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grand duc titre

Le grand duc est une série en trois tomes qui se déroule sur le front de l’est, durant les années 44 et 45. Le scénario développe les destinées de deux pilotes, l’oberleutnant Adolf Wülf, un as de la luftwaffe à la sensibilité anti-nazie, et le lieutenant Lilya Litvasky, une téméraire « sorcière de la nuit » à la plastique de rêve. Au fil des pages, vont se croiser, dans les cieux ou sur le plancher des vaches, les chemins de ces deux personnages aux tempéraments bien trempés, servant malgré eux des régimes politiques autoritaires. Cela se fait au gré d’un récit guerrier bien construit et riche en évènements, à défaut d’être extrêmement original. Ainsi, si Le grand duc n’évite pas quelques clichés, impose quelques personnages aux profils manichéens et cède à quelques facilités romanesques peu crédibles, son discours reste en permanence accrocheur et divertissant, à la manière d’un bon film de guerre Samuel Fuller ou d’Edward Dmytryk.

"Faites l'amour, pas la guerre". Les héros du Grand Duc n'ont pas fait leur choix.
« Faites l’amour, pas la guerre ». Les héros du Grand Duc n’ont pas fait leur choix.

D’ailleurs, puisque j’en viens à parler d’action, force est de dire que le plus grand intérêt de cette bande dessinée se situe dans la reconstitution des combats aériens, qui sont absolument magnifiques. Le dessin, bien que très propre, est hyper réalisme (cela jure un peu, c’est vrai, avec les traits parfois un peu naïfs qui caractérisent les visages des personnages), avec un grand souci du détail dans l’aspect historique (que cela soit les avions, les uniformes, les véhicules, etc., c’est absolument remarquable), une mise en case bien réfléchie, très lisible et dégageant une belle dynamique, et une élégance graphique qui n’est surclassée qu’à l’occasion de quelques planches, quand Romain Hugault déshabille ses héroïnes pour nous dévoiler ses talents dans le domaine. Alors, certes, les dessins de ces bimbos russes et allemandes dénudées, aux poitrines avantageuses et aux vertigineuses chutes de reins, sont autant d’éléments d’une manœuvre qui pourrait paraître comme racoleuse, mais, le style graphique de Romain Hugault, qui évoque celui du pin-up art, fait que ces interludes sensuels collent finalement à l’imagerie développée dans l’œuvre (c’est d’autant moins dommageable qu’ils ne sont pas nombreux).

3 tomes et une intégrale
3 tomes et une intégrale

A côté de cela, si le scénario de Yann s’inscrit dans un registre classique, il n’en est pas pour autant un simple alibi aux fragrances aventureuses. Non, au cours de ces trois tomes, les personnages principaux évoluent au fil des évènements historiques (fidèlement reproduits) et des drames qui les touchent. Yann s’est penché à retranscrire l’état d’esprit de ces femmes et de ces hommes qui se retrouvent quotidiennement confrontés à la mort et qui ne sont pas maîtres de leurs choix. Sauf au prix de grands sacrifices et de leur honneur de militaire. Le va-et-vient entre les univers propres à Wülf et Lilya (pas si éloignés que ça) permettent de voir l’évolution du front de l’est entre décembre 1943 et mai 1945, des innovations technologiques et… idéologiques. Autant de témoignages qui apportent à ce triptyque une véritable valeur historique et pédagogique. Bref, une très belle série. Si vous être friand de récits guerriers, ne passez pas à côté, d’autant plus que les éditions Paquet ont sorti depuis peu une intégrale, au prix de 19,95€ (mais, hélas, au format 24×20).

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Ma côte : 4/5
Le grand duc (Paquet – 200/2013)
Scénario de Yann
Dessin de Romain Hugault
Trois tomes et une intégrale parue aux éditions Paquet.

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