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C’est presque certain. Du côté de Warlord Games, la boucle est bouclée. En effet, à moins que l’éditeur britannique en vienne à proposer à sa clientèle une règle permettant de reconstituer des parties de chasse au mammouth ou une guerre entre tribus néanderthaliennes et Cro-Magnon, on peut raisonnablement penser que leur gamme historique est aujourd’hui complète. En s’ajoutant à Black Powder et Pike & Shotte, Hail Caesar représente sans doute l’ultime étape qui permet aux joueurs fans des règles de Warlord Games – un cercle dont je fais partie – d’accéder à toutes les périodes de l’Histoire (hormis les conflits contemporains). Reste à définir si le contenu de l’ouvrage justifie son achat (30£ dans toutes les bonnes crèmeries). Un pari qui n’apparait pas comme gagné d’avance. En effet, l’autre produit sorti presque simultanément, Pike & Shotte, ne fait pas l’unanimité auprès des pratiquants qui, au regard du peu de différence par rapport à Black Powder, auraient préféré plus simplement la parution d’un supplément… nettement moins cher.

Ces septiques, je peux les rassurer. Hail Caesar vaut son pesant de pennies. Alors certes, le cœur des règles est toujours semblable à celui de Black Powder, c’est à dire qu’il repose sur une mécanique structurellement simple et fast play, héritier direct de Warhammer Ancient Battles. En fait, sa nature est encore plus générique puisque le champ d’action du système se doit de couvrir une période de 3000 ans d’Histoire – autrement plus importante que les deux siècles et des poussières de Black Powder ou de Pike & Shotte. Mais, dans le fond, c’est cette facilité d’accès, cette impression de naviguer en mer reconnue, que recherchent les fans de Warlord Games. Et si l’ouvrage est organisé de la même manière que ses ainés, qu’il présente de nombreuses similitudes, cela ne veut pas dire non plus que son argumentaire n’est composé que de redites. D’ailleurs, c’eut été impossible. De par le contexte.

Hail Caesar n'exploite que six types de troupes (Cavalry, Infantry, Wagons and Baggage, Artillery, Chariots et Elephants) Ici, le template d'une unité de Horse Archer, qui appartient au type Cavalry
Hail Caesar n’exploite que six types de troupes (Cavalry, Infantry, Wagons and Baggage, Artillery, Chariots et Elephants) Ici, le template d’une unité de Horse Archer, qui appartient au type Cavalry

UN OUVRAGE QUI SE SUFFIT (PRESQUE) A LUI-MEME

Oui, car Hail Caesar traite l’art de la guerre durant des époques où l’arme à feu était, au mieux, un accessoire anecdotique. C’est l’exploitation de cet aspect qui fait que cette règle de Rick Priestley dégage une atmosphère bien différente de Black Powder, qui, comme son nom l’indique, restitue la toute-puissance des armes à poudre noire (canons, obusiers , mousquets puis fusils) et Pike & Shotte, sorte d’extension luxueuse de la première, qui introduit les organisations mixtes, comme les Tercio et les Suisses, et quelques spécificités du XVII° siècle, comme la caracole des pistoliers. A contrario, dans Hail Caesar, le combat à distance, s’il existe toujours et ne peut être négligé, s’écarte un peu pour laisser plus d’importance aux corps-à-corps, qui sont dramatisés par la création de deux valeurs de combat : Clash et Sustained.

Le corpus de règles compte 85 pages. Sur les 180 qui composent l’ouvrage. Quand on connait le goût de l’éditeur pour le « verbiage », la mise en page aérée et les illustrations (principalement des photographies de dioramas mettant en valeur leurs propres créations), on comprend que c’est peu pour exposer un système complet et que cela va entrainer les joueurs à investir dans les nombreux suppléments – qui sont déjà sur le marché. En fait, oui et non. Pour débuter, le livre se suffit à lui-même. Du moment que les joueurs n’ont pas le désir de monter des armées « originales » ou introduire dans leurs troupes des unités spécifiques à une certaine culture, ils trouveront tous les renseignements nécessaires dans ce livre. Pour pouvoir les manœuvrer sur la table, mais aussi pour construite leurs armées car la deuxième partie de l’ouvrage présente des scénarios par période (The Chariot Era, The Classical Age, Late Antiquity, The Dark Ages, The Middle Ages) où les ordres de bataille composent autant de listes d’armée « génériques ». Ainsi, Hail Caesar permet de construire, sans recherche supplémentaire, les forces de douze nations : Egypte, Hittites, Sparte, Athènes, Romains République et Bas Empire, Bretons, Perses Sassanides, Saxons, Vikings, Croisés et Syriens. C’est déjà pas mal, et il est aisé de digresser à l’envi.

