Roy Rowland
Scénario : Guy Farrell, Georges de La Grandière, Gérard Savery, Giovanni Simonelli, Jacques Séverac et José Antonio de La Loma.
Musique : Georges Garvarentz
Avec : Gérard Barray, Antonella Lualdi, Terence Morgan, Geneviève Casile, Armand Mestral, Gérard Tichy, Alberto Cevenini.

2. TONNERRE SUR L’OCEAN INDIEN (Fra/Ita/Esp – 1966)
Titre original : Il grande colpo di Surcouf
Réalisation : Sergio Bergonzelli , assisté de Roy Rowland
Scénario : Guy Farrell, Georges de La Grandière, Gérard Savery, Giovanni Simonelli, Jacques Séverac et José Antonio de La Loma.
Musique : Georges Garvarentz
Avec : Gérard Barray, Antonella Lualdi, Terence Morgan, Geneviève Casile, Armand Mestral, Gérard Tichy, Alberto Cevenini.

Ces deux métrages ont été édités en DVD aux éditions Fabbri/Studio Canal en 2008, en version multilangue. Ils sont aujourd’hui difficiles à trouver et mériteraient une réédition. Ils sont néanmoins disponibles en VOD sur CanalPlay

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