Un ouvrage riche de nombreux diagrammes explicatifs
Un ouvrage riche de nombreux diagrammes explicatifs

HAIL CAESAR EST TRÈS ACCESSIBLE

La force de la gamme, qui est de proposer un système à l’ossature simple, reposant sur des templates de types de troupes (cavalerie, éléphant, chars, etc..), pouvant être enrichi par l’adjonction d’une quantité de « règles spéciales », fait merveille dans le cas présent. Nul besoin de connaitre par cœur une tonne de règles compliquées pour jouer à Hail Caesar, il suffit de bien maîtriser les principes de base (une tache assez facile pour la plupart des joueurs, d’autant plus que le livre fourmille d’exemples et que les explications sont limpides) et les quelques règles spéciales spécifiques à son armée. Comme pour BP et P&S, nombre de ces règles spéciales sont fournies dans ce livre. Réunies dans le chapitre A Selection of Useful Rules, on trouve parmi elles la règle Elite, la règle Pilum ou la règle Testudo, par exemple. D’autres sont présentées dans les suppléments en même temps que les listes d’armées concernées. A noter que Hail Caesar propose un système de points pour les listes d’armée, reconduisant ainsi un choix qui avait séduit lors de la parution de Pike & Shotte.

Hail Caesar est de ce fait très accessible. Par tous les publics. La règle est même plus facilement assimilable que Black Powder ou Pike & Shotte car elle exploite des armées aux organisations à la fois peu variées et peu complexes. La ligne de bataille, la phalange, la formation « warband », trois formations auxquelles on peut rajouter la colonne (pour les déplacements rapides) et une poignée de formations « spéciales » (square, testudo, pig’s head, wedge), et c’est tout ! Une relative simplicité qui a d’ailleurs autorisé l’auteur à « pousser » un peu plus loin la simulation des combats et l’influence du moral sur les performances des unités. Le combat à distance est ici séparé en deux types – longue et courte portée – et, comme dit plus haut, un combat au corps-à-corps se divise en deux phases (le Clash au premier round, puis Sustained les rounds suivants). Rick Priestley met aussi l’accent sur le manque de manœuvrabilité des troupes de ces époques par rapport à celles de Black Powder ou de Pike & Shotte, en pénalisant plus fortement les unités Désorganisées. Enfin, les unités sont plus solides que dans Black Powder (cela se traduit par des valeurs de Stamina plus élevées), ce qui encourage les joueurs à se lancer dans de violentes bastons épiques, qui se veulent représentatives d’un art de la guerre primal et viril.

Un livre luxueux qui met en valeur les figurines produites par l'editeur
Un livre luxueux qui met en valeur les figurines produites par l’editeur

UNE GAMME TRES DYNAMIQUE, AUX REGLES AISEMENT TRANSPOSABLES.

Comme je le dis plus haut, Hail Caesar se pose comme un tronc commun. Impossible en un seul ouvrage de couvrir de manière exhaustive 3000 ans de conflits. Warlord Games a donc déjà mis à disposition deux types de suppléments. La série Army Lists, comme son nom l’évoque bien, propose des listes d’armées pour différentes périodes. Sont disponibles aujourd’hui deux opus : Biblical & Classical (63 listes) et Late Antiquity & Early Medieval (59 listes). L’autre série est consacrée aux campagnes. Deux suppléments, consacrés aux Romains, sont actuellement disponibles : Britannia, qui reconstitue la conquête de la Bretagne en 43 av JC, et Germania, une campagne qui tourne autour du désastre de Teutobourg, en l’an 9 de notre ère. Bref, une gamme que Warlord Games veut très dynamique, apte à satisfaire tous les joueurs.

Pour ce qui est de l’échelle des figurines, on reste dans la politique de Warlord Games. Hail Caesar est originellement destiné à l’emploi de figurines 28mm (normal, puisque c’est l’échelle des figurines produites par l’éditeur) mais il est très aisé de transposer le système sur une autre échelle (15mm, 10mm ou 6mm) en diminuant proportionnellement toutes les mesures. Par exemple, pour utiliser mes figurines 6mm, j’utilise la table de référence à l’échelle 50%. La transposition est d’autant plus facile que Hail Caesar, comme ses aînés, fixe comme référence obligée une taille d’unité standard qui n’est un nombre imposé de figurines ou de socles mais une « longueur de front ». Donc, dans mon cas, comme la longueur de front standard d’une unité en ligne de bataille est de 24cm pour les figurines 28mm, j’ai construit mes unités standards (figurines 6mm) avec une longueur de front de 12 cm (soit six bases de 2 cm de front). Et, comme pour Black Powder, ça fonctionne très bien !

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BREF…

Je conclurai ce billet par ceci : si vous êtes déjà amateur du système de jeu Warlord Games, il est certain que vous allez apprécier Hail Caesar ! Pour les autres, si vous êtes à la recherche d’un fast playing system privilégiant le spectaculaire sans toutefois négliger les spécificités historiques, ce jeu a de bonnes chances de vous satisfaire. Par contre, tous les joueurs qui critiquent Black Powder pour sa liberté d’action sur la table de jeu et pour son manque de précision dans la reconstitution des combats, ce n’est certes pas Hail Caesar qui va les réconcilier avec Rick Priestley et ses compères !

Ma note : 4,5/5

Hail Caesar
Une règle de Rick Priestley
Paru aux éditions Warlord Games (2011)
Disponible en anglais en VPC sur la boutique de l’éditeur
192 pages – 30£

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